17 mai 1977 : Lionel Hampton fait vibrer Bordeaux à l'Alhambra
Lionel Hampton enflamme l'Alhambra de Bordeaux en 1977

Le 17 mai 1977, le vibraphoniste légendaire Lionel Hampton (1908-2002) a enflammé la mythique salle de l'Alhambra à Bordeaux, devant un public de plus de mille mélomanes. Agé de 64 ans, Hampton venait de connaître un véritable délire à Pau la veille, où certains spectateurs s'étaient mis à danser sur son rythme obsédant. À Bordeaux, il a donné toute la mesure de son talent, entouré de huit musiciens d'exception : Frankie Dunlop à la batterie, Milt Buckner à l'orgue, Billy Mackel à la guitare, Barry Smith à la contrebasse, Eddie Chamblee et Paul Moen au saxophone, et William Cat Anderson à la trompette.

Un orchestre déchaîné

Notre journaliste Philippe Darqué a relaté ce concert avec un enthousiasme débordant dans les colonnes de Sud Ouest le 18 mai 1977. Il décrit une performance endiablée : « Chamblee balançait ferme, Cat immédiatement suraigu, faisait place à Billy, grand seigneur des cadences : le Milt jetait des notes d’orgue et le Hamp, comme un diable, percutait ses lamelles. Bouche ouverte, langue à l’air, Hampton rend fou et Dunlop, dans le coup, s’excite autant que lui. Le plancher ondule, les applaudissements crépitent. »

Le courant passe entre Hampton et Dunlop, une complicité électrique. « Mais tandis que je pense, ça balance, ça balance. Oui c’est « How high the moon » qui se présente, qui jaillit. Bon Dieu, quelle dynamite dans les maillets d’Hampton. Qu’elle est haute cette lune, mais le chemin pour l’atteindre est parsemé d’étoiles cristallines. Mackel et Buckner forcent leur talent. Ça sent l’apothéose… Ça y est, on alunit. »

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Un « Hey ! Ba ba re bop » d’anthologie

Cette chanson culte de l’orchestre d’Hampton, datant de 1946, a été réclamée par le public et est arrivée tout à la fin du concert. « Tonitruante fin du monde. L’Alhambra en tremble sous un bombardement de notes, de cris, de pieds et de mains qui frappent », s’extasie notre reporter. Et c’est au son du fameux « When the Saints » qu’Hampton est descendu dans la salle avec tout l’orchestre en file indienne pour saluer chaleureusement son public en délire, tout en continuant à marquer le tempo.

Ce visage calme et concentré du jeune Lionel Hampton, déjà en concert à Bordeaux en mars 1956, semblait bien loin ce soir-là.

Interview dans la loge

Le soir de ce concert d’anthologie, notre journaliste a pu interviewer Lionel Hampton dans sa loge. Voici des extraits choisis :

« Pour jouer le jazz, il faut une grande imagination, un grand amour. C’est une inspiration venue du cœur et de l’esprit.

Sud Ouest : Que pensez-vous du style moderne ?

Lionel Hampton : Le jazz, c’est celui d’Armstrong, de Coleman Hawkins.

SO : Votre opinion sur Miles Davis ?

LH : Au début il s’est inspiré d’Armstrong… Je l’accepte.

SO : Quelle est votre opinion sur le free jazz ?

LH : Shit !

SO : Après nous, que deviendra le jazz ?

LH : Il faut qu’il progresse, c’est normal, qu’il évolue, mais… pas trop. »

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