L'été 1945 s'étire dans la lassitude. Si l'Europe panse ses plaies après la capitulation de l'Allemagne nazie, la guerre fait toujours rage dans le Pacifique. Les Alliés redoutent un débarquement final sur l'archipel nippon, une opération qui coûterait la vie à des centaines de milliers de soldats. Mais le cours du temps va soudainement s'emballer, précipitant la fin du conflit le plus meurtrier de l'histoire.
7 août 1945 : la révélation d'une arme absolue
La stupeur frappe les lecteurs girondins à la vue de la manchette : « La première bombe atomique est lancée sur le territoire japonais ». Une dépêche de Washington précise que l'engin a été largué « sur Hiroshima » seize heures plus tôt. Le journal tente de vulgariser l'inconcevable pour ses lecteurs : « La puissance de cette bombe égale 20 000 tonnes de dynamite ». Le président américain Harry S. Truman, justifiant cette frappe apocalyptique, déclare : « Nous avons dépensé deux milliards de dollars et couru le plus grand risque scientifique de l'histoire. Nous avons gagné ». Déjà, on annonce que « soixante villes Japonaises [sont] détruites » par les raids intensifs.
9 et 10 août 1945 : le double coup de grâce
Pendant que les bombes continuent de pleuvoir, la presse prend peu à peu la mesure du cataclysme initial. Les descriptions sont effroyables, frôlant la science-fiction. Le journal décrit la scène comme « un éclair aveuglant, de la poussière en ébullition » et titre : « Hiroshima n'est plus que ruines ». Le premier bilan estimé glace le sang : « 150 000 personnes auraient péri ». Les agences de presse américaines tentent d'expliquer l'indicible, affirmant que les victimes auraient été vaporisées sous une température délirante estimée alors à « deux mille milliards de degrés ». Le constat est implacable et morbide : « Rien, ni personne n'a échappé à la destruction. »
Le Japon, meurtri, n'a pas encore capitulé alors que l'étau se resserre de toutes parts. D'un côté, l'Armée rouge brise sa longue neutralité en Asie : « L'URSS déclare la guerre au Japon ». « Sud Ouest » détaille l'ampleur de l'attaque : « Prenant immédiatement l'offensive, les Russes attaquent avec un million d'hommes à la frontière du Mandchoukouo. » Le même jour, le feu nucléaire s'abat une seconde fois : « La deuxième bombe atomique a été employée, mercredi, à midi (heure japonaise), sur Nagasaki ». Toutefois, l'information se réduit cette fois à un encadré sur la Une du journal.
11 août 1945 : l'agonie de l'Empire
L'asphyxie est désormais totale. Face à l'anéantissement de ses villes et à l'invasion massive des Soviétiques, le Japon plie. Le grand titre de « Sud Ouest » pose la question que le monde entier espère : « La guerre mondiale est-elle enfin terminée ? ». En dessous, la délivrance s'annonce : « Le Japon veut capituler. ». C'est « Radio Tokyo [qui] diffuse la demande de capitulation », s'en remettant au gouvernement pour sauver ce qui reste de la nation japonaise. Aux États-Unis, le président Truman résume le soulagement général du monde : « Nous ne voulons plus de la guerre ».
Entre victoire militaire et questions morales
Le traitement médiatique de cette semaine d'août 1945 est fascinant de dualité. On y lit d'abord l'espoir triomphant : cette prouesse scientifique garantit enfin le terme du conflit mondial. Pourtant, derrière l'enthousiasme des communiqués officiels, l'horreur transparaît dans nos colonnes. En décrivant des êtres humains dissous par la chaleur de l'atome, les journalistes comprennent qu'une ligne fatidique vient d'être franchie.
Parallèlement, l'entrée en guerre de l'URSS, avec son million d'hommes jetés dans la Mandchourie, dessine déjà la carte de demain. Staline s'assure une place de choix à la table des vainqueurs en Asie, posant sans le savoir les jalons de la future Guerre froide face à la puissance nucléaire américaine, dans une première démonstration de force entre les grandes puissances. En moins d'une semaine d'août 1945, un empire a été précipité dans le néant, entraînant avec lui l'humanité entière dans une ère nouvelle, bâtie sur l'équilibre fébrile de la terreur. L'idée d'une apocalypse nucléaire est née.



