Canicule de mai : agriculteurs du Lot-et-Garonne en alerte
Canicule de mai : agriculteurs en alerte dans le Lot-et-Garonne

Face à ces chaleurs inédites, céréaliers et arboriculteurs craignent pour leurs cultures. La flore et la faune sauvages devraient elles aussi être durement impactées. Du jamais vu. Le mercure frôle les 35 degrés en ce lundi de Pentecôte, dans le Lot-et-Garonne, et de façon générale dans la région. Et cela devrait se poursuivre ainsi jusqu'au vendredi 29 mai.

Un air chaud venu du Maroc

« Cet air chaud arrive du Maroc, où il fait plus de 40 degrés à 1 500 mètres. En Espagne, il faisait hier plus de 39 degrés à Saragosse, où les agriculteurs ont déjà commencé à irriguer », explique un météorologue. Dans les campagnes lot-et-garonnaises, ces températures font craindre le pire pour les céréales et les arbres fruitiers.

Stress pour la végétation et les animaux

« Des stress vont forcément se produire », pose Jean-François Berthoumieu, président de l'Association climatique de Moyenne Garonne (ACMG). Des situations de stress pour la végétation, mais aussi pour les animaux d'élevage et sauvages ; lesquels devraient subir une mortalité importante, notamment « chez les oiseaux nichant sous les toits », selon l'agroclimatologue Serge Zaka.

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Une variabilité énorme

Dans le Lot-et-Garonne, Jean-François Berthoumieu rappelle que le thermomètre peinait à dépasser les 10 degrés il y a encore une semaine. « La variabilité est énorme », souffle-t-il. « Le réchauffement climatique génère des extrêmes de plus en plus fréquents. » Et le scientifique ne prévoit pas d'eau avant le 8 ou le 9 juin. « Un flux d'ouest devrait certes faire baisser les températures, mais sans pluie. La terre ne va pas pouvoir tenir jusque-là. »

Des sols pourtant chargés en eau

Bien que chargés en eau, après une pluviométrie importante ce printemps, les sols pourraient avoir des difficultés à répondre aux appétits de plants en plein développement, selon Vincent Leyre, céréalier dans l'Albret. « Quels impacts sur les cultures ? C'est difficile à dire. Car cela n'est jamais arrivé », expose ce dernier. Face au caractère soudain et inédit de cette période, les agriculteurs naviguent à vue.

Des inquiétudes pour les betteraves

Vincent Leyre s'inquiète particulièrement pour ses semences de betteraves. « On est en mai, et il faut déjà les irriguer. Car c'est le moment où la feuille et la fleur se forment, soit celui où le plant a le plus besoin d'eau. » La casse pourrait être limitée, selon lui, pour les blés. « Les grains sont déjà formés. Il ne leur reste plus qu'à mûrir », détaille-t-il sans certitude. « J'imagine cela, mais comme ces chaleurs sont inédites, on ne peut rien anticiper. Une canicule en août, on sait ce que cela fait. En mai, on n'en connaît pas l'impact, on va le découvrir. »

Vergers à rafraîchir

Dans les vergers, Jean-François Berthoumieu anticipe une chute précoce des feuilles. « Ces fortes chaleurs pourraient provoquer une oxydation au niveau des stomates, en raison d'un taux d'ozone trop élevé. Elle intervient d'habitude début juillet. Cette année, cela pourrait se produire dès le mois de juin », soutient-il. « Nous avons déjà conseillé aux arboriculteurs d'apporter, dans la mesure du possible, de l'humidité à leurs arbres, par micro-aspersion. Afin de rafraîchir le verger. » Une opération techniquement possible pour les kiwis et les pommiers. « C'est plus complexe pour les pruniers, qui ne sont pas équipés de ces systèmes d'arrosage. »

L'agriculture doit s'adapter

L'agriculture devra continuer à s'adapter à ces phénomènes dans les décennies à venir. « On avait prédit ce scénario il y a trente ans. Personne ne nous a crus », souffle Jean-François Berthoumieu. « Et dans trente ans, si l'on continue ainsi, sans régulation des énergies fossiles, on aura ces périodes de canicule en avril, juste après les gelées… »

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