Ohad Naharin : la danse comme consolation face au boycott
Ohad Naharin : la danse face au boycott

Depuis près de trois ans, le chorégraphe israélien Ohad Naharin et sa célèbre Batsheva Dance Company ne se produisent plus à l'étranger. Les appels au boycott émanant d'organisations propalestiniennes ont entraîné l'annulation de leurs engagements internationaux. Une situation inédite pour ce pacifiste convaincu, qui affiche ouvertement sa solidarité avec les Palestiniens et s'oppose à Benyamin Netanyahou.

Un silence dans le bus

Ce 18 mai, dans le bus qui roule à la nuit tombée, la troupe de la Batsheva Dance Company est silencieuse. La représentation de « Sadeh 21 » a fait salle comble à Herzliya, banlieue huppée du nord-est de Tel-Aviv. Quatorze kilomètres, le retour est rapide. Sans jet-lag, pour ces danseurs et danseuses qui avaient l'habitude de s'envoler pour Tokyo, San Francisco, Ravenne ou Paris. Mais depuis le déclenchement de la guerre menée par Israël à Gaza, en riposte au massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, la donne a changé.

Tournées annulées

« Toutes nos tournées sont annulées ou reportées. Japon, Allemagne, Italie… » s'alarme Ohad Naharin dans les colonnes du quotidien « Haaretz », dès janvier 2024. Des appels au boycott de la Batsheva par les organisations propalestiniennes, il y en a toujours eu. Mais, cette fois, la campagne de BDS a pris une ampleur sans précédent. Le chorégraphe, pourtant connu pour ses positions pacifistes et son opposition à la politique de Netanyahou, se retrouve pris dans un étau. Il confie : « La danse est une consolation au sein de l'horreur. »

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Un artiste engagé

Ohad Naharin n'est pas un novice en matière de prises de position politiques. Depuis des années, il affiche sa solidarité avec les Palestiniens et critique la colonisation. Mais cela ne suffit pas à le protéger des accusations de complicité avec l'État hébreu. Pour ses détracteurs, le simple fait de diriger une compagnie israélienne subventionnée par l'État le rend coupable par association.

Pourtant, ceux qui le connaissent soulignent son engagement sincère pour la paix. « Ohad est un humaniste avant tout », témoigne un proche. « Il croit au pouvoir de la danse pour transcender les clivages. » Mais dans le contexte actuel, cet appel à la transcendance semble bien fragile.

Un avenir incertain

La Batsheva Dance Company continue de se produire en Israël, mais les tournées internationales sont vitales pour sa renommée et son financement. Les salles étrangères qui annulent leurs invitations invoquent des risques de protestations ou de polémiques. Certaines institutions culturelles, soucieuses de ne pas froisser les sensibilités, préfèrent prendre leurs distances.

Ohad Naharin refuse pour autant de se taire. Il continue de dénoncer la guerre et appelle à un cessez-le-feu. « Nous devons trouver un chemin vers la coexistence », déclare-t-il. Mais en attendant, ses danseurs et lui restent confinés dans leur pays, un pays en guerre. La danse, cette consolation, doit désormais se vivre sans les feux de la rampe internationaux.

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