Il y a quarante ans, Jacques Valade devenait académicien bordelais
Fin avril 1984, Jacques Valade, l'éminent homme politique bordelais décédé le 3 octobre 2024, faisait son entrée officielle au sein de la vénérable Académie nationale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux. Cet événement marquait une nouvelle étape dans la carrière déjà riche de cette personnalité incontournable de la vie publique girondine et régionale.
Un parcours politique et académique remarquable
Jacques Valade était bien plus qu'un simple homme politique. Brillant universitaire de formation, il cumula les mandats et fonctions avec une constance impressionnante :
- Député de la Gironde de 1970 à 1973 comme suppléant de Jacques Chaban-Delmas
- Premier adjoint au maire de Bordeaux pendant plus de vingt ans
- Sénateur à deux reprises (1980-1987 et 1989-2008)
- Vice-président du Sénat
- Président du Conseil départemental de la Gironde de 1985 à 1988
- Président de la région Aquitaine de 1992 à 1998
- Ministre de l'Enseignement supérieur dans le gouvernement de Jacques Chirac en 1987
- Ambassadeur pour la coopération décentralisée en Asie
L'Académie de Bordeaux : une institution séculaire
L'Académie nationale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux où Jacques Valade fut reçu le 27 avril 1984 est une institution prestigieuse fondée le 5 septembre 1712 par lettres patentes de Louis XIV. Sa mission historique consiste à mettre en lumière les idées, travaux et recherches de ses membres académiciens, perpétuant ainsi une tradition intellectuelle vieille de plusieurs siècles.
Une cérémonie d'intronisation sobre mais significative
Contrairement aux fastes parfois associés à ce type d'événements, la réception de Jacques Valade se déroula avec une simplicité caractéristique de l'institution bordelaise. Le 27 avril 1984 à 16h04 précisément, le « postulant académicien » fit son entrée dans les salons de l'Académie où siégeaient les membres autour de tables Louis-Philippe disposées en fer à cheval.
Le président Lajugie l'autorisa à prononcer quelques mots avant que le professeur Georges David ne fasse l'éloge du nouveau membre. Jacques Valade exprima alors sa joie et sa reconnaissance, remerciant particulièrement ses parrains, les professeurs Dutnoron et Portmann, ainsi que plusieurs figures académiques qui l'avaient marqué : Gabriel Delaunay, Roger Servan, Ribeyreau-Gayon, et le secrétaire perpétuel Robert Dufourg.
Hommage à ses prédécesseurs et à sa double vocation
Le nouvel académicien rendit également hommage à la mémoire de Georges Dubourg, le chirurgien pionnier de la cardiologie moderne dont il occupait désormais le fauteuil. Dans son discours, Jacques Valade n'éluda pas ses engagements politiques, affirmant avec conviction : « La part que peut prendre l'universitaire dans la vie de la cité est souhaitable, tant pour l'université que pour la cité ».
L'éloge prononcé par le professeur Georges David, ancien directeur de l'Institut du Pin, rappela les compétences scientifiques exceptionnelles du doyen Valade, particulièrement en chimie organique où il s'était illustré par ses travaux sur le silicium, le germanium et l'étain. Nommé doyen à seulement 40 ans, cette promotion marqua paradoxalement la fin de sa carrière scientifique pure au profit de son engagement dans la vie publique.
Le paradoxe d'une institution ancienne qui se renouvelle
L'entrée de Jacques Valade à l'Académie illustrait le paradoxe d'une institution séculaire capable de se renouveler en accueillant des personnalités modernes. Comme le soulignait l'article original paru dans Sud Ouest, cette académie bordelaise avait réussi à « prendre un méchant coup de jeune » en recrutant un doyen, démontrant que l'habit ne faisait pas nécessairement l'académicien.
Cette cérémonie d'avril 1984 s'inscrit désormais dans la mémoire collective régionale, témoignant du parcours exceptionnel d'un homme qui sut concilier avec talent excellence académique et engagement politique au plus haut niveau.



