Le Muséum national d'Histoire naturelle célèbre 400 ans dans un état alarmant
Alors que le Muséum national d'Histoire naturelle fête ses quatre siècles d'existence cette année, une enquête du Monde révèle une situation dramatique derrière la façade prestigieuse de l'institution parisienne. Installé autour du célèbre Jardin des plantes, le musée souffre d'une dégradation avancée qui menace son patrimoine scientifique exceptionnel.
Des bâtiments historiques en péril
Le tableau dressé par les responsables est particulièrement préoccupant. Moisissures sur les herbiers précieux, infiltrations d'eau dans les bibliothèques historiques, fissures structurelles dans les murs et toitures qui menacent de s'effondrer : les signes de détérioration sont omniprésents. Gilles Bloch, président du Muséum, tire la sonnette d'alarme avec une inquiétude palpable.
Le pavillon des reptiles, inauguré en 1874, est fermé depuis 2018 dans des conditions alarmantes. Des poutres soutiennent désormais le plafond tandis que le sol s'affaisse dangereusement. Les travaux de rénovation prévus pour 2025 ont été brutalement annulés faute de budget disponible. « Tout était prêt, nous allions lancer les appels d'offres, mais on m'a demandé de suspendre le projet », confie Emmanuelle Illanes, directrice du patrimoine immobilier, au journal.
Des fermetures qui s'accumulent
La galerie de géologie n'a plus ouvert ses portes au public depuis 2004, tandis que la galerie de paléontologie a dû fermer ses portes après un avis défavorable des autorités de sécurité. Cette dernière accueillait pourtant près de 400.000 visiteurs chaque année, témoignant de son immense popularité auprès du public.
En vingt ans, la situation n'a fait qu'empirer de manière spectaculaire. La part des bâtiments classés en mauvais état est passée de 53% à 74% entre 2018 et 2025, selon les évaluations internes. Pour remettre l'ensemble du site à niveau d'ici 2040, le Muséum estime qu'il faudrait investir plus d'un milliard d'euros. Or, seulement 10 millions sont actuellement fléchés chaque année pour l'immobilier, sur un budget global de 200 millions.
Des collections scientifiques menacées
Les collections exceptionnelles du Muséum souffrent directement de cette dégradation des infrastructures. L'institution abrite 68 millions de spécimens, ce qui en fait la troisième collection naturaliste au monde par son importance scientifique. Mais la zoothèque qui en stocke une partie significative n'est plus aux normes de conservation.
Des herbiers historiques sont attaqués par la moisissure, tandis qu'en début d'année, des radiateurs ont fui dans une bibliothèque, endommageant irrémédiablement des centaines d'ouvrages précieux. Quant aux ossements de la galerie de paléontologie, ils se détruisent littéralement d'eux-mêmes. « Quand il fait chaud et qu'il y a trop d'humidité, ils se dégradent puis ils explosent littéralement », décrit avec inquiétude Gilles Bloch.
Des conditions de travail difficiles
Le personnel scientifique et technique subit également les conséquences de cette situation. Certains chercheurs travaillent dans des préfabriqués où la température peut atteindre 48°C pendant l'été. « Nos conditions de travail sont... pittoresques », résume sobrement Grégoire Loïs, chercheur au Centre d'écologie et des sciences de la conservation.
Un avenir incertain
Le président du Muséum est particulièrement direct dans son analyse : « Si on ne s'occupe pas du Muséum, il ne fêtera pas ses 500 ans ni même ses 410 ans dans le même état qu'aujourd'hui. » Le problème fondamental réside dans la perception de l'institution par sa tutelle, le ministère de l'Enseignement supérieur, qui ne considère pas le MNHN comme un « gros établissement ».
Cette situation crée un paradoxe alarmant : alors que 60% des bâtiments universitaires français sont jugés en bon état, ce n'est le cas que de 26% de ceux du Muséum. Le décalage entre l'importance patrimoniale mondiale de l'institution et les moyens qui lui sont alloués apparaît ainsi criant, menaçant la préservation d'un trésor scientifique unique au monde.



