Attaque de vautours dans les Pyrénées : un éleveur témoigne d'une scène traumatisante
Attaque de vautours : un éleveur pyrénéen témoigne

Une attaque de vautours traumatisante dans la vallée d'Ossau

Pour la seconde fois en deux ans, Pierre Coumes, jeune éleveur de vaches et poulets à Bescat, dans la vallée d'Ossau des Pyrénées-Atlantiques, a été confronté à une scène d'une violence rare. Le mercredi 23 avril 2025, en milieu d'après-midi, une horde de vautours a dévoré vivants une vache qui venait de vêler et son nouveau-né, à moins de cent mètres de sa ferme.

Une scène insoutenable capturée en vidéo

Dans une vidéo que l'éleveur a prise pour documenter les faits, on peut voir la vache agonisante, les yeux énucléés, et non loin d'elle les restes décharnés de son veau. « La vache vivante, le veau né vivant, bouffés par les vautours. On est bien là ? On est bien là ? Impeccable. Et la vache qui bouge encore », commente Pierre Coumes, désabusé, sur les images.

« Les vautours étaient au moins deux cents, je n'en ai jamais vu autant. Il y en avait partout, dans l'herbe, en vol, sur les arbres… Même jusque chez mon voisin, à huit cents mètres de là. C'était violent. Je suis arrivé trop tard, je n'ai pu que constater les dégâts », raconte l'agriculteur, qui qualifie cette expérience de « traumatisante ».

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Une absence fatale de quelques minutes

L'éleveur s'était absenté « entre trente et quarante minutes, pour aller chercher un autre lot de vaches qui se trouvait à un kilomètre à vol d'oiseau ». À son départ, tout était calme. En revenant par la route, il a aperçu de nombreux vautours volant à basse altitude. « Je me suis d'abord dit qu'ils étaient là pour une brebis coincée, en difficulté. La moindre bête en sang, ils la sentent de très loin ».

Malgré ses tentatives pour faire fuir les rapaces avec son quad, la situation était hors de contrôle. « D'habitude je n'ai pas peur de ce genre de bestioles, pour en voir régulièrement pendant la transhumance. Mais là, ils étaient si nombreux que même avec le quad, j'avais peur d'y aller. J'ai crié, je me suis mis derrière le quad pour les faire décoller… Ils n'ont peur de rien. Dès que je suis parti chercher le tracteur à cinquante mètres pour sortir ma bête morte, ils sont retournés dessus ».

Un détecteur de vêlage qui n'a pas fonctionné

La vache était équipée d'un détecteur de vêlage, censé envoyer une alerte au moment de la mise bas. « Mais quand ça se passe très bien, comme une lettre à la poste, les détecteurs ne se déclenchent pas ; c'est rare mais cela arrive. J'ai testé l'appareil, il marche très bien. Certains veulent nous faire croire que les vautours ne s'en prennent qu'aux bêtes mortes, la preuve que non. C'est pour ça que j'ai pris la vidéo », explique Pierre Coumes.

Il y a deux ans, l'éleveur avait déjà vécu un scénario similaire lorsqu'une de ses vaches, blessée par une congénère, avait été tuée par des vautours alors qu'elle ne pouvait plus se lever. « À l'époque, on m'avait assez reproché de ne pas avoir fait de vidéo pour le prouver ; cette fois j'ai tout fait dans les règles de l'art ».

La question cruciale du nourrissage des vautours

Pierre Coumes se dit révolté par cette nouvelle attaque. « Ça me met hors de moi. Celle que j'ai perdue aujourd'hui, c'était une vache de trois ans que j'avais depuis qu'elle était toute petite, je l'ai élevée… La voir se faire bouffer devant soi, c'est un truc de fou. Ça devient invivable, il faut que les gens comprennent que ce n'est plus possible. Les vautours ont tellement proliféré depuis cinq, dix ans. Là ils en sont à un stade où ils sont morts de faim ».

Pour l'agriculteur, cette situation pose directement la question du nourrissage des vautours. « On veut protéger l'espèce mais la nourriture disponible ne correspond pas à la population qu'il y a en face. Si ça continue, ça va se répéter et on ne pourra plus laisser de bêtes à l'herbe avec les veaux. J'ai deux autres vaches qui doivent vêler dans les prochains jours ; je les ai sorties en suivant ».

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Le plan national d'actions et la réalité du terrain

L'Office français de la biodiversité coordonne, pour le massif pyrénéen, le plan national d'actions « Vautour fauve et activités d'élevage, 2017-2026 ». Ce programme vise à préserver « la relation à bénéfices réciproques entre éleveurs et vautours » et comprend notamment le développement de l'équarrissage naturel via des placettes où des cadavres issus de mortalités naturelles sont mis à disposition des rapaces.

Dans le secteur de l'attaque, deux placettes d'équarrissage existent, à Aste-Béon et Bielle-Bilhères. Cependant, selon un autre éleveur de la vallée, ces installations ne représenteraient que cinq pour cent de la nourriture des vautours. « Autrefois, il y avait des placettes de nourrissage. Celles qui existent aujourd'hui n'ajoutent pas de viande, elles ne font qu'officialiser les dépôts sauvages d'antan. Mais il existe encore des charniers dans des endroits reculés, connus de tout le monde dans la vallée, où les gens balancent des animaux entiers à foison, ce qui est illégal. Pour le moment, les services de l'État ferment les yeux… ».

Cet incident dramatique met en lumière les tensions croissantes entre la protection d'une espèce emblématique des Pyrénées et la réalité du quotidien des éleveurs confrontés à des attaques de plus en plus fréquentes et violentes.