Agriculture et agroalimentaire français : l'effondrement de l'excédent commercial face à la surfiscalité
Agriculture française : l'effondrement commercial face à la surfiscalité

L'effondrement spectaculaire de l'excédent commercial agricole français

La hausse des prix des carburants, l'entrée en vigueur de la taxe carbone sur les engrais et le renforcement de la redevance pour pollution diffuse constituent autant de mauvaises nouvelles supplémentaires pour l'agriculture et l'agroalimentaire français, secteurs structurellement fragilisés. Sur les quinze dernières années, leur excédent commercial s'est réduit de manière dramatique, passant de 11,4 milliards d'euros à seulement 210 millions d'euros. Cette évolution représente une division par cinquante-quatre entre 2011 et 2025, un effondrement sans précédent qui révèle des faiblesses profondes.

Les véritables causes de la dégradation commerciale

Contrairement aux idées reçues, les accords de libre-échange européens avec le reste du monde ne constituent pas le facteur explicatif principal de cette dégradation française. Les données montrent en effet que 66% du recul s'est produit vis-à-vis des partenaires européens, tandis que le reste du monde n'a eu qu'un impact plus marginal, représentant seulement 34% de la détérioration. Par ailleurs, l'agroalimentaire explique 63% de cette dégradation, l'agriculture ayant un impact plus faible à hauteur de 37%.

Ces chiffres contredisent plusieurs perceptions erronées. Les agriculteurs ne sont pas les victimes des industriels de l'agroalimentaire qui transforment leurs produits, mais ces deux secteurs complémentaires voient ensemble leur position se dégrader. La concurrence extra-européenne et les relations avec l'industrie alimentaire servent souvent de boucs émissaires faciles qui masquent en partie les handicaps structurels français, liés à la surréglementation et à la surfiscalité.

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Le double fardeau français : réglementation et fiscalité

Si la réglementation agricole est harmonisée en Europe, elle est loin d'être uniforme entre tous les pays membres. La France surtranspose systématiquement les directives européennes et impose des règles plus strictes dans une multitude de domaines, qu'il s'agisse de l'environnement, du droit du travail ou du droit de la construction. À ce fardeau réglementaire s'ajoute l'effet des prélèvements obligatoires, plus lourds en France à cause des « impôts de production ».

Cette fiscalité d'un autre âge, qui taxe l'outil de production indépendamment des profits qu'il dégage, constitue une forte incitation à délocaliser la production et à importer. En matière d'agroalimentaire, les acteurs français supportent à eux seuls 62% des impôts de production sectoriels de l'Union européenne, alors que leur part de marché ne représente que 16%. La fiscalité, trois fois plus élevée qu'ailleurs, comprime mécaniquement leurs résultats de 15% par rapport au reste de l'Union européenne.

Une pénalisation disproportionnée

Les secteurs agricole et agroalimentaire français sont encore plus pénalisés que l'immobilier, les autres industries ou la construction. Dans ces derniers secteurs, la France représente entre 31% et 42% de la fiscalité de production européenne, tandis que dans l'agroalimentaire, cette proportion atteint des niveaux disproportionnés. La surfiscalité pénalise également directement l'agriculture, traditionnellement considérée comme un secteur aidé.

Lorsqu'on calcule le soutien agricole en soustrayant la fiscalité des subventions, les agriculteurs français apparaissent moins aidés que leurs homologues européens. En 2024, la ferme France a touché seulement 14% des subventions nettes d'impôts de l'Union européenne, alors qu'elle représentait 16% de la production totale, révélant ainsi un désavantage compétitif structurel.

Des réponses politiques insuffisantes

Jusqu'à présent, l'attitude des pouvoirs publics oscille entre actions contre-productives et mesures trop timorées. Face aux difficultés du monde agricole, les autorités ont adopté trois lois Egalim en 2018, 2021 et 2023. Ces textes sont censés « mieux » répartir la valeur au profit des agriculteurs, mais le problème fondamental reste un manque de rentabilité globale et non un simple partage inégal de la valeur.

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Face à la contestation agricole croissante, les autorités prétendent alléger le fardeau réglementaire, mais la vraie déréglementation se fait attendre. Concernant la fiscalité, les impôts de production ont certes été réduits, mais leur suppression complète reste à organiser. Cette suppression nécessiterait la mise en place d'un financement pérenne des collectivités locales reposant sur la TVA et l'impôt sur les sociétés, des fiscalités moins nocives qui évoluent en fonction de la création de valeur ajoutée et des bénéfices réels.

Ce chantier de réforme fiscale et réglementaire devrait constituer un enjeu central de la campagne présidentielle à venir, car il conditionne la survie à long terme de l'agriculture et de l'agroalimentaire français face à une concurrence européenne de plus en plus vive. La situation actuelle, marquée par un effondrement commercial historique, appelle des mesures structurelles courageuses plutôt que des ajustements cosmétiques.