On l'appelle l'ovni. Jul cumule des milliards de streams, plus de 1 000 titres, 34 albums, près de 200 certifications, trois concerts au Vélodrome, un Stade de France... Mais surtout, il est l'enfant d'une ville. À Marseille, il suffit parfois de lever les yeux pour tomber sur un graffiti, une affiche ou un slogan en référence à Jul. Car le « minot » du 5e arrondissement est devenu une figure internationale.
Un documentaire pour les 10 ans de carrière
Avant ses deux Stades de France les 15 et 16 mai, ses deux Vélodrome à la fin du mois et la sortie de son nouvel album « Oubliez-moi » le 15 mai prochain, le documentaire « Team Jul » fait le point sur dix ans de carrière. Sans interview face caméra de Jul, très discret médiatiquement, le film laisse la parole aux autres : habitants du 5e arrondissement, proches des débuts, journalistes, linguiste, fans, DJ Djel ou encore Tony Estanguet.
« Ce qui nous intéressait, c'était de faire un véritable décryptage du phénomène sociétal », résume Gilles Perez, producteur. Même constat pour le réalisateur Anthony Igoulen : « Ce qui était vraiment intéressant, c'était le phénomène. Son œuvre et surtout son public. » Car l'histoire de Jul dépasse largement la musique : « À travers Jul qui était moqué au début, c'était une certaine frange de la population qui était moquée. Mais il représente une culture, un langage, une identité. »
Une approche sincère et collective
Pendant plus de deux ans, les équipes ont accumulé archives, vidéos Facebook et témoignages pour retracer cette ascension hors norme. « Tout le monde avait un mot sur Jul. Tout le monde avait quelque chose à raconter », explique Anthony Igoulen, qui revendique une approche loin du documentaire promotionnel classique : « La mamie du quartier, le copain d'école, le prof de sport... je trouve que c'est beaucoup plus sincère. »
Du rap moqué à la flamme olympique
Le documentaire retrace aussi la manière dont Jul a construit une carrière devenue presque mythique. À ses débuts, le rappeur marseillais était loin de faire l'unanimité. « Les élites ont toujours tendance à décliner, à moquer ce qui monte vite et fort », analyse Anthony Igoulen. Il reprend la comparaison entre Jul et Lidl faite par Nesrine Slaoui dans le film : « Au départ, c'était moqué... puis il y a un effet de masse qui fait que ça devient cool. »
Pour Anthony Igoulen, Jul a compris avant tout le monde que la musique était en train de changer. « Il a compris que le rap à texte et engagé n'avait plus forcément le même impact », estime-t-il. « Avec la montée du streaming et la mondialisation, il fallait des rythmes plus feel-good, plus universels. » Reggaeton, bossa-nova, autotune... Jul mélange les influences et impose progressivement un nouveau son dans le rap français. Mais derrière cette spontanéité apparente, le réalisateur voit surtout un énorme travail. « Jul est un acharné, il produit énormément », insiste-t-il. « Il a compris son époque. »
Le basculement avec « Bande Organisée »
Le véritable basculement arrive avec le titre « Bande Organisée » : « C'est le titre qui fait exploser Jul au plus grand nombre », explique Anthony Igoulen. « C'est un morceau qui sent Marseille, le soleil, les vacances. » Le documentaire montre comment après le Covid, l'ovni a réussi à créer un titre fédérateur, faisant passer Jul du statut de rappeur marseillais à phénomène total. Puis en 2024, vient l'image ultime, malgré les critiques : Jul portant la flamme olympique à Marseille. « C'était le minot de Marseille qui représente la France », résume le réalisateur.
Jul, miroir de Marseille
Le documentaire montre qu'il est impossible de parler de Jul sans parler de Marseille. La ville est partout : le quartier de Saint-Jean-du-Désert, l'OM, le Vélodrome, les supporters... « Jul, c'est Marseille », pour Gilles Perez. Le rappeur représente même « les vibrations de cette ville », ce « melting-pot qui brasse et rassemble ».
Anthony Igoulen raconte avoir été particulièrement marqué par l'ambiance autour du Vélodrome lors du tournage. « Ce qui m'a tout de suite choqué, c'est cette unité », se souvient-il. « Les textes de Jul sont presque repris comme des slogans. » Pour lui, la force du rappeur est de réunir des publics très différents. Présent lors des concerts l'année dernière, ils ont posé la caméra sur le public : un mélange de générations acclame l'enfant du pays. « J'ai presque été plus touché par la communauté qui vénère Jul que par l'artiste lui-même », conclut-il. « Jul représente vraiment un phare pour eux. »
Le documentaire « Team Jul » d'Anthony Igoulen, écrit avec Hadrien Bels et raconté par l'actrice Zita Hanrot, est diffusé ce lundi 11 mai sur France 4, lors d'une soirée événement autour de l'artiste.



