Le meilleur album d'un groupe légendaire, le grand retour du musicien le plus cool du moment, l'éclosion d'une nouvelle star ou la célébration des vingt ans de carrière d'une icône congolaise... Voici notre sélection des albums sortis en avril.
Thundercat, Distracted ★★★★
Au contraire, très concentré, Thundercat est peut-être l'artiste le plus cool en activité. Et Distracted, son retour six ans après It Is What It Is, le confirme sans l'ombre d'un doute. Pas un seul morceau n'est à zapper lors de l'écoute de ce disque funk, cosmique, dansant et doux, qui glisse comme de la soie sur une ligne de basse irréprochable. Pour l'occasion, le bassiste et chanteur, de son vrai nom Stephen Bruner, a réuni un casting de rêve. A$AP Rocky, Willow Smith, Lil Yachty, Channel Tres, DOMi & JD Beck sont de la partie – à côté de la collaboration exhumée et émouvante avec Mac Miller (la meilleure de l'album) enregistrée avant la disparition du rappeur en 2018. Tout, de Candlelight, ThunderWave, What Is Left to Say à Wish I Didn't Waste Your Time, Pozole et You Left Without Saying Goodbye, donne ainsi à entendre le côté sensible d'un geek solitaire anxieux, sur des mélodies généreuses et habitées, souvent comblées d'harmonies délicates et de lignes de basse parfaitement exécutées. Pour apprécier, derrière, le funk-rap joyeux que sont She Knows Too Much avec Mac Miller et I Did This to Myself, en compagnie du roi de la trap d'Atlanta Lil Yachty. À l'image de son créateur, Distracted est ainsi, aussi expérimental qu'accessible, aussi rieur et dansant que concentré, aussi jazz que pop, funk et électro... En bref, inclassable mais enivrant. Superbe.
Lolo Zouaï, Rêverie ✭✭✭✭
Pop sans frontières, elle est peut-être la meilleure réponse aux apôtres du repli identitaire. Avec Reverie, son troisième album, Lolo Zouaï prouve que le multiculturalisme produit souvent ce qu'il y a de plus beau. Née au mitan des années 1990 d'un père algérien et d'une mère française, partie à San Francisco à l'âge de trois mois, la chanteuse transforme ses identités multiples en une sorte de laboratoire pop, encore plus palpable sur ce nouvel album. Chez elle, le R'n'B américain se mêle à la chanson française, les rythmiques drill croisent des mélodies héritées des sixties, et tout semble circuler librement. 100 résume parfaitement cette formule hybride : un morceau où le R'n'B contemporain rencontre presque l'élégance yéyé d'Harley Davidson de Brigitte Bardot dont elle reprend le refrain. Plus loin, Coquelicot, avec Disiz, distille une douce mélancolie, tandis que Lemon Squeeze, partagé avec Lous and the Yakuza, fait se percuter les sensibilités. Mais le sommet reste Les Mots, véritable tube fascinant avec Dinos : un sample classique français qui se transforme soudain en beat drill new-yorkais. Toute la vitesse du monde semble tenir dans cette chanson.
Jessie Ware, Superbloom ★★★
Disco sans complexe, avec Superbloom, Jessie Ware signe la fin de son exploration du son disco. Après What's Your Pleasure? et That! Feels Good!, la star pop de 40 ans ne s'excuse pas de danser et laisse exploser la vague disco, jouant sur les soupirs, les cordes, les flûtes, parant sa musique des plus beaux effets. Quitte à y perdre un peu en efficacité. On attendait de super hits et on se retrouve face à une bande-son digne du Studio 54, mais sans aspérité. Pas de quoi bouder son plaisir pour autant, notamment sur Ride qui sample l'inusable thème du western, Le Bon, la brute et le truand du génial Morricone, le tout sous la houlette du producteur Karma Kid accompagné de la référence pop-dance, Stuart Price, connu pour son travail avec Madonna, Kylie Minogue, Dua Lipa, New Order ou les Pet Shop Boys.
Ebony, Menelik ★★★
Force sombre, « Un seul objectif pour moi, c'est de tout péter ». Ainsi va l'« imprévue » de la promotion 2025 de la Star Academy, finaliste de l'émission, prête à « se défaire de ses chaînes » sur Menelik - son « premier bébé » en référence au nom du fils de cette même reine mentionnée dans la Torah, le Nouveau Testament et le Coran. Et il y avait de quoi tout vouloir envoyer en l'air après la Star Academy : les attaques racistes, les déferlements de haine sur les réseaux... Alors, découle de cette expérience une réponse artistique : un baptême de feu épique et très sombre, long de quatorze titres, où Ebony mêle ses différentes inspirations musicales, entre le R&B, le rock goth, la pop hybride et les musiques électroniques. On est loin du carcan doux et lisse généralement attribué aux anciens candidats de l'émission. Pourtant, « Dieu sait que j'ai tout fait pour leur plaire » chante la finaliste sur La Source. Mais désormais, « si tu aimes pas mon caractère / tu sais ce que je te dis : I don't care » (je m'en fiche, NDLR), lance-t-elle plus loin dans l'album. La preuve avec ces productions alternatives, souvent pleines de fureur comme sur Rage, parfois plus douces comme Partie de moi ou le très calme Misère, mais toujours très sombres, à l'image du piano et de la guitare électrique d'Amer. Ce n'est pas parfait, mais Ebony impressionne, et son deuxième projet sera sans doute plus conventionnel — industrie oblige. Mais on lui souhaite, comme elle l'exprime en fin d'album, d'aller « plus loin que l'infini ». Au moins !
Aupinard, spleen. social club ★★★★
Mélancolie feutrée, la délicatesse a retrouvé droit de cité dans la pop française. Avec spleen. social club, Aupinard signe un premier album d'une douceur presque anachronique. Le Bordelais, révélé par TikTok, mêle ici jazz, rap, samba et bossa nova dans un même geste souple, sans ostentation, avec cette façon très à lui de faire glisser la mélancolie dans la sensualité. L'influence du Brésilien João Gilberto, que le chanteur adore, affleure dans le goût des accords caressés, des rythmes discrets, des chansons qui semblent moins s'imposer qu'approcher. Dès Peau Ébène, qui ouvre l'album, un piano et un léger balancement chaloupé installent un climat feutré, tendre, légèrement vaporeux. Aupinard y chante l'attraction et le désir sans forcer le trait — « Donc si t'es devant moi j'aimerais qu'tu bounce » — avec cette voix douce qui semble toujours retenir quelque chose. La première vraie merveille surgit avec Grand cru, troisième titre et chanson de déception amoureuse aux images liquides et aux aveux à vif — « J'ai mal au cœur », « le cœur qui se meurt ». Plus loin, Pénelope annonce presque le programme esthétique du disque : « si je viens dans votre vie c'est pour y mettre un peu douceur ». Et c'est peut-être Le Port des gens mal-aimés, bref sommet de spleen, qui en donne la plus belle formule, avec ce souhait bouleversant : « J'aimerais que la tristesse s'évapore, qu'elle quitte mon corps ». En clôture, Evoria, délicate dédicace à Cesária Évora, laisse l'impression d'un album frais, tendre et mélancolique. Aupinard réussit un mélange de genres plus que prometteur. Il impose surtout une manière, rare, d'être sensuel sans jamais cesser d'être pudique. En concert à Lampaul-Plouarzel, 22 mai et 23 mai et Bailleul, le 26 juin.
Fally Ipupa, XX ★★★
La fête inachevée, oh qu'il était attendu cet album... Avec XX, l'aigle congolais célèbre vingt ans de carrière tout en joie et en sensualité, le long de 19 titres conçus entre Johannesburg, Paris, Los Angeles et Kinshasa. Un album international ? Deux décennies ? On s'attendait donc à une grande fête commune, d'autant plus au vu des collaborations - Wizkid sur le titre phare « Jam », la grande Angélique Kidjo sur « Just For You », le pionnier sud-africain de l'amapiano DJ Maphorisa, le grand Lokua Kanza, Joé Dwèt Filé, Calema, KeBlack, et SDM, ou encore TRESOR... Mais on repart avec un album dense et peu construit, aux chansons aux sonorités quelque peu formatées, qui semblent plus taillées pour les playlists que pour un album de maturité. Reste que cette production internationale, qui mêle les sonorités de la rumba congolaise à des influences contemporaines mondiales devrait faire remuer le corps des auditeurs en soirées... Une chanson à la fois ! En concert au Stade de France le samedi 2 mai 2026.
Flea, Honora ★★★★
Le jazz à vif, j'ai hésité à mettre cinq étoiles. Car on n'attendait pas forcément Flea sur ce terrain, et c'est justement ce qui rend Honora si incroyable et convaincant. Non pas une fantaisie de rock star en mal de side-project, mais un vrai album de jazz d'aujourd'hui, libre, audacieux et ouvert. Revenu à ses premières amours musicales autour de la soixantaine, le bassiste des Red Hot Chili Peppers s'entoure de la fine fleur de Los Angeles - Josh Johnson, Jeff Parker, Anna Butterss, Deantoni Parks - et compose un disque souple, aventureux, jamais démonstratif. Les présences de Thom Yorke sur Traffic Lights et de Nick Cave sur Wichita Lineman élargissent encore la palette. Mais c'est peut-être dans l'hypnotique Maggot Brain que l'album touche le plus juste : la trompette de Flea, superbe, y avance comme en apesanteur, rêveuse et fiévreuse à la fois. Plus qu'un détour, Honora sonne comme un accomplissement. En concert à Paris, à Alhambra Théâtre Music-Hall, le 28 mai.
Angine de poitrine, Vol II ★★★★
Le phénomène, à tous ceux à qui on a recommandé Angine de Poitrine, on a vu s'installer sur le visage une sorte de gêne, une grimace refoulée de politesse, sûrs qu'ils allaient détester, que la proposition visuelle était trop tapageuse pour signaler la présence d'un quelconque talent. Mais c'était sans compter la claque musicale qu'ils se prenaient deux minutes plus tard. Angine de Poitrine, c'est le genre de groupe dont on ne sait pas vraiment par où commencer. Des rythmes en 7/8, des syncopes imprévisibles et des mélodies construites sur les notes intermédiaires de la gamme occidentale... Alors, voici ce qu'on peut dire simplement de Vol II : ça danse. Ça pogote. Ça hypnotise. Fabienk, comme prélude, ouvre le voyage avec un rythme tordu mais dansant, avant le road trip fou de Mata Zyklek, puis la respiration de Sarniezz, quelque part entre le swing et le 4/4 classique, quand derrière UTZP passe en quelques secondes d'une énergie balkanique à un solo de hair metal sans que personne ne comprenne vraiment comment. C'est fou, c'est génial, on en redemande, et presque tous les morceaux dépassent les six minutes sans jamais faiblir. C'est là toute la magie d'Angine de Poitrine, capable de transformer ce qui devrait être rébarbatif en quelque chose d'irrésistible. Vol. II est surtout une preuve qu'il est temps de se mettre à la page. Et pour vraiment saisir ce que ce duo fait sur Vol. II, on vous recommande chaleureusement d'aller lire notre article dédié.
BUCK, Animal boisé ★★★
Jazz en liberté, avec Animal boisé, son troisième album, le sextet lyonnais BUCK pousse plus loin encore son jazz-rock tellurique et panoramique. Entre jazz psychédélique, énergie rock et échappées cosmiques, le groupe avance ici comme une bête dans la forêt : puissant, imprévisible, toujours en mouvement. Dès Chiru, le ton est donné : le saxophone déboule tandis que la batterie relance sans cesse la machine. Blackbuck ralentit le pas sans perdre en intensité. On y entend presque la bande-son d'un film de David Lynch perdu dans une Forêt-Noire allemande. Plus loin, L'Homme caribou impose une guitare nerveuse, bousculée par des cuivres et une batterie qui détonne. Avec Eikthyrnir, hommage au cerf de la mythologie nordique, BUCK retrouve sa part la plus incisive. Tout y pulse, tout y cogne, sans jamais sacrifier la lisibilité des lignes. Puis vient Heidrun, qui semble calmer le jeu, comme si l'album, après avoir longtemps chargé, choisissait enfin de souffler. Mais chez BUCK, la sauvagerie n'est jamais loin. Un beau disque de jazz libre, sauvage et cinématographique. En concert le 2 mai à Toulouse.
Julia Cumming, Julia ✭✭✭✭
Le charme discret de la pop, elle a passé deux années entières à travailler, entre New York et Los Angeles, sur ce premier album éponyme. La chanteuse et bassiste du groupe américain indie-rock, Sunflower Bean, mannequin à ses heures perdues (on l'appelle la « muse d'Hedi Slimane »), propose ici une pop lyrique, qui flirte respectueusement avec l'élégance de Burt Bacharach ou de Carole King, références parfaitement assumées, convoquant également, par petites touches, et presque inconsciemment, la douceur de Karen Carpenter. Des textes ciselés, un brin féministes, dans lesquels cette artiste, montée sur scène dès l'adolescence, évoque son enfance, ses désirs, le tout avec une touche d'optimisme et de légèreté (à l'image du tout premier single, le vaporeux My Life) qui donne l'impression de redécouvrir ce disque, à chaque écoute.
M.I.A., M.I.7 ✭✭✭
Pop mystique, depuis ses débuts, la rappeuse et productrice M.I.A. transforme les conflits géopolitiques, les questions d'exil et la culture Internet en une musique pop électro abrasive. Avec M.I.7, elle pousse encore plus loin sa logique mystique. Écrit entre l'Éthiopie, l'Inde, le Royaume-Uni et les États-Unis, ce septième album s'articule autour des sept trompettes de l'Apocalypse : des interludes baptisés Trumpet ponctuent le disque comme des signaux d'alerte avant chaque nouvelle étape du jugement biblique. Entre visions spirituelles, paranoïa numérique et basses abrasives, l'ensemble ressemble à une prophétie électronique diffusée depuis un monde au bord du basculement. Le résultat est parfois brouillon, mais souvent fascinant. M.I.A. y mêle spiritualité chrétienne, beats industriels et imaginaire post-globalisation. Sacred Heart, où sa mère Kala chante un hymne chrétien en tamoul, figure parmi les moments les plus saisissants du disque. Money détourne les codes du capitalisme en méditation mystique, tandis que Circle réfléchit au temps et aux cycles. Plus qu'un album pop classique, M.I.7 ressemble à une transmission pirate venue de la fin des temps. Et comme pour pousser le délire jusqu'au bout, le disque s'achève sur 30 Minutes of Silence : une demi-heure entière de silence complet, en référence au septième sceau de l'Apocalypse. Comme si le silence était la seule réponse possible au chaos qui gagne le monde.
Nine Inch Nails & Boys Noize, Nine Inch Noize ✭✭✭✭
Métal en fusion, d'un côté, un groupe légendaire du rock-metal expérimental. De l'autre, un génial producteur de musique électronique. Lors de leur collaboration sur la bande originale du film Challengers (2024), Atticus Ross et Trent Reznor - les leaders de Nine Inch Nails - et Boys Noize ont rapidement compris que leur rencontre avait quelque chose de très fécond. S'ensuivra un nouveau projet en commun, pour composer la musique du dernier Tron, mais aussi et surtout un set complet, lors de la tournée Peel It Back de « NIN », où le DJ allemand est venu rejoindre ses nouveaux amis sur scène pour faire infuser ses sonorités à leurs tubes. Pour parachever tout ça, les deux entités ont décidé de fusionner pour donner un nouveau concert à Coachella, cette année, sous ce nouveau nom de Nine Inch Noize. Comme pour sceller cette incroyable synergie, un album est sorti le 17 avril, dont l'enregistrement s'est fait un peu partout en même temps, un coup en live, dans l'avion, dans des chambres d'hôtel, etc. C'est puissant, acide, violent... et tellement efficient. Le son si tranchant de Boys Noize, idole de la période « fluokids », se marie parfaitement aux plus grands morceaux de la paire Reznor-Ross. Un cadeau qu'on n'attendait pas.
Foo Fighters, Your Favorite Toy ✭✭✭
Toujours debout, se plonger dans l'histoire des Foo Fighters, c'est réaliser à quel point chaque nouvel album se doit d'être célébré avant même sa première écoute. Après le suicide de son ami et leader de Nirvana, Kurt Cobain, en 1994, Dave Grohl a bien failli tout arrêter. Son retour, avec son nouveau groupe, avait quelque chose de miraculeux à l'époque. Le fait qu'il existe encore, en 2026, l'est tout autant, tant les épreuves qu'il a traversées sont nombreuses. Quatre ans après la mort subite de son batteur Taylor Hawkins, qui a succombé d'une overdose en pleine tournée, les Foo Fighters sortent un nouvel album, Your Favorite Toy. Si le précédent, enregistré après la perte de son meilleur ami, relevait de la catharsis pour Dave Grohl, ici les intentions sont tout autres : cette douzième production nous ramène à l'essence même de ce que sont les « FF ». Son ambition ? Faire « bam bam bam », tout simplement. En résulte un disque particulièrement nerveux, condensé en dix titres pour un total de 36 minutes. Caught In the Echo, Of All People, Your Favorite Toy, Spit Shine... La formation de Seattle n'est pas venue là pour plaisanter, et elle le fait vite comprendre. Seuls Window et Unconditional permettent de reprendre un peu son souffle. Certes, ce n'est pas l'œuvre la plus novatrice de leur discographie, mais Your Favorite Toy nous percute et nous donne la pêche comme un shot de gingembre. Quant à Dave Grohl, il l'assure : ces nouveaux morceaux feront leur effet sur scène. Qui oserait contredire la rock star la plus cool de la planète ?
Maria Zardoya, Not for Radio ✭✭✭
La grâce en apesanteur, après un passage remarqué à Coachella, Maria Zardoya publie avec Not for Radio un EP aussi bref que séduisant. Bloom, trois titres à peine, confirme que la chanteuse de The Marías possède, en solo, un langage propre : plus intime, plus ouaté, plus rêveur. Dès Kitten, sa voix fait merveille sur une trame aérienne ; Ache prolonge cette dérive dream pop avec une douceur mélancolique. Mais c'est surtout Living Room, pépite finale, qui donne sa pleine mesure au projet. C'est une chanson suspendue, délicate, presque hypnotique. Après son album Melt en octobre dernier et ses récents concerts au Casino de Paris, voilà une vraie signature à suivre dans les prochains mois. À Montréal (Canada), au Parc Jean-Drapeau, le 2 août.
Sofiane Pamart, Movie ✭✭✭
Loin du classique, Sofiane Pamart n'a jamais caché son ambition de devenir le pianiste le plus populaire de sa génération. En témoigne le Stade de France prévu dans un an, une première pour un pianiste solo ; et ce quatrième album, Movie, qui réunit un casting international d'envergure, de Sia à Loreen en passant par Nelly Furtado, Christine and the Queens, J Balvin, Rilès, Rema, ou encore le basketteur américain Jimmy Butler. À 35 ans, le Français semble enfin toucher au but. Movie aura été construit, en plus, avec l'Orchestre philharmonique de Prague, et aura nécessité deux années de travail. Tout cela pour qu'au moment de la lecture, le résultat soit déconcertant, très proche de la pop conventionnelle - l'équilibre est fragile entre l'accessibilité et l'exigence artistique... Enfin certes, tout ce beau monde est sympathique et prestigieux. Mais le piano se fond dans des arrangements denses, et Sofiane Pamart a beau appuyer sur l'émotion... elle n'en devient que plus prévisible. Restent les majestueux Beauty, Director's Cut, Come With Me Tonight et le final grandiose Your Eyes on Sunset, tous délestés de voix et pleinement au service de son talent. Come again !
Noah Kahan, The Great Divide ✭✭
Trop long, en trois ans, le chanteur du Vermont a conquis des millions d'auditeurs post-confinement en quête de grands espaces et de nostalgie automnale. Catapulté par Stick Season en 2022, qui était écrit du point de vue de celui qu'on laisse derrière quand tout le monde part à l'université, Noah Kahan en a vendu dix millions d'exemplaires. Il est maintenant une star. Ainsi, The Great Divide vient confirmer ses forces : une folk-country taillée pour les grandes émotions et les radios génériques, quelque part entre Mumford & Sons, Springsteen et Sam Fender, porté par la voix sincère et attachante du chanteur. Mais le problème vient de sa longueur, de ses 17 titres sans variation d'approche qui garantissent de s'affaisser au milieu et de faire décrocher l'attention. Un peu de courage éditorial aurait transformé un bon album en grand album. Parfois, moins c'est beaucoup plus.
Zayn, KONNAKOL ✭✭
Sale habitude... loin de la machine infernale de l'industrie musicale depuis son départ du boys band emblématique One Direction en 2015, Zayn bénéficie désormais d'une base de fans fidèles de la première heure, d'une ferme à gérer en Pennsylvanie et d'un enfant à élever. De quoi espérer que KONNAKOL, son cinquième album, rompe enfin avec la série d'albums R&B-pop mélancoliques quelque peu décevants qu'il nous avait servis. Sur la majeure partie de KONNAKOL, revient alors son talent vocal considérable, mis au service de récits d'amour douloureux, de désir sexuel et d'introspections – comme sur Nusrat, morceau d'ouverture qui rend un hommage indirect à Nusrat Fateh Ali Khan, le regretté maître pakistanais du qawwali, une tradition musicale soufie. « Sept ans et un million de pensées se bousculent dans ma tête » chante-t-il, ou sur Used to the Blues, un morceau rock lancinant où Zayn implore qu'on le délivre de son malheur lié à la cigarette : « [Elle] ne me fait plus le même effet qu'avant / Je me suis habitué au blues ». On sent que l'artiste a pris en maturité, - Room Under The Stairs, en 2024, le prouvait déjà - mais Zayn n'échappe toujours pas au piège de la sensibilité tiède et de la sensualité sans risque propres à l'image de Don Juan blasé dans laquelle il s'est enfermé. KONNAKOL recycle aussi suffisamment de mélodies et de thèmes déjà abordés par le chanteur pour finir par se diluer dans le temps. Malheureusement, sa voix ne peut pas tout sauver...
Les étoiles du Point : ✩✩✩✩✩ : nul ; ✭ : mauvais ; ✭✭ : moyen ; ✭✭✭ : bien ; ✭✭✭✭ : excellent ; ✭✭✭✭✭ : exceptionnel.



