Les oratoires de l'Est-Var : ces veilleurs séculaires de nos chemins
Ces piliers de pierre abritant une statue de saint ou de la Vierge sont l’une des spécialités de Provence. Tour d’horizon en Est-Var.
Nous passons bien souvent devant sans même les voir. Ils ornent les murs de nos bâtiments anciens, égaient nos jardins ou donnent du relief à nos places publiques. Ces stèles, plaques commémoratives, et autres monuments font pourtant vivre la mémoire de nos lieux. Alors, Var-matin vous propose de partir à la découverte de ces mémoriaux de l’Est-Var. Aujourd’hui, arrêtons-nous sur ce qui relève davantage d’édifices religieux que de monuments publics : les oratoires.
Cachés derrière une haie, mangés par les ronces ou dressés à l’angle de deux routes, ces petits piliers de pierre abritant une statue de saint ou de la Vierge sont dédiés à la prière. Ayant surgi dès le IVe siècle selon certaines sources ou entre le Xe et le XIVe siècles selon d’autres, ils constituent dans tous les cas un patrimoine aussi modeste qu’ancien. Et le Var, avec environ 800 de ces édifices, serait le département de France qui en compte le plus grand nombre.
De Saint-Raphaël à Puget-sur-Argens en passant par Fréjus, une trentaine d’oratoires a été construite. Certains ont été perdus ou détruits, d’autres se sont retrouvés derrière les palissades de terrains privés mais il en subsiste encore une vingtaine sur l’espace public. Une poignée d’entre eux porte une plaque commémorative, arrêtons-nous sur ces derniers pouvant s’approcher de la définition de « mémoriaux » :
L'oratoire de Guérin, aux confins de Saint-Raphaël et de Fréjus
Entre l’avenue du Colonel Brooke et le chemin de la Louve, il est peut-être le plus facilement repérable depuis qu’il a été restauré et mis en valeur en 2014 à l’occasion de la création du giratoire. La date d’édification n’est pas connue mais est en tout cas antérieure à 1766. Depuis, il a connu plusieurs vies. Restauré vraisemblablement une première fois au début du XXe siècle par des membres de la colonie anglaise hivernant à Valescure, il a été profondément remanié en 1960. C’est à cette occasion qu’une plaque commémorative y a été apposée. Elle rend hommage à l’architecte britannique Harry Stuart Goodhart-Rendel. Un nom qui n’est pas inconnu des amateurs d’histoire locale. Petit-fils de Lord Rendel, grand propriétaire foncier à Valescure, il avait participé à l’embellissement de la chapelle anglicane de Valescure et construit plusieurs villas dans le quartier. Ses amis financèrent la restauration de l’oratoire l’année suivant sa mort.
L'oratoire Saint-Jean ou Saint-Antoine, à Fréjus
Où l’on ne sait plus trop à quel saint se vouer. Situé sur la RDN7, à l’entrée du hameau de Saint-Jean de l’Estérel, celui-ci a bien failli disparaître au carrefour du XXIe siècle où il menaçait ruine. Il fut sauvé en 2008 par l’intervention de l’association des Amis des oratoires. Mais cette restauration apporta avec elle un changement de dédicace. Anciennement dédié à saint Antoine, l’oratoire abrite désormais une statue de saint Jean-Baptiste et porte une plaque au nom de « Saint Jean ». L’édifice fut inauguré et béni le 24 juin 2009 par le père Patrice Guerre.
L'oratoire Saint-Jacques, à Puget
Placé à l’origine devant la chapelle Saint-Jacques, bâtie en 1740, il avait vu sa moitié architecturale se transformer en cave vinicole avant d’être rasée en 1988 pour accueillir le Foyer des anciens. L’oratoire, lui, survécut à ce tumulte et retrouva sa place initiale devant l’entrée de ce qui est aujourd’hui le CCAS. Le 29 juillet 2012, une cérémonie d’inauguration marqua l’installation d’une statue de saint Jacques le Majeur dans la niche, offerte par l’association des Amis des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Rome. Une plaque commémorative y fut apposée à cette occasion.
Une identité provençale toujours en construction
Nombre d’autres oratoires, dépourvus de plaques, recèlent une histoire et méritent que l’on s’y intéresse. À Agay, l’oratoire Notre-Dame des Pêcheurs, construit en rhyolite de l’Estérel, veille vraisemblablement depuis le XVIIIe siècle sur la baie. En 1851, le maire Melchior d’Agay y fit poser une plaque de marbre, aujourd’hui disparue, en remerciement pour la guérison de sa fille. Non loin de là, sur l’îlot du Lion-de-Mer, une statue de la Vierge en fonte, érigée en 1947 après une mission de ré-évangélisation de la population meurtrie par la guerre, ouvre les bras face à la mer. À Fréjus, l’oratoire Sainte-Brigitte, au bord de l’avenue Pierre-Nieto et daté de 1527, est sans doute le doyen du territoire. Malgré des déménagements successifs, sa niche de pierre calcaire et sa toiture d’origine ont traversé les siècles. Enfin, l’oratoire Saint-Jacques du parc de l’Armitelle, à Boulouris, a été bâti en 2019 par l’association Connaissance et sauvegarde des oratoires et les Amis de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce dernier venu montre que la dévotion populaire n’est pas une affaire révolue. Les oratoires de l’Est-Var poursuivent ainsi la construction, pierre après pierre, d’une identité provençale toujours vivace.



