« La Tortue rouge » de Michael Dudok de Wit est diffusé ce vendredi 1er mai à 20h50 sur Ciné+ Festival. Ce long-métrage d’animation franco-belgo-japonais, produit en collaboration avec les studios Ghibli, se distingue par son absence totale de dialogues et sa beauté visuelle rare.
Un conte au-delà de Robinson Crusoé
Il serait facile de cantonner « La Tortue rouge » à une variation poétique autour de Robinson Crusoé. Il y a évidemment de cela dans cette association franco-belge avec les mythiques studios Ghibli, le film prenant pour point de départ un naufragé coincé sur une île tropicale. Mais il rappelle aussi le long-métrage de John Boorman, « Duel dans le Pacifique », l’affrontement puis la fraternisation de deux soldats, l’un américain, l’autre japonais, échoués sur un caillou au beau milieu de l’océan pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une richesse visuelle et sensorielle
Entre les arrière-plans dessinés au fusain et les personnages conçus sur ordinateur, l’absence de toute parole, l’alternance de réalisme et de merveilleux, ou encore la musique, qu’on jurerait composée par Joe Hisaishi (collaborateur attitré de Miyazaki) alors qu’elle est l’œuvre du Français Laurent Perez del Mar, chaque image paraît sculptée par ce double regard, dont la singularité tire sa source d’une sorte de compromis heureux.
Au-delà du récit d’aventure, le film explore l’adaptation à un environnement charnel. Il faut voir ces promenades aquatiques ou ces nuits paisibles dans une prairie si douce qu’elle semble matelassée pour se convaincre qu’il s’agit moins ici de domestiquer la nature que de s’y fondre avec suavité et délectation.
La genèse du projet
Séduit par les courts-métrages de Michael Dudok de Wit (notamment l’oscarisé « Father and Daughter »), Miyazaki propose à ce dernier un projet commun. Au Néerlandais d’en choisir le sujet. De Wit s’envole pour les Seychelles, y photographie à tout-va la faune et la flore, s’imprègne de sensations visuelles, d’odeurs, de détails qui nourriront ses dessins. De retour en Europe, il filme l’acteur James Thierrée (petit-fils de Chaplin), dont le langage corporel sert de modèle aux animations du héros naufragé, et trie sur le volet les techniciens chargés d’en restituer les mouvements.
De Wit a d’ailleurs un mot charmant pour ses animateurs : « Chacun d’eux possède un charisme naturel qu’il s’agit de mettre en valeur, comme pour la prise de vues réelle avec les acteurs. » Cet éloge d’un art collectif s’accorde aux racines plurielles de « La Tortue rouge », récit d’une adaptation à un environnement ô combien charnel.
Le film dure 1h20 et est disponible à la demande sur myCANAL.



