Stéphanie Tesson perpétue l'héritage théâtral de son père Philippe au Poche-Montparnasse
Stéphanie Tesson et l'héritage théâtral de son père Philippe

Stéphanie Tesson, gardienne de l'héritage théâtral de son père Philippe

Elle n'appréciera probablement pas qu'on le souligne avec tant d'insistance, mais la ressemblance avec son père, le célèbre journaliste Philippe Tesson, est véritablement frappante. Les mêmes yeux allongés, le même profil aigu, et surtout cette voix si caractéristique, vibrante et théâtrale, qui semble avoir été transmise de génération en génération. Stéphanie Tesson dirige aujourd'hui le théâtre de Poche-Montparnasse que son père, aujourd'hui disparu, avait acquis en 2012 avec une passion dévorante.

Un rêve réalisé à 82 ans

À l'âge où la plupart des hommes ordinaires renoncent à leurs ambitions les plus chères, Philippe Tesson, à 82 ans, choisissait au contraire de concrétiser son rêve le plus cher : transformer cette micro-institution du quartier Montparnasse, qu'il avait fréquentée assidûment durant ses années étudiantes, en un chaleureux quartier général entièrement dédié à sa passion du théâtre. Un lieu où l'on joue bien sûr, souvent de grands textes littéraires adaptés à la scène avec talent et sensibilité.

Mais c'est aussi bien plus qu'une simple salle de spectacle : c'est un véritable lieu de vie, ouvert sept jours sur sept, doté d'un bar animé où une foule d'habitués se presse, débat avec passion avant ou après les représentations, croise les comédiens, les metteurs en scène et les enfants Tesson. Stéphanie, son frère l'écrivain voyageur Sylvain Tesson et leur sœur Daphné, tous trois contaminés par le même virus théâtral que leur père, perpétuent cette tradition familiale.

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La présence persistante de Philippe Tesson

Trois années se sont écoulées depuis sa disparition, et pourtant Philippe Tesson lui-même semble n'avoir jamais vraiment quitté ce phalanstère intime qu'il chérissait tant. Ses photographies, ses livres personnels sont partout, témoignant de son omniprésence spirituelle. Sa voix, désormais, résonne à nouveau chaque lundi soir dans la salle du sous-sol, grâce à un spectacle singulier qui mêle habilement des extraits d'une émission de radio aux réponses en direct de son ami Christophe Barbier.

Philippe Tesson revient ainsi bel et bien nous raconter l'histoire de l'art dramatique, tel un fantôme bienveillant, érudit et passionné, qui semble sourire, aujourd'hui encore, derrière l'épaule de sa fille Stéphanie, comme pour la guider dans sa mission.

Un spectacle qui transcende la mort

Stéphanie Tesson nous révèle les secrets de cet étrange spectacle : « Christophe Barbier, ami de mon père et compagnon de longue date du théâtre de Poche, a utilisé les enregistrements d'une émission que Matthieu Garrigou-Lagrange avait initiée sur France Culture en 2010, Une histoire du théâtre, et les a ciselés en une soixantaine de courtes interventions pour créer une sorte de dialogue à l'envers ». C'est bien la voix de Philippe Tesson que l'on entend, mais questionnée, relancée, contestée par Christophe Barbier, créant ainsi l'illusion d'une véritable « disputatio », d'une joute verbale telle que le patriarche les affectionnait particulièrement.

Ce spectacle hybride évoque la conception profondément politique qu'avait Philippe du théâtre, qu'il voyait comme un miroir fidèle de l'histoire humaine, un contrepoint indispensable à l'évolution de nos sociétés. Et sa voix, incarnée, organique, résonne de façon troublante dans ce lieu avec lequel il a fait corps durant si longtemps. Il le disait d'ailleurs lui-même avec une conviction intacte : « Le théâtre, c'est la résurrection des morts. »

Une enfance bercée par le théâtre

Philippe Tesson affirmait avoir assisté, au cours de sa vie, à plus de 12 000 pièces de théâtre. Une passion dévorante qui a naturellement imprégné toute la vie familiale. « Nous l'accompagnions souvent, bien sûr, et nous faisions beaucoup de théâtre en famille », confie Stéphanie Tesson. « Avec mon frère, ma sœur, nos cousins, on écrivait, on montait, on jouait des pièces à la moindre occasion, notre maison elle-même était un théâtre, et la vie, un spectacle permanent. »

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Leur père était un joueur-né, un personnage magnifique, y compris dans le quotidien le plus banal. Les courses du samedi matin pouvaient prendre des heures entières parce qu'il dialoguait sans fin, un peu comme s'il était sur scène, avec les marchands, les passants. Il pouvait déclarer, à la fin d'un week-end en famille : « On s'est emmerdés, on ne s'est pas engueulés. » Une phrase qui résume à elle seule son appétit pour la confrontation verbale et l'échange d'idées.

Un héritage vivant et exigeant

Diriger ce théâtre représente aujourd'hui un défi de taille pour Stéphanie Tesson. L'établissement est indépendant, bénéficiant seulement d'une aide occasionnelle de la part du fonds de soutien aux théâtres privés. Cette gestion reposant presque exclusivement sur un autofinancement suppose des efforts considérables de la part de tous ceux qui s'engagent dans la maison, et une adhésion constante de la part du public. La situation reste donc acrobatique et précaire, même si l'équilibre financier a été atteint ces dernières années.

Le théâtre de Poche propose en moyenne huit spectacles par semaine, parfois jusqu'à douze, et les jours de relâche sont souvent consacrés à des événements éphémères ou des conférences. En plus des productions maison, des partenariats se développent avec des compagnies partageant l'esprit du Poche, qui proposent dans ses murs leurs propres spectacles. C'est une façon de partager les risques mais aussi de vivre ensemble la fête du théâtre ! explique Stéphanie Tesson.

Il existe désormais comme une troupe d'artistes, d'écrivains et de metteurs en scène étroitement associés au Poche. Et avec la communauté de spectateurs extrêmement fidèle qui fréquente assidûment les lieux, ils forment, précisément, ce dont Philippe Tesson rêvait : une véritable famille théâtrale, un héritage vivant qui continue de vibrer au rythme des planches et des passions partagées.