À Fréjus, une stèle discrète rend hommage au sacrifice de deux aviateurs. En 1965, Henri Leflaive et Philippe Menu ont préféré écraser leur avion plutôt que de percuter des habitations. Ce geste héroïque est commémoré chaque lundi de Pentecôte.
Un mémorial discret mais chargé d'histoire
Située au pied de l'immeuble Le Thoron, entre l'avenue de Lattre-de-Tassigny et la rue du docteur Clovis-Augier, cette stèle est aujourd'hui coiffée d'une plaque dont les inscriptions deviennent presque illisibles. Pourtant, le drame reste vivant dans les mémoires.
Le 15 février 1965 : un acte de bravoure
Ce jour-là, en début d'après-midi, le Breguet BR 1050 Alizé n°54 de l'escadrille 10S subit une avarie alors qu'il s'apprête à atterrir. L'appareil devient incontrôlable au-dessus du quartier de la Madeleine. Les deux pilotes, conscients du danger pour les civils, choisissent de s'écraser dans la cour du Thoron. Ils meurent sur le coup, mais aucun habitant n'est blessé.
Henri Leflaive, 35 ans, commandant de l'escadrille, était un officier d'élite, décoré de la Légion d'honneur et vétéran d'Indochine, avec 2 600 heures de vol. Philippe Menu, 27 ans, jeune pilote passionné, comptait déjà 860 heures de vol. La Marine salua leur sang-froid et leur abnégation.
Des cérémonies du souvenir
Depuis 2001, l'Association des anciens de l'aéronautique navale Est-Provence organise une cérémonie chaque lundi de Pentecôte. Après un rassemblement devant la stèle, les participants se rendent au mémorial d'Indochine. Une tradition simple mais essentielle pour perpétuer le souvenir.
Un lourd tribut pour l'aéronautique navale
Entre 1916 et 1986, 110 personnes affectées à la base de Fréjus-Saint-Raphaël sont mortes en service aérien commandé. Parmi elles, des pilotes, mécaniciens, opérateurs radio, observateurs et navigateurs. La majorité (78) est décédée durant les vingt premières années, à une époque où voler était un risque permanent.
Le premier, le lieutenant de vaisseau Émile Janvier, est mort le 28 janvier 1916 lors d'un vol de nuit. D'autres disparitions restent mystérieuses, comme celle de l'enseigne de vaisseau Prieur et du maître pilote Jullien en 1917, dont les corps ne furent jamais retrouvés.
Des figures célèbres comme Paul Teste, pionnier de l'aviation embarquée, périrent également dans des accidents. En 1929, le lieutenant de vaisseau Roger Campardon et son équipage disparurent lors d'un vol d'essai. Plus tard, des catastrophes comme le crash d'un Dassault MD 312 en 1954 (six morts) ou d'un Super-Frelon en 1966 (huit morts) endeuillèrent l'unité.
Le dernier nom inscrit est celui du lieutenant de vaisseau Michel Treillet, mort en 1986. La stèle du Thoron honore deux hommes mais rappelle aussi un siècle de sacrifices.



