Rose Torrente-Mett, 94 ans, se confie sur son combat dans la haute couture
Le mardi 14 avril, jour de son 94e anniversaire, Rose Torrente-Mett, fondatrice de la maison de haute couture Torrente, a partagé son parcours lors d'une rencontre émouvante au cinéma L'Olympia à Cannes. Organisée par Cannes Seniors Le Club, cette soirée a rassemblé près de 200 personnes, captivées par le témoignage de cette icône de la mode.
Un livre pour dénoncer une injustice profonde
L'événement a été l'occasion pour Rose Torrente-Mett de présenter son ouvrage « Haute couture, mon siècle de mode », publié aux éditions Fayard. « J'ai décidé d'écrire ce livre parce qu'il y avait une injustice profonde », a-t-elle confié. « Les hommes avaient pris toute la place et estimaient qu'eux seuls avaient la capacité d'habiller les femmes. Or une dame a des petits secrets... ».
L'oubli d'une carrière exceptionnelle
La couturière, sœur du célèbre Ted Lapidus, a exprimé sa frustration face à l'invisibilisation de son travail. « J'ai habillé toutes les figures féminines les plus extraordinaires dans le monde. Audrey Hepburn, Sylvie Vartan, Natalie Wood, Brigitte Bardot... Je les ai toutes habillées et on oublie de dire que j'ai existé », a-t-elle déclaré, visiblement contrariée. Elle a rappelé avoir été la seule femme parmi vingt-six hommes à la Chambre syndicale de la haute couture, se décrivant comme « une intruse ».
Un parcours marqué par la résilience
Au micro de Philippe Muller, journaliste de Cannes Radio, Rose Torrente-Mett a évoqué sa jeunesse difficile pendant la Seconde Guerre mondiale, marquée par la séparation d'avec ses parents et un sentiment de solitude. « Une petite séparée de sa famille a une enfance triste, elle se sent abandonnée », a-t-elle expliqué. Ces épreuves ont forgé son caractère et sa détermination.
Elle a également souligné le rôle crucial de son frère, Ted Lapidus, dans ses débuts. « J'ai travaillé dix ans avec mon frangin. Il m'a tout transmis, il m'a appris à être moi », a-t-elle affirmé, émue. Malgré ce soutien, elle a dû surmonter de nombreux refus et obstacles pour s'imposer dans un environnement très masculin.
La naissance de la maison Torrente et ses sacrifices
Sans détour, Rose Torrente-Mett a parlé de la création de sa maison éponyme, qui a déposé le bilan en 2021. « J'ai aimé Torrente comme on aime un enfant. Et je ne prenais pas le temps de m'occuper de mes petits... », a-t-elle révélé, évoquant les sacrifices personnels consentis pour son entreprise.
Un documentaire à découvrir au Festival de Cannes
Un film documentaire, réalisé par Alon Assouline, retracera son parcours et sera présenté au Festival de Cannes. Le réalisateur, présent dans la salle où la bande-annonce a été projetée, a exprimé son admiration. « J'ai adoré collaborer avec elle. Une grande amitié est née, on ne peut plus se passer de l'un de l'autre », a-t-il déclaré. Il a ajouté avoir retrouvé sa première interview de 1968, promettant « des choses incroyables ».
Un message d'espoir et de persévérance
À l'issue des échanges avec le public, Rose Torrente-Mett a qualifié cette rencontre d'« immense cadeau ». Elle a conclu en encourageant son auditoire : « Il faut aller chercher au fond de soi tout ce que l'on possède. On a beaucoup de choses en nous ». Sans regret, elle a résumé sa vie comme « une vie riche, faite de combats, de réussites et de beaux souvenirs ».



