Fargues-sur-Ourbise honore un demi-siècle de culture de l'asperge, une tradition en sursis
Ce dimanche 19 avril, la commune de Fargues-sur-Ourbise, située dans le département du Lot-et-Garonne, célèbre avec fierté un anniversaire marquant : cinquante ans de culture dédiée à l'asperge, cette plante potagère exigeante et délicate. L'événement annuel, la Fête de l'asperge, se tient traditionnellement chaque troisième dimanche d'avril, attirant des amateurs de ce légume printanier. Cependant, derrière cette festivité se cache une réalité agricole préoccupante : le nombre de cultivateurs spécialisés dans l'asperge ne cesse de diminuer, mettant en péril un héritage local profondément enraciné.
Un déclin alarmant des producteurs dans le sud-ouest du Lot-et-Garonne
Autrefois, comme le rappellent les anciens, « on trouvait un producteur d’asperges tous les 10 kilomètres ». Aujourd'hui, cette densité a considérablement baissé. À Fargues-sur-Ourbise même, seule la famille Ghirard perpétue encore cette culture, alors qu'ils étaient au moins dix il y a un demi-siècle, lorsque l'asperge s'est implantée dans les sols pauvres et sablonneux des Landes de Gascogne lot-et-garonnaises. Dans le village voisin d'Anzex, Denis Lagleyre incarne une situation similaire : il sera le dernier à produire des asperges sur l'exploitation familiale, couvrant 1 à 2 hectares. Son fils a décidé de ne pas reprendre l'activité, et Denis prévoit de maintenir la production encore une décennie, jusqu'à sa retraite, avant d'arracher progressivement les plants, comme il l'a déjà fait sur un hectare l'an dernier.
Les défis techniques et humains de la culture de l'asperge
La culture de l'asperge présente des obstacles majeurs qui expliquent en partie ce déclin. D'abord, la récolte des asperges blanches ne peut être mécanisée, nécessitant un travail manuel intense et précis. Les ouvriers agricoles doivent utiliser une gouge, un ciseau concave, pour tailler l'asperge dans la butte, une tâche décrite comme « technique et physique ». Denis Lagleyre souligne que « le personnel est introuvable », rendant la main-d'œuvre rare et coûteuse. De plus, l'asperge est un produit fragile, sensible aux gelées et aux variations de température, exigeant une vigilance constante pendant la saison de récolte, qui dure un peu plus de deux mois.
Après la récolte, le processus continue avec le nettoyage, le calibrage et la mise en bottes, des étapes assurées par son épouse, Frédérique Lagleyre. Elle gère également la vente en direct et participe à trois marchés hebdomadaires, affirmant : « J’aime savoir où va mon produit et en parler ». Cette relation directe avec la clientèle, fidèle malgré les prix élevés, reste un pilier de l'activité. Les tarifs, stables depuis trois ans, oscillent entre 6 et 10 euros le kilo en début de saison, un niveau que Denis juge raisonnable comparé aux coûts croissants des intrants.
Perspectives d'avenir et adaptations des exploitants
Malgré ces difficultés, certains agriculteurs voient dans l'asperge une opportunité de diversification et de rentabilité. Sylvain Da Dalt, qui cultive 20 hectares à Durance et en est le maire, témoigne : « L’asperge demande beaucoup d’investissement et de travail – il faut y être six jours sur sept –, mais on a une rentabilité autre que les céréales ». Il a triplé ses surfaces en cinq à six ans et vise les 30 hectares d'ici deux ans, motivé par l'installation de ses enfants sur l'exploitation. Pour lui, la Fête de l'asperge est un moment de fierté, où il confie le stand à sa progéniture, constatant avec satisfaction un rajeunissement et une augmentation de la clientèle.
Les débouchés varient entre les grandes et moyennes surfaces, la vente en direct et les marchés, mais la Fête reste un incontournable pour valoriser le produit local. Sylvain Da Dalt exprime cette satisfaction : « C’est une fierté de s’entendre dire ‘’on se régale’’ ». Ainsi, tandis que Fargues-sur-Ourbise célèbre ce demi-siècle de tradition, l'avenir de l'asperge dans la région dépendra de la capacité des producteurs à surmonter les défis tout en préservant ce patrimoine agricole unique.



