Pense-t-on assez à la guerre de Sept Ans ? Quand elle s'achève, en 1763, la France vacille. Son expansion coloniale est stoppée net. Plus de Canada ni de Louisiane (certains territoires, bientôt reconquis, seront ensuite vendus par Napoléon Ier)… Ne reste qu'une poignée de comptoirs aux Indes. Loin de sombrer dans l'autodénigrement, Louis XV lance alors une salve d'expéditions.
Une exposition qui met en lumière la superbe française
Une somptueuse maquette de l'Astrolabe – le navire de La Pérouse – accueille le visiteur de l'exposition « Explorations : une affaire d'État ? », au musée de l'Armée… auprès de la maquette d'un autre Astrolabe, moderne celui-là, un navire brise-glace qui opère dans les terres australes et antarctiques françaises. Façon de signaler que, d'exploration en exploration et de siècle en siècle, la France a regagné de sa superbe aux yeux du monde. Une fierté que l'exposition du musée de l'Armée s'emploie à mettre en lumière.
Dans une époque où tout est cartographié et connu au millimètre près (à l'exception des abysses, qui, plus encore que l'espace, gardent leur mystère), on a plaisir à replonger dans ces aventures humaines qui déploient un courage insensé.
Un véritable engagement politique
Ministères de la Guerre, de la Marine, des Colonies ou même de l'Instruction publique… Au fil des siècles, ce sont toutes sortes d'instances étatiques qui ont financé les expéditions françaises et envoyé des militaires, des ingénieurs et des scientifiques en mission de par le monde. Un véritable engagement politique mène à la découverte de territoires inconnus des Occidentaux au temps de Bougainville ou La Pérouse.
Une attention particulière est ici accordée à Nicolas Baudin, dont le voyage d'exploration du Pacifique, mené entre 1800 et 1804, enrichit grandement la connaissance scientifique de l'époque, notamment grâce à la présence de naturalistes à bord. Plus tard, la curiosité se porte sur les fonds sous-marins, sondés au moyen de bathyscaphes, ainsi que vers l'espace : la mission de l'astronaute Sophie Adenot à bord de l'ISS est mise à l'honneur.
Instruments de mesure ultraprécis, rapports administratifs et cartes détaillées rendent compte de ces projets ambitieux, tandis que des spécimens plus insolites arrêtent le regard, comme ce cygne noir empaillé ou ce croquis d'un étrange animal, entre la loutre et le fourmilier… l'échidné de Tasmanie.
L'enjeu délicat de la rencontre d'autrui
Quant à la véritable star de l'exposition, ne pouvant être montée dans les étages, elle accueille le visiteur dès son arrivée au pied des escaliers : c'est l'impressionnante autochenille Citroën B2 – dite « Scarabée d'or » –, l'un des cinq véhicules à avoir assuré la première liaison automobile transsaharienne en 1922, sous la double direction de l'ingénieur Georges-Marie Haardt et de l'officier Louis Audouin-Dubreuil. Moment de fierté nationale, qu'on retrouve dans la célébration des Mousquemers, emmenés par Jacques-Yves Cousteau, ou du pionnier Théodore Monod, à la fois scientifique, naturaliste et grand mystique.
La violence qui accompagne certaines missions, notamment dans le cadre de la colonisation, entre 1870 et 1930, n'est cependant pas occultée – une place particulière est accordée à la mission Voulet-Chanoine (1899), de sinistre mémoire en raison des massacres commis au Tchad par deux officiers au nom de l'État français. On découvre comment la presse de l'époque en rendit compte, entre accablantes caricatures racistes et prise de conscience des horreurs commises. Si c'est toujours l'inconnu qui attend les explorateurs d'hier comme d'aujourd'hui, c'est la rencontre avec autrui qui en reste sans doute l'enjeu le plus délicat.
« Explorations : une affaire d'État ? », au musée de l'Armée (Paris 7e), jusqu'au 16 août.



