Une découverte fortuite aux allures de roman historique
C'est une énigme qui exhale un parfum de romanesque et d'histoire. En 2020, dans la salle du trône du palais princier de Monaco, dix-sept fresques datant du XVIe siècle ont été découvertes presque par hasard. Cette révélation s'est produite au cours d'une simple opération de restauration, lorsque les repeints ont été retirés, dévoilant ces œuvres cachées depuis des siècles.
Les scènes majeures de l'Odyssée ressuscitées
Que représentent ces fresques mystérieuses ? Elles illustrent les épisodes clés de l'Odyssée, au nombre de dix-sept. Parmi elles, on retrouve Ulysse chez les Cyclopes, Ulysse chez Calypso, et Ulysse arrivant chez le roi des Phéaciens Alcinoos. Dans cette dernière scène, le palais du roi mythologique a été « actualisé » selon le goût de l'époque et la situation géographique. L'architecture présente des influences de la Renaissance génoise, et il est probable qu'un atelier de peintres de la cité ligure ait réalisé ces fresques vers 1547.
Le plafond de la salle du trône : une révélation encore plus surprenante
Le plafond de cette salle du trône réserve une découverte encore plus fascinante. Initialement identifiée comme liée à l'histoire d'Alexandre le Grand, la grande fresque représente en réalité la « Nekuia », ou « invocation des morts ». Cet épisode constitue l'une des scènes les plus fondamentales et ébouriffantes de l'Odyssée. Elle raconte, au chant XI du poème d'Homère, comment Ulysse se rend aux limites du monde connu, de l'autre côté de l'océan, pour consulter, au pays des morts, le devin Tirésias.
Ce dernier lui révèle non seulement le chemin du retour, mais aussi la manière dont il mourra. C'est dans ce passage poignant qu'Ulysse rencontre sa mère défunte et apprend qu'elle est morte de chagrin en son absence. Il discute également avec les grands héros trépassés de la guerre de Troie, dont Achille, qui lui confie une réflexion profonde : il préférerait « vivre et servir un pauvre paysan pouvant à peine se nourrir que régner sur tous les morts ».
Un message surprenant dans une salle du trône
Cet aveu de la vanité du pouvoir est déjà étonnant dans le contexte de l'Odyssée, mais il l'est encore davantage lorsqu'il orne une salle du trône, symbole même de l'autorité et du pouvoir princier. Les fresques viennent d'être restaurées avec soin, révélant leur nouvel état lors des XIIIes Rencontres internationales Monaco et la Méditerranée. Cet événement, dont le thème cette année était « Avec Ulysse par tous les temps », a réuni d'éminents spécialistes, notamment Michel Zink et Barbara Cassin.
Ces œuvres continuent de susciter des interrogations profondes. Pourquoi le jeune souverain Honoré Ier (1522-1581) et son mentor Étienne le Gubernant, à qui l'enfant avait été confié à l'âge de dix ans et qu'il dut reconnaître comme « père adoptif », ont-ils commandé ces fresques ? Pourquoi avoir choisi, pour une pièce symbolisant l'ordre aristocratique, une scène qui consacre l'égalité de tous devant la mort ? Et surtout, pourquoi avoir opté pour l'épisode le plus effrayant de l'Odyssée ?
Un colloque pour tenter de percer le mystère
Une réponse possible pourrait émerger le 19 mars, lors d'un nouveau colloque entièrement consacré à cette iconographie énigmatique. Cette découverte exceptionnelle n'a pas fini de faire parler les historiens, les archéologues et les amateurs d'art, ouvrant de nouvelles perspectives sur l'histoire culturelle de la principauté et les motivations de ses souverains.



