Le Bus : Les Bleus en grève, plongée dans le fiasco de Knysna
Le Bus : Les Bleus en grève, plongée dans le fiasco

Depuis une décennie, l'équipe de France de football est devenue une référence absolue sur le plan international. Entre ses joueurs d'exception et ses résultats prestigieux, à commencer par la Coupe du monde remportée en 2018, les Bleus version Didier Deschamps ont acquis une notoriété rare dans leur histoire. Mais il fut un temps où cette équipe n'était jalousée par personne, pire, elle était la risée du monde entier.

Juin 2010, le crash de Knysna

En juin 2010, lors du Mondial en Afrique du Sud, la France est humiliée sur le terrain mais également en coulisses, où tout implose. Équipe en perdition sur le terrain, clash entre Nicolas Anelka et Raymond Domenech, grève des joueurs, résultats catastrophiques et dernière place dans leur groupe : les Bleus avaient touché le fond à Knysna, leur camp d'entraînement.

Netflix diffuse ce mercredi un formidable documentaire d'une heure vingt produit par Stephen Kamga et Yoan Zerbit, qui se sont appuyés sur des auteurs de premier plan, dont Olivier Bouchara (Les Rois de l'arnaque, Le Masque, Y a-t-il un dealer dans l'avion ?) et Pierre Gault (Mascus, les hommes qui détestent les femmes), pour donner la parole à ceux ayant vécu ce fiasco de l'intérieur.

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Les notes de Domenech, une mine d'or surprenante

Le Bus : Les Bleus en grève retrace chronologiquement le plus grand crash du football français à travers les regards des joueurs, du staff, du gouvernement mais aussi des journalistes. Porté par une impressionnante richesse de témoignages et de documents d'archives, le film propose une relecture passionnante – parfois sidérante – de l'épisode de Knysna.

Parmi les témoins, Patrice Evra, William Gallas, Bacary Sagna, Raymond Domenech, Roselyne Bachelot (ministre des Sports à l'époque), François Manardo (attaché de presse de l'équipe de France), Robert Duverne (préparateur physique), mais aussi les journalistes Estelle Denis, Vincent Duluc (L'Équipe), Sébastien Tarrago et David Astorga (TF1) reviennent sur ce traumatisme pas encore totalement effacé chez certains. Première surprise d'ampleur, Raymond Domenech a laissé aux auteurs du documentaire l'intégralité de son journal intime, sous la forme de prise de notes.

De cette précieuse ressource, on retire l'image d'un sélectionneur perdu dans ses choix et rapidement coupé de son groupe. Certaines notes sont même accablantes, comme si l'entraîneur finaliste du Mondial 2006 prenait un malin plaisir à voir la situation autant déraper. Avant le début du tournoi, il décide de ne pas nommer William Gallas comme capitaine, alors qu'il était le candidat le plus crédible par son statut de vice-capitaine. Plus grave encore, sa considération envers ses joueurs, notamment Yoann Gourcuff, désigné comme le successeur de Zinédine Zidane à l'époque et décrit par Domenech comme « un autiste ».

Les secrets de la mi-temps contre le Mexique

Sur le fameux accrochage à la mi-temps de France-Mexique (0-2) et la sortie prématurée de Nicolas Anelka, ensuite exclu du groupe sur décision de la Fédération française de football (FFF), tous les acteurs présents dans le vestiaire affirment ne pas avoir entendu la fameuse phrase placardée en une de L'Équipe (« va te faire enculer sale fils de p*te »). Le conflit portait davantage sur des considérations tactiques, avec un Anelka contrarié par son rôle et qui aurait dit à son sélectionneur : « Tu n'as qu'à la faire ton équipe de merde. »

Déjà fragilisés, les Bleus partent alors totalement en roue libre. Une conciliation est proposée à l'hôtel par Patrice Evra entre Nicolas Anelka, prêt à s'excuser, et Raymond Domenech, qui ne vient finalement pas et conduit à l'exclusion définitive de l'ancien attaquant du PSG et de Chelsea.

Vexés, les joueurs ne comprennent pas cette mesure et décident de ne pas participer à l'entraînement du lendemain, amenant plusieurs scènes rocambolesques, entre le jet du chronomètre de Robert Duverne, la démission en direct du délégué général de la FFF Jean-Louis Valentin et bien évidemment la lettre des joueurs, recroquevillés dans le bus, lue par le sélectionneur en direct.

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La volte-face de Bachelot

La honte se propage à l'international et Roselyne Bachelot, la ministre des Sports du gouvernement de François Fillon, décide de se rendre à Knysna pour tirer les choses au clair. Tendre et compréhensive devant eux, Bachelot montre un tout autre discours devant l'Assemblée nationale, accablant les meneurs de la fronde avec cette fameuse phrase cinglante : « Je ne peux que constater comme vous le désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés. » Dans le documentaire, l'intéressée botte en touche sur ce changement drastique en coulisses et devant les caméras.

Plus personne n'est aux commandes, et certaines scènes marquent les esprits, comme Franck Ribéry en claquettes-chaussettes qui vient demander pardon sur le plateau de Téléfoot. Après une dernière défaite contre l'Afrique du Sud et une élimination piteuse dès la phase de groupes, les Bleus rentrent en France la tête bien basse. Désavoué, le capitaine Patrice Evra souhaite que Raymond Domenech prenne ses responsabilités dans cette histoire mais le sélectionneur, licencié ensuite pour faute grave, garde tout le long du documentaire un ton quasiment désintéressé. Et l'identité de la fameuse taupe du vestiaire, tant recherchée depuis seize ans, est quasiment révélée par un drôle de concours de circonstances.

Finalement, le documentaire Le Bus : Les Bleus en grève tient ses promesses et nous replonge dans cet environnement toxique d'une équipe de France en perdition. On aurait aimé avoir davantage de témoignages des joueurs, notamment de ceux qui n'ont jamais été entendus sur ce sujet comme Yoann Gourcuff, qui fait preuve depuis sa retraite d'un silence médiatique. Même si l'équipe de France a tourné cette funeste page depuis longtemps, comprendre à quel point cette sélection revient de loin seize ans après permet de savourer le chemin parcouru et le prestige retrouvé.

Le documentaire « Le Bus : Les Bleus en grève » est disponible sur Netflix.