Une plaque militaire française retrouvée en Australie : l'enquête pour la restituer aux descendants
La plaque d'identité militaire d'Henri Suly Malaurie, un Pontois envoyé sur le front en 1914, était en possession de la famille d'un soldat australien. Un historien amateur du Nord de la France a mené l'enquête pour restituer la médaille à ses descendants. C'est l'histoire d'un petit bout de métal qui tisse des liens improbables, de Pons à l'Australie, de la Première Guerre mondiale à aujourd'hui.
Un objet personnel au cœur d'une quête historique
Une médaille ovale où il est écrit « Henri Malaurie, 1913 », d'un côté, et « Saintes 909 » de l'autre. Elle dort aujourd'hui dans un tiroir à l'autre bout du monde, loin, si loin de son propriétaire d'origine, Henri Suly Malaurie, né à Pons le 19 août 1893, décédé le 8 mars 1970, et qui repose dans un cimetière de la commune de Haute-Saintonge.
Un homme tente de démêler ces fils pour que la médaille militaire revienne dans la famille d'Henri Malaurie. Philippe Clerbout, 63 ans, directeur technique d'une entreprise de matériel de manutention, vit à Auchy-les-Mines, dans le Nord. Des milliers d'hommes sont tombés près de chez lui, dans l'Artois, pendant la Première Guerre mondiale.
« J'ai fait partie d'une association de détectoristes, les gens qui utilisent des détecteurs de métaux. L'association a restitué plus d'une trentaine de plaques d'identité militaires aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Australie… » explique Philippe Clerbout.
La médaille militaire : un lien unique avec le soldat
Pour lui, la place de ces objets est dans les mains de la famille, ou dans un musée. « La médaille militaire est un objet tellement personnel. Les soldats n'avaient quasiment pas de papier, de document sur eux, car cela pouvait donner des infos à l'ennemi. C'était le seul objet rattaché à une personne. »
« Ce qui est passionnant, quand on effectue des recherches, c'est que l'on rentre dans la famille du soldat. On apprend pas mal de choses. C'est l'humain derrière le bout de métal qui est intéressant. » Voilà ce qui nous amène en Australie.
Le parcours improbable vers l'Australie
« J'ai beaucoup d'affection pour les soldats australiens. Ils ont combattu dans mon village natal et celui où j'habite aujourd'hui. J'ai participé à la création d'une association, les Diggers de la cote 70, qui a construit un mémorial en souvenir des tunneliers australiens, inauguré le 20 juillet 2024. »
Il y a quelques années, Philippe Clerbout s'est rendu pendant quatre semaines sur leurs terres. « À Canberra, j'ai rencontré un colonel qui s'occupe de faire des recherches pour restituer aux familles des médailles perdues ou volées. Il avait été contacté par une famille qui avait hérité d'une boîte de souvenirs du grand-père. Dedans, il y avait la médaille d'Henri Suly Malaurie. »
Le mystère de la transmission
Le soldat qui a récupéré sa plaque d'identité, John Frederick William Dunn, servait dans le 7th Field Ambulance. Comment a-t-elle échoué dans ses mains ? Mystère. Engagé en novembre 1913, Henri Malorie a été capturé par les Allemands en 1916 à Écurie, près d'Arras, dans le Pas-de-Calais. Il n'est rentré en France qu'en février 1919.
« Il a été fait prisonnier à une date où les Australiens n'étaient pas encore arrivés en France », relève Philippe Clerbout. À défaut de percer cette énigme, l'historien amateur est remonté sur les pas d'Henri Suly Malaurie.
Retracer l'histoire familiale
Il a servi dans le 107e régiment d'infanterie puis au 144e régiment d'infanterie. À son retour du front, il épouse Marie-Louise, avec laquelle il aura trois enfants :
- Jacques, né le 31 mai 1921 à Pons, décédé en 1994 à Saintes
- Yves, né le 5 juin 1926 à Pons, décédé en 1995 à Pessac
- Michel, né le 27 février 1928, décédé le 28 juin 2011 à Chelles (77)
La quête des descendants
Les pistes s'arrêtaient là. Philippe Clerbout a cherché des relais en Charente-Maritime. À la suite d'un article paru dans « La Haute Saintonge », fin février 2026, Patrick Paris a repris le flambeau. « C'est le genre d'énigmes que j'aime beaucoup », confie ce membre du cercle de généalogie de Saintonge.
Il a progressivement réussi à compléter le tableau, et a pu constater que plusieurs personnes, à Pons, connaissaient les Malaurie. « Les trois fils se sont mariés à Pons. Les deux premiers n'ont pas eu de descendant. Le troisième, Michel, a eu une fille. » Celle-ci se prénomme Martine et habiterait dans la région parisienne.
« Il reste à la retrouver pour boucler les recherches. Le but du jeu, c'est de trouver des descendants », note Patrick Paris. La médaille se trouve encore en Australie. « Les personnes qui la possèdent aimeraient la restituer, soit à la famille, soit à la commune pour la mettre en valeur », indique Philippe Clerbout.
La valeur émotionnelle de la restitution
Il arrive que des héritiers se refusent à ouvrir cette porte sur le passé. Pour d'autres, c'est un concentré d'émotions. « J'ai fait des recherches sur un soldat anglais. Le jour de la restitution, ses petits-enfants étaient très touchés. La maison des grands-parents avait été cambriolée, tous les souvenirs avaient été volés. Cela représentait beaucoup pour eux. »
Cette quête pour restituer la plaque d'identité d'Henri Suly Malaurie illustre comment un simple objet militaire peut devenir le point de départ d'une aventure humaine transcontinentale, reliant les mémoires familiales de part et d'autre du globe.



