Montpellier : des graffitis de la Résistance de 1942 authentifiés sur l'aqueduc des Arceaux
Graffitis de la Résistance de 1942 découverts à Montpellier

Une découverte historique sur les pierres de Montpellier

Longtemps passés inaperçus, des graffitis datant de 1942 viennent d'être authentifiés sur l'aqueduc des Arceaux de Montpellier. Ces inscriptions, presque invisibles à l'œil nu, constituent un témoignage inédit du réseau de résistance Combat pendant la Seconde Guerre mondiale. Un appel à leur préservation et à leur valorisation mémorielle est désormais lancé.

Des lettres qui racontent l'Histoire

Elles sont là depuis plus de huit décennies, inscrites à la vue de tous entre les arches du monument. Pourtant, personne – ou presque – ne semblait les avoir remarquées. Quelques lettres, ressemblant à de simples tags, trônent ainsi sur la pierre ancienne. En levant les yeux, on distingue difficilement le mot "Combat" sans prendre immédiatement la mesure historique de ce graffiti.

Car c'est bien un pan entier de l'histoire de Montpellier qui s'étale sur les pierres de l'aqueduc. Le slogan complet, "Combat châtie les traîtres", correspond exactement à la devise utilisée par le groupe de résistance pendant l'Occupation. L'oxydation et le temps ayant transformé la couleur noire d'origine en rouge, ces inscriptions sont devenues presque imperceptibles.

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L'enquête minutieuse de deux passionnés

Cette découverte exceptionnelle est le fruit de la pugnacité de deux avocats montpelliérains. Isabelle Durand et Cédric Amourette, membres de la commission Histoire et patrimoine du Barreau de Montpellier, ont mené une véritable enquête historique après qu'un confrère leur ait montré l'un des graffitis.

"C'est sa grand-mère qui lui avait raconté l'histoire du réseau de résistance Combat et de l'inscription lorsqu'il était petit", expliquent-ils. Immédiatement convaincus de l'importance potentielle de cette découverte, ils se sont rapprochés du Musée de la Résistance et de la Déportation de Castelnau ainsi que de la Délégation militaire départementale de l'Hérault.

Après des analyses photographiques approfondies avec un informaticien, il a été établi que les mots "Combat châtie les traîtres" étaient bien apposés tout en haut d'un pilier entre deux arcs de l'aqueduc.

La preuve ultime dans les archives

Une fois le slogan identifié, restait à prouver son authenticité historique. Guidés par Julien Duvaux, chef du service des archives anciennes à Pierresvives, les deux avocats ont découvert des preuves irréfutables.

Ils ont d'abord trouvé des petits tracts d'époque laissés sur les vitrines des magasins par le groupe Combat-Liberté, portant exactement le même slogan. Puis est venue la découverte déterminante : dans l'ouvrage d'Henri Frenay, fondateur du mouvement Combat, une mention explicite décrivait comment Montpellier "se surpassa en écrivant en immenses lettres noires sur un aqueduc de la ville, à sept ou huit mètres au-dessus du sol, cette inscription : 'Combat châtie les traîtres'".

Quant à la raison pour laquelle ces graffitis n'ont jamais été effacés, Robert Roustan en donne l'explication dans un livre : "Les pompiers n'avaient pas d'échelle assez haute pour effacer."

Deux autres inscriptions découvertes

Cerise sur le gâteau, les chercheurs ont fait par hasard une découverte supplémentaire. "En sortant de la pharmacie, je m'aperçois qu'il y a deux autres inscriptions", raconte Cédric Amourette, encore surpris par cette trouvaille.

L'une est très claire, on lit aisément le mot "Combat", tandis que l'autre reste à ce jour encore illisible, seules des traces de couleur rouge étant perceptibles. Ces découvertes multiples renforcent l'importance historique du site.

Vers une valorisation mémorielle

Maintenant que l'authenticité des graffitis est établie, le duo souhaite que les autorités compétentes s'emparent de cette trouvaille pour assurer sa conservation et sa mise en valeur. Le travail d'enquête a été compilé dans un dossier par Manaïg, la fille de 15 ans de Cédric Amourette.

Plusieurs propositions concrètes ont été formulées :

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  • Intégration de ces graffitis au circuit mémoriel des Arceaux sur la promenade Laure Moulin
  • Association avec le portrait de Jean Moulin, la croix de Lorraine et la villa Argentine voisine
  • Création d'une signalétique explicative pour les visiteurs

Ce dossier a également été déposé pour concourir au prix mémoriel de l'Ordre national du Mérite, soulignant l'importance nationale de cette découverte patrimoniale.

Ces graffitis, témoins silencieux de la Résistance montpelliéraine, attendent désormais que leur histoire soit racontée aux générations futures, préservant ainsi la mémoire de ceux qui ont combattu pour la liberté.