De notre envoyé spécial à Vienne (Autriche),
Vous avez déjà vécu ce moment où, en boîte de nuit, l’aube approche, vous hésitez à partir, mais vous restez quand même un peu, en recherche d’une conquête passagère ? Eh bien c’est ce dont parle la chanson Før vi går hjem (« Avant de rentrer à la maison ») avec laquelle Søren Torpergaard Lund représente le Danemark à l’Eurovision. L’artiste de 27 ans a une expérience en comédie musicale : il s’est notamment produit dans des adaptations de West Side Story et Kinky Boots.
Cependant, à travers sa prestation au concours, il s’illustrera dans un registre différent, plus sombre, subversif et sexy. Sa performance, qu’il livrera ce jeudi lors de la deuxième demi-finale, est l’une des plus attendues par les fans d’Eurovision et les bookmakers le rangent parmi les cinq favoris pour la victoire. 20 Minutes l’a rencontré mardi, dans l’élégant café viennois K. & K. Hofzuckerbäcker où il s’est accordé une longue pause déjeuner.
Un registre différent pour l’artiste de comédie musicale
Vous avez joué dans plusieurs comédies musicales mais vous allez vous illustrer dans un autre registre, très sexy et mystérieux, sur la scène de l’Eurovision…
J’exprime une part de moi-même, que ma chanson m’invite à mettre en avant. Mes amis pourraient vous dire qu’ils m’ont vu me comporter comme ça en boîte de nuit depuis mes 15 ans (il sourit). C’est agréable pour moi de montrer cette autre facette de moi parce que, dans ma carrière solo, je chante surtout des ballades.
Si vous deviez décrire votre chanson en trois mots ?
Explosif, désir et séduction.
Votre chanson nous plonge dans une soirée en boîte…
Oui, c’est une situation que nous sommes nombreux à avoir vécue : la nuit est bientôt finie, tu ne veux pas que ça s’arrête et tu vois cette personne qui t’a déjà brisé le cœur mais tu ne peux t’empêcher de retourner la voir encore et encore. On ne peut jamais s’empêcher de faire ce genre d’erreurs parce que nous sommes humains, et c’est quelque chose que je veux honorer parce que c’est ce qui permet d’apprendre sur nous-mêmes.
Le sujet n’est pas vraiment un thème que l’on trouve généralement à l’Eurovision. C’est ce qui fait sa force ?
Oui, je regarde l’Eurovision depuis tout petit et c’est quand même un endroit où l’on voit tous les styles musicaux. J’aime l’idée d’apporter un genre différent au concours, plus club et danois, alors que le Danemark n’a pas l’habitude d’envoyer ce type de proposition, mystérieuse et un peu edgy [provocante, subversive]. Cela m’amuse.
Chanter en danois, un choix audacieux
La chanson est intégralement en danois, c’est un choix audacieux ?
Je me réjouis de voir que la tendance parmi les artistes à l’Eurovision est de chanter dans leur langue maternelle. Ce mélange des cultures est ce qui fait l’attrait de ce concours. J’ai toujours écrit ma musique en danois. Si je chantais ma chanson en anglais, je ne pourrais pas transmettre les émotions de la même manière. Après, il faut faire comprendre le message malgré la barrière de la langue. C’est pour cela que j’ai recours à mon expérience théâtrale pour donner une idée de ce que je chante à travers ma scénographie.
Qu’avez-vous appris sur vous-même à travers cette aventure Eurovision ?
J’ai appris à fixer mes limites. J’ai un côté people pleaser [se dit de quelqu’un qui fait passer ses intérêts et son bien-être en arrière-plan par peur de déplaire]. Mais j’apprends à dire stop, à dire non, et à prendre soin de moi-même. Cette expérience consiste à livrer une partie de moi aux gens, avec authenticité. À la fin de la journée, cela peut être épuisant et je peux me sentir vidé, alors je dois prendre soin de moi et de mon énergie.
Vous êtes entré à la Musicalakademiet, une sorte de conservatoire danois, à 17 ans. Vous en avez été le plus jeune élève. Que penserait le Søren de l’époque de se voir dix ans plus tard à l’Eurovision ?
J’imagine qu’il crierait, pleurerait et n’arriverait pas à le croire. Mais il serait tellement fier. Même moi j’ai du mal à réaliser que je suis à l’Eurovision, mais je pense qu’il dirait que je suis à ma place ici.
Monroe, la représentante française, a 17 ans
Monroe, qui représente la France, a 17 ans. Participer à un tel concours si jeune, cela ne vous semble pas difficile ?
Non, cela varie d’une personne à l’autre. Je me reconnais un peu en elle. Elle a son attention rivée sur la création artistique, elle veut être sur de grandes scènes. Elle est plus que prête, elle a du talent. Elle est incroyable. Je sais aussi qu’elle a une bonne équipe autour d’elle, qui prend soin d’elle et je pense qu’elle en a besoin. Moi, à son âge, c’est sûr que pour une aventure comme celle-ci, il aurait fallu que je sois bien entouré.



