Nantes Métropole confrontée à une assignation judiciaire après l'abandon du projet artistique emblématique
Initialement présenté comme un projet grandiose et visionnaire, l'Arbre aux Hérons a finalement été abandonné par Nantes Métropole en septembre 2022, après près de deux années de développement intensif. Ce revirement stratégique, motivé par des considérations budgétaires jugées excessives, place désormais la collectivité territoriale dans une situation délicate sur le plan juridique.
Une demande d'indemnisation pour travail non rémunéré
La compagnie La Machine, célèbre pour avoir créé les machines de l'île de Nantes comme le Grand Éléphant, et qui était chargée de la réalisation de ce projet, a officiellement déposé un recours indemnitaire. Catherine Saudray, directrice juridique de la compagnie, explique à 20 Minutes : « Il s'agit d'un recours indemnitaire pour un travail qui a été effectué mais qui n'a pas été payé. » Cette action confirme une information initialement révélée par le journal Ouest-France.
Les équipes de La Machine ont consacré des mois de travail à ce projet, avec pour seule trace tangible aujourd'hui quelques branches disposées à l'entrée des Nefs de l'île, un héron exposé au musée des machines et un autre laissé à l'abandon derrière le bâtiment. « Ce travail a été engendré parce que nous avions eu l'assurance publique que ce contrat serait passé », insiste Catherine Saudray, soulignant le caractère engageant des promesses initiales.
Un préjudice d'image significatif pour La Machine
Au-delà de la simple indemnisation pour travail réalisé, la compagnie réclame également la réparation d'un préjudice d'image substantiel. En effet, l'estimation financière du projet, établie par La Machine, n'a pas été respectée par Nantes Métropole, ce qui a, selon la directrice juridique, « fait passer la compagnie pour peu fiable dans le chiffrage » auprès du public et des partenaires potentiels.
Ce double volet de la demande – indemnisation et réparation de l'image – illustre les conséquences professionnelles et réputationnelles que peut entraîner l'abandon soudain d'un projet public de cette envergure. La défense de l'Arbre aux Hérons par l'ancienne maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, ajoute une dimension politique à ce contentieux.
Nantes Métropole confirme la réception du recours
Interrogée par Ouest-France, Nantes Métropole a confirmé avoir reçu officiellement ce recours le 29 décembre. Cette reconnaissance administrative marque le début d'une procédure qui pourrait s'avérer longue et complexe, mettant en lumière les tensions entre ambition artistique, contraintes budgétaires et responsabilités contractuelles dans la gestion des grands projets urbains.
L'affaire de l'Arbre aux Hérons sert ainsi de cas d'étude sur les risques juridiques et communicationnels liés à l'annulation de projets culturels phares, particulièrement lorsqu'ils impliquent des acteurs reconnus comme La Machine, dont la crédibilité et l'expertise sont désormais mises en cause publiquement.