Elle naquit à Grenade en Espagne le 5 mai 1826. Il y a 200 ans. Qui, à cette époque, au milieu des orangers et des murs blanchis de soleil de cette région méditerranéenne, aurait deviné qu'Eugénie, fille du comte de Montijo, porterait un jour la couronne de France ? Qui aurait pressenti la gloire qui l'attendait, puis la déchéance qui serait la sienne ? À l'occasion du bicentenaire de sa naissance, rendons-lui hommage. Elle est venue à plusieurs reprises dans notre région.
Toulon, septembre 1860
Ce jour-là, 10 septembre 1860, Eugénie accompagne son époux, Napoléon III, venu célébrer dans notre région le rattachement du comté de Nice à la France. Avant de se rendre à Nice, le navire impérial, L'Aigle, fait escale à Toulon. Il glisse dans la rade, escorté d'une flotte aux noms prestigieux – L'Eylau, La Gloire, Le Vauban, La Reine Hortense. Les cérémonies s'enchaînent : religieuses en la cathédrale, protocolaires en la Préfecture maritime puis à l'Arsenal. Une immense tente a été dressée pour le bal du soir. Mais un coup de Mistral l'a balayée quelques jours plus tôt, entraînant la mort de trois ouvriers… Elle a été remontée à la hâte. La fête se déploie. On danse. Les étoffes bruissent. La musique s'élève, et Eugénie resplendit au milieu des flonflons.
Nice, septembre 1860
Le lendemain, on reprend la mer. Cette fois-ci, c'est le port de Villefranche-sur-Mer qui reçoit le navire impérial. À Nice, l'accueil est triomphal. Tout au long de la journée, des petites Niçoises offrent des fleurs à l'impératrice. Le soir, à l'opéra, Eugénie ouvre le bal au bras du maire Malausséna. Les journalistes commentent : « Sa majesté l'impératrice portait une tunique brochée d'argent de la plus vaporeuse légèreté, garnie de volants, relevée par la présence de roses. La coiffure de Sa Majesté était un diadème en poire à la Charles Quint surmonté de brillants. L'Impératrice portait le bouquet que lui avait offert à son arrivée Mademoiselle Malausséna, fille du maire. »
Toulon 1863
Eugénie revient encore à Toulon, le 29 octobre 1863 pour le lancement de La Provence. Ce navire appartient à la seconde génération des cuirassés en fer construits à Toulon sur des plans de l'architecte naval Henri Dupuy de Lôme. Les canons tonnent à l'arrivée de l'impératrice, leur bruit roule jusque sur les pentes du Faron. Eugénie est toujours belle, toujours imposante, toujours fêtée.
Toulon 1869
Le 26 août 1869, l'impératrice revient encore à Toulon, sans son époux dont la santé décline. À ses côtés son enfant, l'héritier du trône : Louis Napoléon Bonaparte, 13 ans. Devant la mairie a été dressé un dais abondamment décoré autour duquel les troupes à cheval rendent les honneurs. Les autorités municipales et départementales accueillent l'impératrice et son fils. Une cérémonie est ensuite prévue à la cathédrale. Les rues sont noires de monde. Devant la cathédrale, une femme fend la foule et se jette aux pieds de l'Impératrice. Elle vient demander la grâce pour son mari emprisonné. Eugénie promet de s'intéresser à son cas. Les réceptions s'enchaînent. Le soir, l'impératrice se rend au port pour passer la nuit à bord de son navire. Les bateaux et les quais s'illuminent. Des lanternes vénitiennes tremblent sur l'eau sombre. Des orchestres jouent, et la musique se mêle au clapotis. Le lendemain, diverses visites à l'hôpital de Saint-Mandrier, au lycée de Toulon, à l'Hospice de la Charité, à l'Arsenal. Dans son compte rendu daté du 11 septembre, le magazine parisien de L'Illustration reproduit le compliment dit en provençal par les dames des halles : « Impératrice bien aimée, nous sommes bien heureuses de vous voir encore une fois, et surtout en compagnie de votre gentil garçon, espoir de la patrie ! Ô digne mère ! Ô bel enfant ! Recevez ces modestes présents que nous venons vous faire et qui seront d'autant plus agréables à Votre Majesté qu'ils vous sont offerts par des cœurs dévoués. »
L'inauguration du canal de Suez
Mais déjà, l'histoire s'impatiente. Il faut partir. L'impératrice est attendue en Corse. Elle y part dès le lendemain. Deux mois plus tard, elle cinglera vers un horizon plus lointain : l'inauguration du canal de Suez, preuve de l'influence de la France sur les mers du monde. Mais dix mois après, en juillet 1870, le député du Var Émile Ollivier, devenu premier ministre, montera à la tribune de l'Assemblée Nationale pour annoncer une sinistre nouvelle : la déclaration de guerre à la Prusse. On en connaît les désastreuses conséquences. Plus tard, l'impératrice défaite, veuve, saura retrouver le chemin de notre région… La suite de l'histoire samedi 9 mai 2026 sur nos sites et dans nos pages Histoire.
Repères
- 30 janvier 1853 : mariage avec Napoléon III.
- 29 janvier 1853 : devient impératrice des Français (la veille du mariage civil).
- 16 mars 1856 : naissance de leur fils unique, le prince impérial Napoléon Eugène Louis Bonaparte.
- Années 1850-1860 : joue un rôle politique actif, notamment pendant les absences de Napoléon III (elle assure la régence à plusieurs reprises). Influence notable dans la politique étrangère et religieuse (soutien au pape, implication indirecte dans l'expédition du Mexique).
- 4 septembre 1870 : chute du Second Empire après la défaite de la bataille de Sedan face à la Prusse.



