La troisième et dernière saison de Paris Police, intitulée Paris Police 1910, a été présentée en avant-première ce vendredi soir à Canneseries. Cette série de Canal+ met un point final à la trilogie consacrée à la Belle Époque, avec la résolution de l'affaire de Marguerite Steinheil. La diffusion des nouveaux épisodes est prévue ce lundi sur la chaîne cryptée.
Une ouverture osée pour une affaire macabre
La scène d'ouverture de cette saison donne le ton : on y voit le domestique des Steinheil, un dénommé Couillard, se masturber dans une pantoufle. Chez les Steinheil, Auguste, le mari, était un peintre du XVIIIe siècle, tandis que Marguerite, l'épouse, s'est fait connaître pour avoir entretenu une relation avec le Président du conseil Félix Faure, qui succomba dans ses bras, lui valant le surnom de « Pompe Funèbre ». Cette introduction osée précède la découverte de la scène macabre du double assassinat de l'impasse Ronsin : Auguste Steinheil et Émilie Japy, sa belle-mère, sont assassinés, tandis que « Meg » est retrouvée nue, attachée à son lit. C'est le point de départ d'une affaire judiciaire médiatique qui donnera lieu à un procès retentissant en 1909, d'autant plus que l'affaire n'a jamais été vraiment élucidée.
Un thriller médiatique au cœur de la Belle Époque
Le public cannois a eu l'honneur de découvrir en avant-première les deux premiers épisodes de cette création de Fabien Nury. Paris Police 1910 vient clore la trilogie lancée en 2021, qui raconte les coulisses de la Belle Époque. Après les conséquences de l'affaire Dreyfus dans la première saison et l'apparition de la syphilis dans la deuxième, cette troisième saison s'intéresse notamment au pouvoir de la presse, qui, à l'époque, ne reculait devant rien pour salir les réputations et orienter l'opinion publique.
On retrouve une dernière fois notre bande d'acteurs : Evelyne Brochu, Eugénie Derouand, Jérémie Laheurte, Thibaut Evrard et Marc Barbé. Certains incarnent des personnages historiques – Louis Lépine, Jeanne Chauvin, Marguerite Steinheil – pour un thriller médiatique aussi prenant que précis dans l'écriture et la mise en forme. « On a essayé de filmer, sur dix ans, une époque qui a connu beaucoup de bouleversements et de révolutions industrielles », détaille Fabien Nury, le créateur de la série, issu du monde de la BD. « On a essayé d'aborder cette époque avec un humour noir, un peu punk, sans oublier la dictature masculine qui régnait au début du XXe siècle. C'est une France où la moitié de la population, les femmes, n'a pas le droit de vote ; il fallait avoir du répondant quand on était une femme. »
Une fin crépusculaire mais assumée
Cette troisième et dernière saison est assez cruelle et pessimiste. Tout sauf un hasard pour son showrunner. « Je savais que mes héros allaient s'affronter après avoir été unis contre une menace extérieure durant deux saisons. C'est une fin crépusculaire mais elle est voulue et non subie », prévient Nury. Toujours conçue pour se raconter sur trois saisons (1900, 1905 et 1910), la série termine en apothéose avec un rédacteur en chef d'un quotidien phare de l'époque – Le Matin – Georges de Labruyère, véritable acteur de l'affaire de l'impasse Ronsin, qui multiplie les fake news, un écho terrible avec l'actualité.
Malgré tout, comment réussir à garder le suspense à son apogée sur une affaire historique non élucidée ? « On peut faire de très bons films sans résoudre des intrigues, Zodiac et La Nuit du 12 en sont des exemples parfaits », poursuit Nury. « Je voulais garder ce sentiment d'incertitude. Ce qui m'intéressait avant tout, c'est d'être cohérent plus que réaliste, sans pour autant tomber dans le révisionnisme historique. C'est une époque sulfureuse, dure, surtout pour les femmes et pour Meg. Elle a été sexualisée deux fois médiatiquement : pour le “Pompe funèbre” et pour sa position dénudée lors de la découverte des corps de l'impasse Ronsin. C'est terrible pour elle. »
Des personnages en quête de liberté
Meg demeure une battante que la Québécoise Evelyne Brochu incarne toujours à la perfection : « Meg est dans l'arène, elle est au zénith de son panache pour sa liberté ». Une liberté partagée par Eugénie Derouand, qui reprend son rôle de Jeanne Chauvin, première femme avocate à plaider : « son combat est de prouver sa légitimité, quitte à détourner certaines règles ». Un sentiment éprouvé par le personnage d'Antoine Jouin, sous les traits de Jérémie Laheurte. « On l'a découvert en inspecteur naïf, plein de justice, et il se défait enfin de son éthique habituelle pour aller au bout de ses idées. En se plongeant dans cette époque, même pour une fiction, on se rend compte de sa violence. »
« Être une femme dans cette époque passe beaucoup par le costume », conclut Evelyne Brochu. « Et le corset permet de comprendre cette forme de rage permanente que représenter le fait d'être une femme en 1910. J'ai puisé beaucoup de choses dans ce corset. »
Paris Police 1910 : en avant-première ce vendredi à Canneseries au Palais des Festivals et diffusion ce lundi 27 avril à 21h10 sur Canal+. Programme de Canneseries sur canneseries.com.



