Richard Brunel, directeur de l'Opéra de Lyon, veut désacraliser l'art lyrique
Richard Brunel : désacraliser l'opéra à Lyon

Richard Brunel, un directeur au cœur de la création lyonnaise

À la tête de l’Opéra national de Lyon depuis 2021, Richard Brunel incarne bien plus qu’un simple gestionnaire confiné à son bureau. Ce metteur en scène, ancien directeur de la Comédie de Valence, conçoit son rôle en immersion totale, au plus près des plateaux et des ateliers. Pour lui, l’opéra n’est pas un sanctuaire inaccessible, mais une maison de création vivante, profondément ancrée dans la cité. Entre audace artistique et ambition populaire, il orchestre une programmation placée sous le signe du mouvement et de la transformation.

La métamorphose comme fil rouge de la saison

Cette saison ne se contente pas d’enchaîner les titres ; elle raconte une histoire, celle de la métamorphose. « C’est le fil rouge de nos productions cette année », explique Richard Brunel. « Ce moment où le réel vacille et où les personnages se réinventent. » Que ce soit à travers l’onirisme de Peer Gynt, l’ironie politique de La Fille de Madame Angot ou la puissance de Salomé, l’idée est de bousculer nos certitudes et d’inviter le public à une réflexion profonde.

L’autre temps fort est le festival printanier, intitulé « Donner de la voix », avec l’ambition de faire chanter toute la ville dans différents lieux. « Mon ambition est de faire chanter toute la ville de Lyon », affirme le directeur, soulignant ainsi sa volonté de démocratiser l’art lyrique.

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Une programmation équilibrée entre classique et audace

L’Opéra de Lyon a la réputation d’être audacieux, et Richard Brunel maintient cet équilibre délicat grâce à la règle des trois tiers : un tiers de répertoire classique, un tiers d’œuvres rares ou de « bizarreries », et un tiers de création contemporaine. Cette dernière est indispensable pour rester connecté à la société et innover constamment.

La plus grande prise de risque cette année est Nuit de mai de Rimski-Korsakov, une œuvre inspirée de Gogol qui n’a jamais été mise en scène en France. « C’est la création qu’il ne faut pas rater, même pour nos abonnés les plus fidèles », insiste Brunel, mettant en avant son engagement pour l’exploration artistique.

Conseils pour les néophytes et les familles

Pour une première expérience à l’opéra, Richard Brunel recommande L’Amour des trois oranges ou La Fille de Madame Angot, des œuvres légères et chantées en français. En famille, Peer Gynt est idéal, avec une pièce parlée portée par un acteur de la Comédie-Française, abordant la construction de soi. Pour les plus petits, dès 5 ans, le concert-fiction Le roi qui n’aimait pas la musique offre une initiation en douceur.

La désacralisation comme mission essentielle

Désacraliser l’opéra est une mission prioritaire pour Richard Brunel. Des actions concrètes ont été mises en place :

  • L’Opéra itinérant : un camion-opéra avec scène et gradins qui se déplace dans les villages, avec des retours bouleversants de la part des publics éloignés.
  • Un partenariat avec les Hospices civils de Lyon : une chaîne de télévision interne gratuite diffuse quotidiennement des opéras et ballets pour les patients.
  • Des tarifs accessibles : à partir de 10 euros, pour que le prix ne soit jamais un frein, avec un public jeune (près de 30 % ont moins de 29 ans).

Maintenir l’exigence artistique face aux contraintes budgétaires

Malgré les défis financiers, Richard Brunel refuse de lésiner sur l’ambition. « Il ne faut surtout pas lésiner sur l’ambition », affirme-t-il. Des adaptations sont nécessaires, comme la réorganisation des productions ou la simplification de certains décors, mais il tient à maintenir coûte que coûte le nombre de levers de rideau (350 par saison) pour protéger l’emploi et l’ouverture au public. L’Opéra accueille près de 305 000 spectateurs par an, un chiffre qui témoigne de son rayonnement.

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Richard Brunel, metteur en scène de Billy Budd

Le directeur met lui-même en scène la nouvelle production de Billy Budd, une œuvre jamais jouée à Lyon. « Cela me permet de sentir la maison de l’intérieur et d’éviter l’isolement qui menace tout directeur », explique-t-il. Être au contact du plateau, visiter les ateliers et échanger avec les scénographes lui permet de comprendre les contraintes de chaque métier, tout en offrant une belle surprise au public lyonnais.

À travers cette approche, Richard Brunel incarne une vision renouvelée de l’opéra, où création, accessibilité et engagement social se conjuguent pour faire tomber les murs de la place de la Comédie.