Serge Zaka, climatologue et ingénieur agricole, était l'invité d'une table ronde dédiée aux défis de l'agriculture en 2050 face au changement climatique, lors du Salon des agricultures méditerranéennes de Villeveyrac. Selon lui, la région méditerranéenne deviendra un hotspot climatique à l'horizon 2050, c'est-à-dire le point le plus chaud de France et même d'Europe.
Un paysage agricole bouleversé
La biogéographie des espèces, c'est-à-dire l'aire de répartition des espèces, va forcément évoluer en Méditerranée puisque le climat dérive très fortement par rapport à ce qui se passait précédemment. Actuellement, le paysage méditerranéen est composé d'oliviers, de vignes, d'abricotiers, de tomates, de maraîchage, de plantes aromatiques et médicinales comme le thym et le romarin. De nombreuses espèces seront conservées, notamment les plantes aromatiques et médicinales, la vigne et l'olive. En revanche, les garrigues vont ressembler à des savanes, avec des arbres plus bas et plus espacés, comme on le voit déjà en Andalousie.
Des savanes généralisées
Les savanes, déjà présentes à Perpignan, vont se généraliser à la plupart de la région. En termes agricoles, le potentiel vigne et olive subsistera. On verra davantage de kakis, d'agrumes (déjà plantés près de Nîmes), de nèfles, etc. L'arboriculture évoluera avec des variétés différentes, comme l'abricot Colorado remplaçant le rouge du Roussillon, et des pommes nécessitant moins de froid. L'olive restera présente, et le chêne-liège pourrait mieux s'implanter que le chêne sessile. Les paysages jauniront plus rapidement et reprendront leurs couleurs plus difficilement à l'automne. Côté élevage, on aura plus d'ovins et de caprins, plus rustiques et adaptés aux fortes chaleurs, consommant moins de fourrage grâce à leur taille plus petite.
Adaptation ou transformation totale ?
Serge Zaka distingue l'adaptation, valable pour le nord de la France (betterave, blé, colza) avec des pratiques culturales modifiées, et la transformation, nécessaire dans le Sud. Le changement climatique y est tel que l'adaptation ne suffira pas : on assistera à une transformation complète, avec l'arrivée d'agrumes en Méditerranée française et un paysage devenant plus andalou ou marocain. Pour le maraîchage, il sera plus intéressant de planter des tomates à la fin de l'été pour une récolte automnale, plutôt qu'au printemps pour une récolte estivale.
Rentabilité et main-d'œuvre
Le nombre d'agriculteurs dépendra de l'attractivité du métier et de la difficulté du travail, un enjeu économique. Si rien ne change, la production agricole actuelle verra son attractivité diminuer d'ici 2050, entraînant une baisse du nombre d'agriculteurs. La question du prix est politique. En s'orientant dès maintenant vers des productions adaptées (agrumes, olives, pistaches), l'agriculture peut rester rentable à condition de prendre les bonnes décisions dès 2025. Cependant, un problème majeur surviendra après 2060, avec des températures estivales approchant les 50°C. Le 28 juin 2019, à 48,1°C, des brûlures ont été observées sur tous les végétaux. La meilleure adaptation après 2060 est d'éviter les gaz à effet de serre en amont.
Investir dès maintenant
Pour Serge Zaka, il est crucial d'investir dans de nouvelles filières d'avenir, notamment l'achat de matériel génétique. Le plus long n'est pas de planter des agrumes, mais d'acheter les arbres, les stocker, les transporter. Actuellement, on investit sur des pansements plutôt que sur le long terme. Pourtant, c'est dans le Languedoc qu'ont été plantées les premières clémentines du continent, que les oliviers reviennent, et à Cavaillon, des milliers d'hectares de pistaches ont été introduits. Mais les agriculteurs seuls ne peuvent être le moteur de ces nouvelles filières.



