Un directeur d'agence culturelle en Occitanie est accusé de management toxique par d'anciens salariés, selon une enquête de Libération publiée le 25 juin 2025. Les faits se déroulent au sein d'une structure qui accompagne le spectacle vivant dans la région. Plusieurs témoignages décrivent un climat de travail délétère, marqué par des pressions psychologiques, des humiliations et des décisions unilatérales.
Des accusations de harcèlement moral
Selon les témoignages recueillis, le directeur aurait imposé un management autoritaire, avec des critiques constantes et des remarques dévalorisantes. Une ancienne salariée affirme : "Il nous disait que nous étions incompétents, que nous ne méritions pas notre poste. Il y avait une peur permanente de faire une erreur."
Un autre ancien employé évoque des réunions où le directeur aurait humilié publiquement des membres de l'équipe. "Il pouvait vous interrompre en plein exposé pour dire que vous racontiez n'importe quoi, devant tout le monde. C'était une stratégie pour instaurer un rapport de domination."
Un turnover anormalement élevé
La structure, qui emploie une dizaine de salariés, aurait connu un turnover important ces dernières années. Selon les calculs de Libération, le taux de rotation du personnel atteindrait 40 % par an, bien au-dessus de la moyenne du secteur. Plusieurs départs seraient liés aux conditions de travail.
Un ancien chargé de production explique : "J'ai démissionné car je ne supportais plus l'ambiance. On travaillait dans la crainte, et il n'y avait aucune reconnaissance. Le directeur avait un pouvoir absolu, et personne n'osait contester."
Des alertes ignorées
Des signalements auraient été faits auprès de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et de l'inspection du travail, mais sans suite. Un avocat spécialisé en droit du travail, contacté par Libération, indique : "Dans ce type de structure, les salariés hésitent à porter plainte par peur de représailles ou de perdre leur emploi. Le système est verrouillé."
L'agence culturelle, qui dépend en partie de subventions publiques, bénéficie d'un budget annuel d'environ 1,2 million d'euros. Le directeur, qui occupe son poste depuis 2018, n'a pas souhaité répondre aux accusations, invoquant le secret professionnel.
Des conséquences sur les artistes accompagnés
Au-delà des salariés, ce management toxique aurait également des répercussions sur les compagnies et artistes soutenus par l'agence. Un metteur en scène témoigne : "On ressentait une tension lors des échanges. Certains projets ont été abandonnés parce que les artistes ne voulaient plus travailler avec cette équipe."
La région Occitanie, qui finance en partie l'agence, a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative. Dans un communiqué, la présidente de la région déclare : "Nous prenons ces accusations très au sérieux. Nous attendons de faire la lumière sur ces faits pour prendre les mesures nécessaires."
Un problème systémique dans le secteur culturel ?
Ce cas n'est pas isolé dans le monde du spectacle vivant. Plusieurs affaires similaires ont éclaté ces dernières années, mettant en lumière des pratiques de management toxique dans des institutions culturelles. Selon une étude de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles dans la culture, 65 % des répondants déclarent avoir été confrontés à des comportements abusifs au travail.
Une syndicaliste du secteur commente : "Il y a une culture de l'omerta dans le milieu culturel. Les directeurs ont souvent un pouvoir très important, et les salariés craignent de perdre leur emploi s'ils dénoncent. Il faut des mécanismes de contrôle plus stricts."
L'enquête en cours en Occitanie pourrait servir de précédent pour d'autres structures. En attendant, les anciens salariés espèrent que la vérité éclatera et que des mesures seront prises pour éviter que de tels faits ne se reproduisent.



