Les joutes languedociennes de la Saint-Louis à Sète ne sont pas seulement l'affaire des jouteurs. Dans l'ombre, les rameurs de l'association sétoise jouent un rôle essentiel. Ils sont les véritables maîtres à bord des barques, menant les embarcations lors des tournois. Leur histoire est tissée de légendes, comme celle des frères Loulou Molle et André Lubrano, deux Pointus qui ont présidé aux destinées des barques bleue et rouge jusqu'en 2012.
Une tradition de pêcheurs
La rame à Sète est avant tout une affaire de Pointus, ces pêcheurs qui travaillaient à la force des bras. L'Association des rameurs sétois "Pointe Courte" a été fondée par Morizot (Michel Izoird). Aujourd'hui, le président Sébastien Fabre, avec dix ans de rame dans les bras, perpétue cette tradition. "On vit, on meurt ensemble", explique Bruce Sellier, descendant des premières femmes jouteuses. Les rameurs peuvent ramer jusqu'à six heures d'affilée, sans relais, sur cinq tournois de la Saint-Louis.
L'endurance et la cohésion
Chaque barque nécessite dix hommes et un barreur. Les rameurs se croisent environ 150 fois par tournoi, parcourant une dizaine de kilomètres. "Mais on ne s'ennuie pas, les barques sont vivantes, on discute, ça chambre", confie Bruce Sellier. Chacun apporte le goûter à tour de rôle. La cohésion est primordiale. Certains rameurs ont la soixantaine passée, mais la passion du sport et des traditions les anime. Ils s'entraînent avec Cettarames, le club de rames traditionnel de Sète.
Le rôle clé des rameurs
David et Mikaël Martinez, frères avec respectivement 15 et 20 ans de pratique, illustrent bien l'importance des postes. Mikaël est à l'arrière, où la barque est surélevée et les rames plus longues. "Les deux rameurs devant donnent la cadence. Lors des passes, on allonge le mouvement pour stabiliser la barque", explique David. Les jouteurs peuvent refuser la passe si la barque n'est pas stable. Alain Le Bail, jouteur devenu barreur, lève la main pour donner le départ. "Un bon barreur économise ses rameurs", dit-il. Les risques de blessure existent, comme lorsque Mikaël a reçu une rame sur la tête.
La valse des barques, un spectacle unique
Pour la 281e Saint-Louis, les rameurs revêtent la tenue blanche : pantalon, chemise et canotier. "Pendant les joutes, c'est nous les patrons", affirme Alain Le Bail. Les jouteurs restent quelques minutes sur le cadre, tandis que les rameurs y passent cinq à six heures. La valse des barques, où une bordée rame et l'autre dénage, est un moment magique. "C'est notre spectacle, on profite à fond", confie le groupe. Cette danse, créée par Loulou, Morizot et Marcel Jouet, offre des frissons au public.



