Jean-Marc Caron rend hommage au patrimoine en pierre sèche du Périgord noir
Hommage au patrimoine en pierre sèche du Périgord noir

Un roman historique au cœur du patrimoine rural du Périgord noir

Sur fond de révolte paysanne, le spécialiste du patrimoine de pierre sèche, Jean-Marc Caron, raconte la vie du petit peuple sur les coteaux de la vallée du Céou. Il dresse en creux un portrait poignant de la France rurale des années 1830, offrant un hommage vibrant au patrimoine vernaculaire et à ces constructions en pierres sèches qui parsèment les plateaux calcaires, où les roches affleurent jusqu'à se déliter.

Le causse de Daglan, un témoin exceptionnel

Le causse de Daglan, en Périgord noir, constitue un bel exemple avec ses cabanes, ultimes témoins d'une activité viticole intense qui marqua la vie des hommes et le paysage jusqu'à la crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle. La collection « Littérature et régions » des Éditions L’Harmattan publie « La Guerre des bancs » (22,50 €), un roman signé Jean-Marc Caron, dont l'action se situe dans l'un de ces hameaux entre Saint-Cybranet et Daglan.

Un expert du petit patrimoine

L'auteur n'en est pas à son coup d'essai. Féru de petit patrimoine, il a consacré des recherches depuis 1990 pour le compte du Centre d'études et de recherches sur l'architecture vernaculaire (Cerav). Créée en 1978 à l'initiative d'ethnologues et d'archéologues, cette association a pour objectifs d'étudier, de faire connaître et de sauvegarder les témoins d'architecture vernaculaire légués par les siècles passés, en particulier les constructions en pierres sèches.

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Lui-même fondateur de la maison de la pierre sèche à Daglan en 1993, Jean-Marc Caron avait alors recensé les cabanes sur le canton de Domme, en en dénombrant environ 400 dont 171 rien qu'à Daglan. Avant de livrer en 2022 un ouvrage de référence « Les Cabanes paysannes en Périgord » aux Éditions La Geste. Ces abris temporaires étaient la solution la plus simple pour se protéger des intempéries.

Racines profondes et apogée des cabanes

Il a également rédigé des monographies sur « le hameau abandonné de la Garrigue à Florimont-Gaumier » ou encore sur « les cabanes de Valojoulx ». Fruit de l'épierrement pour favoriser la culture des vignes et former des murs de parcellaires, ces cabanes ont connu leur apogée entre les années 1830 et 1880. Jean-Marc Caron se souvient que sa grand-mère paysanne « sarclait les cailloux » à Saint-Cybranet.

L'écrivain a choisi la période de la monarchie de Juillet, qui précède la IIe République, pour ancrer son roman et « raconter la vie de gens enracinés dans leur terroir ». Il souhaitait « donner un sens à ce que l'on voit aujourd'hui à l'état de vestige » et le relier à « la vie économique et sociale d'une époque ».

La révolte paysanne de 1838

Il s'est inspiré d'une authentique révolte paysanne, « la guerre des bancs », qui a eu pour cadre Hautefort et ses environs entre le 3 juin et le 23 juin 1838. Une émeute du monde paysan, majoritaire mais marginalisé, contre les notables qui s'est traduite par l'éviction des bancs des églises : « Au nom de l'égalité, ils ont été jetés sur la voie publique », explique Jean-Marc Caron qui redonne vie à ces oubliés de l'Histoire, ces cultivateurs, artisans, ouvriers de ferme.

Ces personnages aux noms de famille bien locaux comme Maury, Valade, Lavergne, Mercier sont ici viticulteurs, petits propriétaires, châtelains. « Des voix du peuple qui s'élèvent » dans le contexte où les routes se dessinent, « où le cadastre est imposé jusque dans les tas de pierre », écrit l'auteur alors que, dans le même temps, l'instruction publique se répand lentement.

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