András Schiff inaugure l'année Beethoven à Paris avec un récital magistral
András Schiff lance l'année Beethoven à Paris

András Schiff ouvre l'année Beethoven 2027 à la Philharmonie de Paris

En 2027, le monde célébrera le bicentenaire de la mort de Ludwig van Beethoven, une occasion de rattrapage après les festivités gâchées par la pandémie de Covid en 2020. Cependant, pour les auditeurs du récital d'András Schiff à la Philharmonie de Paris, l'année Beethoven a commencé dès que le pianiste hongrois, naturalisé britannique et résidant à Florence, a foulé la scène. À 72 ans, il incarne l'âme et le grand style de la musique de la Mitteleuropa, débutant chaque journée par une heure de Bach, rompant son « pain quotidien » selon les mots de Schumann.

Un artiste engagé et honoré par la France

Homme discret et raffiné, au regard pétillant de malice, András Schiff est intransigeant sur sa mission : « Le concert n'est pas un divertissement mais une éducation. » Sa conscience le pousse à critiquer sévèrement la politique d'Orban en Hongrie, et il refuse de jouer aux États-Unis depuis la réélection de Trump. Fils unique de rescapés de la Shoah ayant connu le régime communiste, il est sans illusion sur l'existence mais empli de gratitude envers les richesses de l'art.

Longtemps, les Français ont boudé ses concerts, mais une poignée d'admirateurs de la diaspora hongroise du Théâtre de la Ville est restée fidèle. Depuis une décennie, la France honore enfin cet immense musicien, dont la riche discographie témoigne d'un répertoire étendu et d'un esprit aventureux lorsqu'il dirige des œuvres complexes depuis son clavier.

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Un récital empreint d'humanité et de subtilité

Sir András Schiff entre sur scène avec la modestie d'un Musikant, présentant quatre sonates de Beethoven et les Six Bagatelles op. 126. En ouverture, il substitue la « Quasi una fantasia » annoncée par le Caprice sur le départ du frère bien-aimé du jeune Bach, une pièce tendre et plaintive teintée d'humour. Commencer par du Bach est un acte moral, élevant l'ambition du concert à hauteur d'homme.

La sonate « Quasi una fantasia », sœur de la « Clair de lune », est abordée avec naturel et un sourire en coin, déroulant comme une pièce de théâtre musical où les voix portent loin. Schiff, en « acteur » débordant d'invention, rend le texte lisible et vivant, inondant le finale d'une joie intérieure inoubliable.

Avant la sonate « Pastorale », il réchauffe ses mains sur le clavier, créant un enchantement en ré majeur. Sur le ton de la confidence, il évoque un murmure ébloui, un petit théâtre de marionnettes d'un raffinement rare. Ce Beethoven redevient humain, tour à tour tendre, moqueur ou furieux, sans besoin de cris.

La maîtrise technique au service de l'émotion

L'essentiel se lit entre les notes : polyphonie subtile, raffinement rythmique, noblesse mélodique. Toute la science technique s'efface devant la spontanéité, avec des pianissimos timbrés et des fortissimos ambrés, dans un tempo lent pour savourer chaque nuance.

La sonate « La Tempête » marque un tournant dramatique, évoquant une danse rustique et une pulsion vitale. L'adagio pose des questions sans réponse, tandis que le final, doux et chantant, rappelle Schubert, créant un point de convergence entre les deux géants.

Les Six Bagatelles, derniers mots de Beethoven au piano, sont jouées comme des farces de jeunesse par un Schiff somnambule. Avec l'opus 109, l'émotion culmine dans des variations sublimes rappelant un choral de Bach. En bis, trois Chopin révèlent une connaissance fine du répertoire, mêlant noblesse et rusticité, avant de conclure avec le Concerto italien de Bach, laissant l'audience sous le charme.

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