Mobilisation agricole en Dordogne contre la hausse des coûts de production
Ce mercredi 8 avril au soir, des agriculteurs de la Dordogne se sont rassemblés devant les bâtiments administratifs de Périgueux et Bergerac. Cette action, organisée par la Coordination rurale du département (CR 24), visait à protester contre l'envolée des prix du gazole non routier (GNR) et des engrais, une situation aggravée par le contexte géopolitique au Moyen-Orient.
Une manifestation symbolique et pacifique
Dans les deux villes, une quarantaine de manifestants ont déployé des moyens visuels pour marquer leur mécontentement. À Périgueux, ils ont empilé des bidons d'essence et d'huile vides devant l'entrée de la préfecture. À Bergerac, ce sont des guirlandes de sacs d'engrais vides qui ont été accrochées aux grilles de la sous-préfecture. Les maires des deux communes, Michel Cadet à Périgueux et Fabien Ruet à Bergerac, étaient présents pour observer le mouvement.
« Cette manifestation est pacifiste, sans chercher à déverser du fumier ou d'autres déchets dont l'enlèvement coûte très cher aux communes », a souligné Michel Cadet, tout en exprimant son soutien aux agriculteurs.
Des témoignages alarmants sur le terrain
Les agriculteurs présents ont partagé des situations critiques. Jean-Marie Deschamps, céréalier à Bouniagues, explique : « Je n'avais pas acheté mes engrais, en espérant que ça allait baisser. Mais quand la guerre s'est déclenchée, les prix sont montés en flèche. Donc il n'y aura pas d'azote dans les blés et la baisse de production va être énorme. »
Teddy Faugère, céréalier et viticulteur à Saint-Aubin-de-Cadelech, ajoute : « J'avais rempli mes cuves de gazole en janvier mais il a fallu refaire le plein. Maintenant, le litre est à 1,70 € au lieu de 77 centimes. Si ces prix se maintiennent, ça me coûtera 35 000 euros l'année. On ne tiendra pas. »
Des revendications claires et urgentes
Les représentants de la Coordination rurale ont formulé des demandes précises aux autorités. Justin Losson, coprésident de la CR 24, déclare : « Nous avons plusieurs fois alerté les préfets, les parlementaires et les ministres. Nous demandons un bouclier tarifaire sur les énergies et du GNR à 1 euro le litre. »
Cyril Condemine, exploitant à Saint-Privat-en-Périgord, présent à Périgueux, insiste : « Ça fait trois ans qu'on se bat, qu'on tire la sonnette d'alarme. On ne demande pas l'aumône, mais là on n'en peut plus avec le prix du GNR qui flambe. Un tracteur peut consommer 15 à 30 litres par heure. En réponse, on ne nous propose que des prêts flash carburant, ce n'est pas une solution. »
Un contexte agricole particulièrement tendu
La mobilisation s'est déroulée à un moment crucial de l'année agricole : la préparation des semis. Cela explique en partie le nombre limité de tracteurs présents, beaucoup étant retenus dans les fermes. Vincent Cascales, coprésident de la CR 24, résume la situation : « Tout ce qu'on vend est orienté à la baisse alors que les charges sont toujours en hausse. Nous, on voudrait un plafonnement du prix du GNR. »
Thomas Parot, vice-président de la structure, confirme le sentiment d'abattement parmi les agriculteurs : « Les collègues nous disent qu'ils n'ont pas la trésorerie pour payer les engrais et le GNR. On sent de l'abattement mais on ne va pas baisser les bras. »
Michel Cadet, maire de Périgueux, a réaffirmé son attachement à la profession agricole locale, évoquant les initiatives comme la présence de produits bio et locaux dans les cantines ou l'organisation du comice urbain Péri'Meuh. « On entend leur cri de désespoir. Ils demandent juste à vivre de leur travail », a-t-il conclu.



