80 ans de la grotte de Clamouse : des sœurs reprennent le site
Grotte de Clamouse : 80 ans d'histoire et nouvelle gestion

Il y a 80 ans, en cet été 1945, la sécheresse a fait baisser le niveau de l'eau et a permis à sept membres du spéléo-club de Montpellier d'effectuer une première descente dans le labyrinthe de Clamouse. Aujourd'hui, Alexandra Hermet et sa sœur Esther Léal, descendantes du premier propriétaire Gaston Brès, ont repris la gestion du site touristique depuis fin 2024.

Une première descente historique

André Landier, 86 ans, ancien vigneron et habitant de Saint-Jean-de-Fos, se souvient : "Les gens se doutaient bien qu'il y avait quelque chose en dessous, mais c'était inaccessible. Sauf que durant cet été 1945, la sécheresse avait fait baisser le niveau d'eau. Mon père allait vérifier régulièrement ce siphon et cet été-là, il a prévenu les gens du spéléo club de Montpellier qu'ils pourraient passer."

Les spéléologues sont venus à vélo de Montpellier. Arrivés sur le site, ils se faufilent une première fois le 4 août. Ils ont de l'eau jusqu'à la poitrine et pénètrent dans le labyrinthe qui s'étire sur une centaine de mètres. Les roches y sont saillantes, coupantes, et des diverticules sur les parois, autant qu'au sol et au plafond, compliquent le passage. Ils sont sept : Maurice Laurès mène l'équipe constituée de Maurice Durand de Girard, Bernard Félix, Gabriel Vila, Gérard Froment, Henri Bellot et Henri Guédot. Pour éviter de se perdre, ils utilisent des feuillets d'éphéméride qu'ils collent aux parois. Ils retentent l'aventure le 5 août, mais repartent un brin déçus.

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La découverte des merveilles souterraines

L'équipe de Maurice Laurès revient en septembre. C'est lors de cette troisième tentative que les Montpelliérains découvrent l'ampleur des salles, les concrétions uniques, les cristaux et tout ce qui, aujourd'hui, attire 100 000 visiteurs par an dans la grotte de Clamouse. Maurice Laurès témoignera plus tard : "Je me suis avancé seul sur une centaine de mètres pour voir et j'étais comme dans un rêve éveillé. C'était beau, je marchais comme un somnambule, quand je suis revenu vers les copains qui m'ont dit 'alors ?' j'avais l'esprit tétanisé, dans un état second."

Lucien Pioch, un jeune du village, est incorporé au groupe en septembre. Sa silhouette fluette est un atout pour se faufiler. À la demande de ses enfants, en 2005, Lucien (mort en 2015) met par écrit ses souvenirs : "C'est en septembre qu'incorporé au groupe je fis ma première incursion dans la nuit souterraine. Mes nouveaux camarades qui avaient trouvé chez moi un gîte, m'avaient équipé d'un casque et d'une lampe à carbure. L'entrée dans la grotte n'est pas facile. Il faut s'élever de 4 à 5 mètres le long d'une roche lisse en haut de laquelle on arrive dans une cuvette souvent pleine d'eau. 300 mètres plus loin une autre nappe d'eau qu'il faut franchir à la nage, en poussant doucement devant nous des chambres à air sur lesquelles est installé tout le matériel, on se rhabille vite car l'eau est fraîche."

Lucien décrit la première fois où Maurice Laurès lui demande de se faufiler dans un trou presque sous le plafond : "Et là, à 20 mètres, je reste plaqué contre la roche immobile, sans voix, les yeux écarquillés. Là, dans une cavité sans issue, de fines fleurs de pierre fleurissaient, c'est bien le mot, toutes les parois. Des concrétions d'une telle blancheur, d'une telle pureté que je n'en ai plus vue ailleurs. Même 60 ans après, cet instant de pure émotion ne s'est pas effacé de ma mémoire."

De l'exploration à l'exploitation touristique

Avant le premier aménagement, il faudra vingt ans de plus. La grotte voisine des Demoiselles est déjà un site touristique d'importance (aménagée depuis 1931), le Gard, la Lozère ont leurs joyaux souterrains. Les premiers touristes pénètrent dans la grotte de Clamouse en 1964. Un bail d'exploitation est signé entre Gaston Brès, propriétaire de la montagne qui surplombe la cavité, et les inventeurs. Sa durée est incroyablement longue puisqu'il court pendant 60 ans, jusqu'à 2024. Nicole Dubois, décédée en juin dernier, aura marqué son temps avec une orientation de vulgarisation franchement assumée.

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Deux sœurs aux commandes

Depuis décembre dernier, clin d'œil à l'histoire, les deux arrière-petites-filles de Gaston Brès, le propriétaire de 1945, ont repris les rênes. Alexandra Hermet et Esther Léal, deux sœurs, expliquent leur démarche.

Esther Léal : "Des descendants de Gaston Brès, il ne reste qu'André Landier, dont notre papa, aujourd'hui décédé, était le cousin germain et nous deux. Et bien sûr nos propres enfants et petits-enfants. Nous nous sommes dit que ce patrimoine, dans notre famille depuis si longtemps, devait y rester et que nous étions à même de le prendre en charge. Cette première année est une année d'observation."

Alexandra Hermet : "Pour ma part, gérant un domaine viticole avec mon mari, j'ai déjà une expérience dans le tourisme, ou plus exactement dans l'œnotourisme puisque nous accueillons des visiteurs avec notre 'petit train des vignes', qui désormais va de Saint-Jean-de-Fos jusqu'à la grotte."

Leurs projets : toucher une clientèle locale, des nouveaux arrivants de l'Hérault, des entreprises, pour lisser l'affluence sur l'arrière-saison. Les réservations en ligne, environ la moitié des visites, permettent déjà d'éviter l'effet de saturation. Elles ont également obtenu récemment du ministère du tourisme le niveau excellence de leur label RSE, une récompense pour leur équipe de vingt-six personnes dont cinq permanents.