Trois ans après la tempête Aline, une procession inédite marque le retour de la Vierge dans son sanctuaire alpin à Saint-Martin-Vésubie. Ce week-end, à Saint-Martin-Vésubie, la statue de la Vierge regagne en procession son sanctuaire alpin de Fenestre, une première depuis la tempête Aline en 2023. Exceptionnellement, la piste est ouverte aux piétons.
Un retour attendu depuis trois ans
Elle se languissait des cimes et des siens, foules votives, peuple des montagnes, là-haut, dans son sanctuaire séculaire. Recluse dans la vallée depuis trois ans, la statue de la Vierge Marie, sculptée en bois de cèdre au XIVe siècle, n’a pas espéré en vain. Son hivernage quatre saisons prend fin ce samedi 30 mai 2026. Sur les coups de 7h30, comme le veut la tradition estivale, la procession et ses porteurs viendront la chercher en l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, à Saint-Martin-Vésubie. Direction les alpages par le vallon qui porte son nom. Vallon jusqu’alors interdit d’accès, sauf aux ayants droit, une partie de la route ayant été ravagée par les tempêtes Alex et Aline.
Un accès piétonnier exceptionnel
« Comme l’an dernier, la Métropole a fait un peu d’entretien. Mais cette fois-ci, tout le monde est autorisé à passer... à pied. L’arrêté ne permet toujours pas la circulation à moteur. Je ne sais pas s’il y aura une tolérance », prévient Yvan Toche. Membre fondateur du collectif « Un Futur pour le site de la Madone », il milite pour le rétablissement d’une route pérenne. Doléances entendues par Éric Ciotti qui n’a eu de cesse de vilipender l’inaction de Christian Estrosi, son vieux rival détrôné par les urnes. Mais une fois à la tête de Nice et de la Métropole, le natif de Saint-Martin s’est heurté à la réalité judiciaire. « Je voulais que ça soit ouvert cet été. C’est quand même un peu plus compliqué », avait-il regretté, en avril, avant de préciser que la Métropole avait demandé la reprise des travaux au tribunal judiciaire de Marseille. Une enquête y est ouverte depuis que les aménagements réalisés par des entreprises délégataires ont été balayés par Aline. Seul un lacet est en cours de reconstruction jusqu’en mars 2027 pour 5,5 millions d’euros.
« Le dossier demeure aujourd’hui soumis à une procédure judiciaire qui encadre strictement les possibilités d’intervention. La complexité de la situation et l’expertise judiciaire en cours imposent de prendre en compte des impératifs techniques, sécuritaires et juridiques particulièrement exigeants. Soucieux de faire avancer ce projet, j’ai personnellement saisi la juridiction compétente afin de permettre la reprise des travaux au-delà du premier lacet dans le respect des règles en vigueur, mais cela n’a pas été accepté », ont commenté ce vendredi 29 mai dans la soirée les services de la Métropole. D’ici à ce que la situation se désenkyste, tous ceux qui monteront en voitures le feront sous leur entière responsabilité. Même si Éric Ciotti s’est engagé à ce qu’un laissez-passer soit dévolu aux Saint-Martinois. Contactés, le cabinet du maire et la Métropole n’ont pas donné d’explications sur la mise en place concrète d’une telle mesure. La randonnée reste donc le seul moyen autorisé de rallier le sanctuaire, au détriment des personnes à mobilité réduite. Car la marche est ardue : environ 3h de marche et près de 900 mètres de dénivelé sur 11 km attendent les pèlerins... juste pour l’aller ! « Voilà pourquoi c’est difficile d’imaginer qu’il n’y ait pas de voitures qui fassent la navette. On ne s’en prive pas pour les champignons ou la chasse...», glisse un villageois, pas dupe. Quoi qu’il en soit, pour assister à la messe, il faudra rallier le sanctuaire avant 15h. Et avant midi si l’on souhaite se restaurer au refuge du Club Alpin Français ou à l’hôtel des Pèlerins.
Une répétition pour le bicentenaire du couronnement
La procession aura des allures de répétition générale à l’approche du 15 août, jour de l’Assomption qui, cette année, prendra une tournure toute solennelle. En 1826, la statuette mariale était couronnée en signe de dévotion et d’espérance, mettant fin aux tumultes des ères révolutionnaires et napoléoniennes. « Deux cents ans après, quel message voulons-nous envoyer », interroge le père Frédéric Appiano, curé de la paroisse de la Vésubie. « À Saint-Martin, nous venons de traverser des élections tendues. Ça a été vraiment dur. Mais désormais, Marie nous invite à marcher ensemble, à pardonner à ceux qui nous ont fait du tort et à accepter l’autre comme il est. » Face au « poids de l’histoire » et à la nécessité de raviver « les racines chrétiennes » d’un tel patrimoine, le prêtre prévient qu’« il ne suffit pas d’avoir la Madone à la bouche. C’est bien d’en parler. C’est mieux d’agir. Ce n’est pas une fête folklorique : la procession est un engagement à changer sa vie, à se transformer, à s’améliorer sincèrement. »



