Un savoir-faire ancestral ressuscité au Pont du Gard
Au cœur du sentier Mémoires de garrigue, sur le site du Pont du Gard, un métier oublié refait surface. La reconstruction d’une charbonnière, abîmée par les années, redonne vie à une pratique essentielle de la région : la production de charbon de bois. Ce projet, porté par les gestionnaires de l’EPCC du Pont du Gard, vise à faire découvrir une activité autrefois vitale pour les habitants de la garrigue.
Pour mener à bien ce chantier délicat, l’établissement a fait appel à l’association Arc’Avène de Rousson, déjà impliquée lors de la création du parcours. Cette association œuvre pour la sauvegarde des savoir-faire traditionnels et transmet des techniques précises, de la sélection du bois à la gestion du feu.
Entre tradition et transmission
Avant l’ère industrielle, les collines de garrigue étaient le théâtre d’une intense activité forestière. Les charbonniers y transformaient le bois, principalement du chêne vert, en charbon grâce à une combustion lente, contrôlée et incomplète, réalisée sous une couverture de terre. Cette production alimentait alors les foyers domestiques, les fours et de nombreuses activités artisanales locales.
Aujourd’hui, il ne reste souvent que des traces discrètes au sol : des formes circulaires difficiles à identifier sans explication. « La reconstruction d’une charbonnière ne s’improvise pas. Elle repose sur des gestes précis, transmis de génération en génération : sélection du bois, montage en meule, recouvrement, gestion des tirages d’air et surveillance constante de la combustion pendant plusieurs jours », confie Henri Blandina, spécialiste du sujet.
Cette technique, autrefois largement maîtrisée, est aujourd’hui en grande partie perdue. Sa mise en œuvre exige une connaissance fine du bois, du feu, du terrain et des conditions météorologiques. L’association Arc’Avène s’attache à préserver ce patrimoine immatériel fragile, menacé de disparition.
Un projet pédagogique et mémoriel
Le projet ne se limite pas à la reconstruction : il vise également à valoriser le parcours Mémoires de garrigue. Une fois achevée, la charbonnière servira de support pédagogique pour le public, notamment lors de démonstrations et d’animations. Les visiteurs pourront ainsi comprendre comment les hommes ont façonné ce paysage durant des siècles.
En redonnant vie à une charbonnière, le site du Pont du Gard invite à lire et comprendre le paysage. Il ne se contente pas de préserver un vestige : il restitue une mémoire, un geste et une manière d’habiter la garrigue aujourd’hui disparue. Ce projet discret mais essentiel contribue à une meilleure compréhension de l’histoire vivante du territoire.
Le chantier, mené avec soin, est aussi l’occasion de sensibiliser le public à l’importance de la transmission des savoir-faire. En assistant à ces démonstrations, petits et grands pourront apprécier la complexité d’une technique qui a longtemps rythmé la vie locale. Une initiative qui allie patrimoine, écologie et pédagogie, dans un cadre exceptionnel.



