Eurovision 2026 : la Bulgarie crée la surprise, Israël deuxième
Eurovision 2026 : Bulgarie gagnante, Israël deuxième

De notre envoyé spécial à Vienne (Autriche), « Bangaranga » ! Le titre de la chanson avec laquelle la Bulgare Dara a offert la première victoire à l’Eurovision sonne comme une onomatopée parfaite pour résumer l’effet de surprise que ce triomphe a suscité du côté du public et de la salle de presse de la Stadthalle. Si vous n’avez rien suivi, voici ce qu’il faut retenir de la finale de cette 70e édition qui s’est tenue samedi soir.

Une grande première pour la Bulgarie

Dara, 27 ans, a décroché le trophée de cristal en s’imposant avec 516 points, terminant en tête des votes des jurys (204 points) et du public (312). Un consensus total et une victoire que personne n’avait vue venir. Les bookmakers et les observateurs n’avaient d’yeux et d’oreilles que pour la Finlande, l’Australie ou la Grèce. Certes, lors des répétitions, on avait été particulièrement bluffés par la scénographie signée Fredrik Rydman (le Suédois qui avait conçu la mise en scène de Louane l’an passé) et on pensait que la Bulgarie pouvait créer la surprise pour un top 5, mais de là à la voir gagner… Le « Bangaranga » est « une énergie spéciale que chacun a en soi, la sensation que tout est possible », a déclaré Dara pour expliquer le sens de sa chanson. Elle incarne parfaitement cet état d’esprit.

La France aux portes du top 10

S’il y a une chose qu’on ne peut pas enlever à Monroe, c’est qu’elle est impressionnante vocalement, d’autant plus quand on sait qu’elle n’a que 17 ans. Elle a été techniquement irréprochable et ne pouvait pas faire plus. Si elle a fini quatrième du classement des jurys professionnels, elle n’émarge qu’à la 18e place du télévote avec 14 maigres points, ce qui donne une onzième position au final. La délégation misait sur une scénographie « théâtrale » mais « l’intensité » promise n’était pas au rendez-vous. « Regarde ! » étant un morceau pop opératique, dans un registre proche du précédent gagnant, les spectateurs ont sans doute aussi ressenti une forme de lassitude.

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Israël toujours porté par le télévote

L’an passé, l’Israélienne Yuval Rafael avait remporté le télévote avec 297 points, alors qu’elle était 14e aux jurys. Un résultat qui avait interrogé plusieurs diffuseurs. Lundi, le New York Times a publié une longue analyse des votes du public et de la manière dont ils avaient pu être manipulés. C’est l’un des points de crispation qui ont poussé l’Union européenne de radiotélévision (UER) à modifier le règlement et cinq pays (Espagne, Irlande, Islande, Pays-Bas et Slovénie) à boycotter. À cette édition 2026, l’Israélien Noam Bettan a été huitième du classement des jurys (123 points) et troisième du télévote – derrière la Bulgarie et la Roumanie – avec 220 points pour « Michelle ». Ce qui lui permet de finir à la deuxième place du palmarès final. Ce score implique-t-il des irrégularités ? Une campagne d’appel aux votes dévoyée ? Des diffuseurs vont-ils mettre le sujet sur la table et, en cas de mécontentement, rejoindre les rangs des boycotteurs ? Le cas israélien à l’Eurovision va assurément continuer d’alimenter discussions et tensions entre membres de l’UER.

Les retours gagnants

La Bulgarie, la Roumanie et la Moldavie, qui n’avaient plus participé au concours depuis respectivement 2022, 2023 et 2024, ont toutes les trois fait leur retour cette année. Des come-back bien pratiques pour permettre à l’UER de compenser l’absence des cinq pays boycotteurs. Les retrouvailles ont été heureuses pour ce trio : la Bulgarie a triomphé, la Roumanie a fini troisième et la Moldavie huitième.

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Le chef-d’œuvre da Vinci

Raillé et méjugé par une partie de son pays, l’Italien Sal da Vinci a envoyé valser les mauvaises langues. À Vienne, il a pris un bain d’amour à chaque apparition. Samedi, deux heures avant le coup d’envoi de la finale, il a débarqué avec sa délégation dans la salle de presse pour chanter son « Per sempre si », hymne au mariage que seule la sympathie qu’inspire son interprète peut sauver de la ringardise. En finissant cinquième, il a permis à l’Italie de se classer dans le top 10 pour la neuvième fois consécutive. La squadra azzurra loupe les Coupes du monde de foot, mais les artistes transalpins brillent indéniablement sur le terrain de l’Eurovision.

Les contre-performances des favoris

Les bookmakers estimaient les chances de victoire de la Finlande à 44 % et celles de l’Australie à 20 %. Or, la première a fini à la sixième place, et la seconde à la quatrième. Les pros des paris n’avaient pas pris la pleine mesure du potentiel de la Bulgarie et de la Roumanie. L’Australie s’en est donc le mieux sortie avec sa star Delta Goodrem, deuxième du classement des jurys mais seulement neuvième du télévote (la preuve que le public européen demeure réticent à porter ces suffrages vers ce pays si éloigné). Le duo finlandais composé de Pete Parkkonen et Linda Lampenius, lui, a été cinquième des jurys et huitième du télévote. Assurément une grosse désillusion pour eux. Idem pour le Grec Akylas, attendu dans le top 5 et qui a atterri à la dixième position.

Un bug technique pour la Tchéquie

Daniel Zuzka est passé en onzième position sur scène pour chanter « Crossroads » avec une très belle scénographie toute en jeux de miroirs. Le hic, c’est qu’à un moment de son tableau, la retransmission s’est figée et l’écran est resté noir quelques secondes avant que le flux ne redevienne fluide. La délégation a demandé à l’UER de faire un nouveau passage, comme le règlement le permet en cas de problèmes techniques. Mais l’organisation a refusé et a expliqué, selon des propos retranscrits par la BBC, que « le petit souci de caméra […] n’a pas altéré la performance et la qualité sonore » de l’ensemble, en conséquence la chanson n’a pas eu droit à un deuxième passage. Est-on mauvaise langue si l’on se demande si la décision aurait été identique s’il s’était agi du tableau d’un autre pays, de la Suède par exemple ?

La déconfiture suédoise

La Suède hors de la première moitié du palmarès à l’Eurovision, c’est comme le Brésil éliminé en phase de poules au Mondial. Un drame national. Felicia a échoué à la 20e place avec « My System ». Il faut remonter à l’édition 2009 pour trouver un moins bon classement. Cette année-là, Malina Ernman, la maman de Greta Thunberg, avait fini 21e avec « La Voix ».

Et un, et deux, et trois… zéro point

Trois pays ont été complètement snobés par les téléspectateurs. L’Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique ont fait zéro point au télévote. Le Britannique LOOK MOM NO COMPUTER finit ainsi à la dernière place, avec un seul point décroché grâce aux jurys. L’Allemande Sarah Engels se classe 23e avec 12 points. La Belge Essyla, qui est parvenue à se qualifier pour la finale en déjouant les pronostics, a pu atteindre la 21e place forte de 36 points dont 12, la note maximale, décernée par le jury italien.

Le terne anniversaire

On n’a pas tous les jours 70 ans. Ça n’arrive qu’une seule fois. L’anniversaire aurait dû faire date. Or on n’a pas soufflé de bougies mais d’exaspération. Fêter les sept décennies du concours sans aucune apparition du pro-boycott Johnny Logan, qui a remporté trois trophées – deux fois comme interprète, une fois comme auteur-compositeur –, sans la double lauréate Loreen, et sans même l’icône locale de l’Eurovision Conchita Wurst, c’est d’une tristesse… D’anciens gagnants sont bien venus chanter un medley moyennement inspiré de chansons phares du concours, à savoir l’Ukrainienne Ruslana, le Norvégien Alexander Rybak et les Finlandais de Lordi (bon, ok, on sauve leur réinterprétation de Papa Pingouin), mais ça manquait de clinquant, de glamour, de folie… À un tel point qu’on aurait dit un 69e anniversaire. Le quintuple boycott a assurément eu un impact dans cette célébration au rabais. Outre les conséquences sur le budget, les organisateurs ont dû composer avec les réticences de certaines figures du concours à se produire dans ce contexte, à l’instar de la Turque Serteb Erener, gagnante en 2003, qui a refusé d’apparaître sur cette scène.