Deux joyaux architecturaux surgis des collines charentaises
Dans le sud du département de la Charente, à seulement cinq kilomètres de distance, les châteaux de la Mercerie et de Villebois-Lavalette apparaissent comme des mirages surgis d'un songe. Leur architecture spectaculaire et leurs histoires extraordinaires défient l'imagination, offrant aux visiteurs une expérience unique au cœur de la campagne française.
La Mercerie : le petit Versailles charentais
Le château de la Mercerie surprend irrésistiblement tous ceux qui arrivent de l'ouest. Cette majestueuse bâtisse de 220 mètres de façade, surnommée le "petit Versailles charentais", se déploie au pied d'une colline boisée à Magnac-lès-Gardes, à vingt kilomètres d'Angoulême. L'effet de surprise perdure tout au long de la visite, tant le monument semble irréel dans ce paysage rural.
L'histoire folle des frères Réthoré
Tout commence véritablement en 1924 lorsque deux frères, Raymond et Alphonse Réthoré, originaires de l'Anjou, acquièrent ce qui n'était alors qu'un petit château néogothique sur une propriété de 600 hectares. Raymond, orateur talentueux et belle plume, cherche une terre d'élection pour se lancer en politique. La greffe prend : il devient maire de Magnac-lès-Gardes en 1932 puis député de la Charente en 1936.
À partir de 1939, les frères entreprennent d'immenses travaux d'extension financés par leur entreprise de machines de nettoyage à sec. Sous l'impulsion d'Alphonse, architecte autodidacte, et avec l'aide d'artisans locaux formés à la taille de pierre, le château s'agrandit considérablement. On y ajoute d'immenses salles de réception plaquées d'acajou ou d'azulejos, des chambres, des vestibules, une orangerie, le tout abrité derrière une très longue façade de style Renaissance.
Du faste à l'abandon
La visite de la Mercerie constitue un véritable tourbillon de styles et d'époques, reflet des pulsions créatrices de ces deux frères châtelains, mécènes, amoureux fous des arts et célibataires endurcis. Malheureusement, le nettoyage à sec finit par ne plus rapporter et un investissement désastreux vide leurs poches. Plus question d'agrandir ni même d'entretenir le domaine. Le faste se transforme en misère.
À la mort des deux frères, personne ne veut du château : ni l'Assemblée nationale ni le Conseil départemental. L'antiquaire qui l'acquiert s'en mord les doigts. La Mercerie finit par intégrer le patrimoine d'une foncière parisienne en 2008. Trois ans plus tard, les propriétaires et la commune signent un bail emphytéotique de soixante-quinze ans, marquant le début d'une renaissance.
La renaissance par les bénévoles
Des bénévoles, par dizaines puis par centaines, se mobilisent pour colmater, poncer, tapisser, décorer, nettoyer et choyer le château. Visiter la Mercerie, c'est d'abord partager avec eux leur amour du lieu et rendre hommage à leur investissement remarquable. Les kilomètres de haies de buis et la roseraie de 700 pieds méritent tout autant le détour que l'intérieur du château.
Pierrette Barraud, qui connaît les lieux depuis son enfance, se souvient : "Du temps des Réthoré, le château et ses jardins étaient une promenade dominicale très courue." La visite guidée avec elle ou un autre bénévole enrichit considérablement l'expérience, permettant de saisir toute la profondeur historique et émotionnelle des lieux.
Villebois-Lavalette : la citadelle millénaire
À cinq kilomètres de la Mercerie, un autre mirage architectural surprend le promeneur. Majestueusement posé sur une colline, le château de Villebois toise depuis près d'un millénaire le village de Villebois-Lavalette et la campagne environnante, à la frontière entre l'Angoumois et le Périgord.
Une histoire de France concentrée
D'abord construit en bois, le château a commencé à déployer ses murailles hérissées de tours à partir du XIIe siècle. Comme pour la Mercerie, le site mérite la voix d'un guide pour ne rien perdre d'une histoire multiséculaire gorgée de rebondissements. Ici, ce n'est pas tant le tourbillon de styles qui donne le vertige mais les changements incessants de propriétaires, de configurations et d'affectations.
Chevaliers, comtes, marquis et ducs. Angoumois et Périgourdins. Rois de France et d'Angleterre. Catholiques et protestants. Le château de Villebois a tout vu, tout connu, comme si toute l'histoire de France s'était concentrée à l'intérieur de ses murs imposants.
Les secrets d'une citadelle
Se glisser dans le sillage d'un guide permet de percer les mystères de la citadelle. À quoi servaient les trous retrouvés dans la chapelle ? Qui sont les vingt-neuf personnes qui y ont été enterrées entre le XIe et le XVe siècle ? Pourquoi - et surtout comment - la cour de presque un hectare a-t-elle été rehaussée de plus de 3,5 mètres ? Comment une salle immense a-t-elle pu rester inconnue jusqu'en 2006 ? Toutes ces questions trouvent leurs réponses lors des visites guidées passionnantes.
Épopées collectives et passionnées
Comme pour la Mercerie, le château de Villebois représente avant tout une affaire de passionnés, une véritable épopée collective. Mécènes, bénévoles, historiens de l'art, architectes, professionnels de la restauration... Tous donnent de leur argent, de leur temps, de leur savoir-faire pour écrire, à la sueur de leur front, une nouvelle page de l'histoire de la citadelle.
Norbert Fradin, promoteur bordelais amoureux du patrimoine, est resté "sans voix" devant le château qu'il a racheté en 2000. Mais ce sont surtout les bénévoles de l'association des Amis du château et du patrimoine de Villebois-Lavalette qui font vivre les lieux au travers de visites, de manifestations, d'"escape games" et autres "murder parties". Visiter le château, c'est avant tout leur rendre hommage.
Informations pratiques
Château de la Mercerie
- Ouverture : mardis, jeudis, dimanches et jours fériés de 14h30 à 18h (fermeture billetterie à 17h) jusqu'au 30 juin et de septembre à novembre
- Juillet et août : tous les jours sauf samedi à partir de 14h30
- Tarifs : 12€, gratuit pour les moins de 12 ans
- Visites guidées sur réservation via châteaudelamercerie.fr
Château de Villebois-Lavalette
- Mars, avril, mai et juin : mercredi au samedi de 11h à 13h et de 14h30 à 17h30 ; mardi et dimanche de 14h30 à 17h30
- Juillet et août : mardi au samedi de 10h30 à 13h et de 14h30 à 18h ; dimanche et lundi de 14h30 à 18h30
- Tarifs : visite guidée 5-6,50€ ; visite libre 2,50-4€ ; gratuit pour les moins de 12 ans
- Informations : châteaudevilleboislavalette.com ou par téléphone
À découvrir autour des châteaux
Le village de Villebois-Lavalette, classé Petite Cité de caractère, mérite à lui seul une visite approfondie. En déambulant dans ses rues et venelles, on découvre l'ancien couvent des Ursulines, celui des Augustins, la maison du Sénéchal, la maison Corlieu et l'église Saint-Romain qui domine le bourg. Les vastes halles datant du XVIIIe siècle, avec leur toit à plusieurs pans et leurs piliers de bois et de pierre, occupent le centre du village et attirent particulièrement l'attention.
Place des Halles, la boutique Savon Lavalette propose des savons saponifiés à froid avec des matières premières locales, respectueux de l'environnement et fabriqués dans un atelier du château de la Mercerie par des bénévoles. Les bénéfices permettent de financer des projets associatifs sur le thème de l'hygiène, de l'histoire de l'eau et des lavoirs.
Pour se reposer, le Vintage Jazz Café offre un cocon chaleureux décoré avec goût dans un esprit brocante, tandis que l'Auberge du Boisné propose une cuisine de terroir inventive sous la direction de la cheffe Margaux Élie. Les alentours regorgent également de gîtes de charme pour prolonger le séjour dans cette région au patrimoine exceptionnel.



