Musée des Merveilles : 30 ans de valorisation des gravures rupestres du Mercantour
Musée des Merveilles : 30 ans de gravures rupestres

Le musée départemental des Merveilles, à Tende, fête ses trente ans d'existence. Ouvert au public le 12 juillet 1996, l'établissement s'est imposé comme une référence incontournable pour les gravures rupestres du mont Bégo, classées aux Monuments historiques. Charles-Ange Ginésy, président du Département des Alpes-Maritimes, revient sur cette aventure.

Une genèse politique et scientifique

L'idée de ce musée remonte à 1986, portée par le sénateur-maire de Tende José Balarello et Charles Ginésy, père de l'actuel président. Les réflexions étaient menées avec le professeur Henry De Lumley, sommité mondiale de la préhistoire. Le projet a pris son envol en 1989, lorsque les gravures rupestres du mont Bégo ont été classées au titre des Monuments historiques. Ce site archéologique, culminant à plus de 2 000 mètres d'altitude, recense 38 000 gravures datées de la Protohistoire (3 500 à 1 300 ans av. J.-C.), réparties sur près de 4 000 roches.

« Je me fais une joie de pouvoir fêter cet anniversaire à double titre – en tant que président du Département, et du parc national du Mercantour, commente Charles Ange Ginésy. Car sans le parc, il n'y aurait pas eu de classement. Et sans le classement, il n'y aurait probablement pas eu de musée. »

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Un outil de connaissance et de respect

Selon le président, le musée permet de faire découvrir les beautés de la vallée des Merveilles au grand public, mais aussi d'inciter au respect. « On dit souvent les gens qui vont en montagne dégradent. Je pense que c'est vrai pour certains mais pour 90 % d'entre eux, c'est qu'ils sont ignorants des choses. Pour respecter, il faut connaître. »

Avec une fréquentation oscillant entre 20 000 et 25 000 visiteurs par an, le musée remplit ce rôle. Il accueille une clientèle internationale, des touristes, des randonneurs, des seniors, des centres de loisirs, et surtout de nombreux collégiens. Plus de 1 100 scolaires s'y rendent chaque année, bénéficiant d'ateliers pédagogiques : relevé et étude des gravures, modelage en terre crue, numismatique, héraldique…

Expositions temporaires et labels

Jusqu'au 31 octobre 2026, l'exposition « Sorciers and friends » replace la gravure emblématique du « Sorcier » dans un large contexte chronologique et culturel. « Roches de mémoire » présente un travail photographique sur la richesse des motifs gravés par les premiers habitants des Alpes.

En trente ans, le musée a obtenu plusieurs labels : « Musée de France », « Tourisme et handicap », « Qualité tourisme », « Accueil vélo ». L'année 2019 a marqué un tournant avec une rénovation complète, incluant une mise à jour scientifique et l'intégration de technologies de pointe. La muséographie s'est enrichie d'un espace dédié aux découvreurs des gravures et de panneaux sur l'art rupestre dans le monde.

« Grâce à la photogrammétrie en 3D, nous avons pu faire une reconstitution virtuelle du mont Bego. Cela permet de retrouver les gravures sur les tablettes tactiles et des outils immersifs, et donc de diffuser plus largement », souligne Charles Ange Ginésy.

Budget et équipe

Le budget d'investissement annuel est évalué à 40 000 euros, tandis que le budget de fonctionnement avoisine les 200 000 euros. Ces fonds servent au renouvellement du matériel, du mobilier et à l'acquisition d'équipements technologiques. Le musée emploie treize agents sous la direction de Silvia Sandrone. « Pour moi, le musée de Tende, c'est aussi ce lieu où nos agents se sont mis à la disposition de tous ceux qui étaient en difficulté lors de la tempête Alex », ajoute le président.

Un centre de recherche et de conservation

Le musée des Merveilles est bien plus qu'un lieu d'exposition : il développe un important volet scientifique. Depuis 2017, il est Centre de conservation et d'étude pour le compte de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac). Les recherches portent sur l'art rupestre et l'archéologie protohistorique. « Le musée a pour vocation de devenir le réceptacle de l'ensemble des résultats des recherches archéologiques dans le Mercantour », indique le site Internet dédié.

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Les équipes mènent des prospections en collaboration avec la Drac et le parc du Mercantour. Une campagne vise à compléter la modélisation du site des gravures ; une autre, à réaliser un inventaire du patrimoine archéologique et historique de la haute et moyenne vallée de la Roya. Les réserves du musée comptent 7 000 pièces : 4 000 objets archéologiques et 3 000 objets ethnologiques.

« On les sort à tour de rôle, quand c'est possible, en fonction des thématiques », précise Charles Ange Ginésy. Les perspectives ? « Il faut continuer à engranger les connaissances du secteur. Mais allons-y doucement et patiemment. Je ne pense pas qu'il y ait de grandes révolutions à faire, si ce n'est de pouvoir exporter les expositions dans d'autres musées. On peut rêver d'une ambition qui serait de dire : rejoignons et croisons avec les musées de montagne. »