Un chemin de gravier bordé d'une immense pelouse impeccablement tondue mène à une arche monumentale. Un drapeau tricolore et la bannière étoilée américaine l'encadrent et flottent au vent. Sur l'arche sont gravés les noms de 68 aviateurs morts au champ d'honneur. À première vue, le visiteur pourrait penser se trouver dans un mémorial de la Première Guerre mondiale dans la Somme ou un cimetière militaire américain en Normandie. Mais c'est bien à quelques encablures de Paris, au cœur du parc de Villeneuve-l'Étang, dans la partie du domaine national de Saint-Cloud sur le territoire de Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), que se trouve le Mémorial de l'Escadrille La Fayette.
Un monument historique dédié aux pilotes américains
Érigé entre 1926 et 1928, ce monument rend hommage aux 269 pilotes américains engagés dans l'armée française lors du premier conflit mondial, avant l'entrée en guerre de leur pays en 1917. Soixante-huit d'entre eux y ont laissé la vie. Ce dimanche, leur mémoire sera honorée, comme chaque année, à l'occasion du Memorial Day, journée lors de laquelle les Américains célèbrent le souvenir de leurs militaires tombés lors des conflits auxquels ont pris part les États-Unis à travers le monde.
Une cérémonie ouverte au grand public
À cette occasion, le site sera survolé par des Rafales de l'escadron de chasse 2/4 La Fayette, héritier de l'Escadrille La Fayette, et de plusieurs C130-J Super Hercules de l'US Air Force. Entre 150 et 200 personnes sont attendues à cette cérémonie ouverte au grand public, prévue à 10 heures en présence d'un représentant de l'ambassade américaine et d'élus du secteur.
« Dès le début de la guerre, des Américains s'engagent aux côtés de la France, soit dans la légion étrangère, soit dans les services d'ambulances volontaires. L'idée d'une escadrille composée exclusivement de pilotes américains placés sous commandement français germe en 1914. Elle est créée le 18 avril 1916 et compte au début 38 pilotes », retrace Adélaïde Lasalle, guide interprète de l'American Battle Monuments Commission (ABMC).
Concession à perpétuité au gouvernement américain
Cette agence fédérale, qui gère 26 cimetières, dont celui de Colleville-sur-Mer (Calvados) et 31 mémoriaux et monuments militaires américains à travers le monde, a repris en 2017 la gestion des 5 ha du mémorial de Marnes-la-Coquette. « Nous restons en territoire français, mais le lieu fait l'objet d'une concession à perpétuité au gouvernement américain. Jardiniers, maçons ou agents de sécurité… une quinzaine de personnes travaillent à l'entretien et au bon fonctionnement du site », explique Adélaïde Lassalle.
Elle accueille le public et fait découvrir l'histoire des aviateurs et du monument dans le centre des visiteurs, où trône un exemplaire de Nieuport 17, avion du premier conflit mondial à bord duquel volaient les pilotes de l'Escadrille. « La crypte sous le mémorial abrite les corps de 51 des 68 aviateurs morts. Parmi eux, neuf membres de l'Escadrille La Fayette ainsi que leurs deux commandants français », détaille Adélaïde Lassalle.
Avec l'entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, les pilotes américains de ces escadrons sont transférés vers des unités de l'armée américaine et l'Escadrille La Fayette est dissoute le 20 février 1918.
Visites guidées les week-ends
Cet épisode historique reste méconnu de la plupart des promeneurs. « C'est un monument en hommage à La Fayette ? Je crois que les militaires inhumés sont Américains », hésite David, cet habitant de Saint-Cloud qui vient régulièrement s'y balader avec son chien. « J'habite dans le secteur depuis vingt ans, mais durant des années je ne savais pas que ce lieu existait. »
« C'est un endroit un peu caché derrière l'autoroute A13 entre des lieux visités comme Paris et Versailles », reconnaît le guide Corentin Molusson. Le site attire chaque année 26 000 visiteurs sur les 6,5 millions fréquentant le domaine de Saint-Cloud. « Ces statistiques incluent aussi les promeneurs qui se baladent dans ce lieu gratuit en accès libre. Entre 5 000 et 10 000 personnes fréquentent annuellement le centre des visiteurs. C'est un public varié mêlant habitants du secteur et scolaires. Il y a quelques visiteurs américains, mais environ 75 % sont Français », estime Corentin Molusson.
Si l'objectif affiché est avant tout de faire vivre la mémoire du lieu, l'ABMC entend mieux le faire connaître, notamment par les visites guidées désormais pérennisées les week-ends et réservables via le site Explore Paris. Les deux guides rappellent qu'il est aussi possible de visiter le cimetière militaire de Suresnes, également géré par l'ABMC, et où se dérouleront aussi les commémorations de Memorial Day ce dimanche. Situé au pied du Mont Valérien, ce cimetière compte 1 565 tombes et un carré des inconnus honorant 974 disparus. « C'est le seul site de l'ABMC qui honore des soldats tombés lors des deux guerres mondiales ».



