Une troisième étude de l'Institut Thomas-More accuse l'audiovisuel public de biais structurel à gauche
Après deux rapports polémiques en mai 2024 et novembre 2025, l'Institut Thomas-More, think tank se réclamant « libéral et conservateur », dévoile une nouvelle étude exhaustive sur l'état du pluralisme dans l'audiovisuel public français. Cette analyse, consultée en exclusivité par Le Point, examine trois mois de programmes diffusés entre septembre et novembre 2025 à l'aide d'outils d'intelligence artificielle sophistiqués.
Le verdict est sans appel selon l'institut : derrière une « neutralité de façade », Radio France et France Télévisions présenteraient un « biais structurel ancré à gauche » qui dominerait les ondes et écrans publics. « Ce problème de pluralisme n'est pas spécifiquement français mais concerne également d'autres audiovisuels publics européens comme la BBC ou la RTBF », affirme Aymeric de Lamotte, directeur général adjoint de l'institut.
Une méthodologie basée sur l'intelligence artificielle
L'étude s'appuie sur une analyse massive de données utilisant les modèles Gemini, Mistral et OpenAI, avec une préférence pour Gemini en raison de sa « plus grande rigueur dans la justification de ses notes par des citations textuelles ». Au total, 2 000 heures de programmes, 7 053 émissions et 13 000 mentions de personnalités politiques ont été passées au crible.
« Cette étude objectivise un ressenti collectif : ce que beaucoup percevaient comme une intuition devient ici une donnée statistique incontestable », soutient Aymeric de Lamotte. La méthodologie se concentre sur le contenu des propos plutôt que sur l'émetteur, analysant le contexte discursif, la sémantique et les angles journalistiques.
Des résultats qui font débat
Sur une échelle allant de -100 (extrême gauche) à +100 (extrême droite), l'audiovisuel public afficherait un score moyen de -10, indiquant une inclinaison vers le centre gauche. France Culture arriverait en tête avec un indice de -29, suivie de France Inter à -23 et France 5 à -17. Seule France Info TV approcherait la neutralité avec un score proche de zéro.
L'étude révèle que 57% des émissions et chroniques présenteraient une orientation idéologique clairement marquée à gauche, contre seulement 13% orientées à droite. Les émissions les plus « idéologiques » incluraient C politique sur France 5 (-58), Complément d'enquête sur France 2 (-55,5), et Les Matins du samedi sur France Culture (-39,6).
Des réponses critiques des diffuseurs publics
Radio France a réagi vivement à cette troisième étude : « Faut-il prendre au sérieux un institut qui classe la météo et l'agenda des sorties cinéma du mercredi... à gauche ? ». La direction critique des « biais méthodologiques » persistants et souligne que « le recours à une intelligence artificielle ne prémunit pas la nouvelle étude des multiples et sérieuses limites identifiées ».
France Télévisions conteste également la méthodologie : « Les conclusions avancées reposent sur un dispositif d'analyse qui ne permet pas d'évaluer sérieusement le pluralisme éditorial ». Le groupe public dénonce l'absence de transparence sur les paramètres, jeux de données et critères utilisés pour attribuer des orientations politiques.
Un contexte politique brûlant
Cette publication intervient en pleine commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, initiée par des députés proches d'Éric Ciotti. Elle fait suite à la décision du Conseil d'État du 13 février 2024 qui impose désormais à l'Arcom de veiller au pluralisme de manière plus stricte, en évaluant l'équilibre global des courants de pensée au-delà du simple comptage des temps de parole.
L'Arcom expérimente actuellement une solution basée sur l'IA générative développée en interne pour mesurer la diversité des sujets traités. « L'approche sera toujours hybride, humaine et algorithmique », précise le régulateur, qui rappelle que « le contrôle du pluralisme ne doit pas se traduire par une atteinte à la liberté éditoriale des antennes ».
Les limites méthodologiques reconnues
L'étude présente plusieurs angles morts significatifs :
- L'absence des journaux télévisés de France 2 (8h, 13h, 20h) du corpus analysé
- Les limites intrinsèques de l'intelligence artificielle, tributaire de la qualité des prompts fournis
- L'absence de pondération par l'audience des émissions analysées
Malgré ces réserves, les auteurs considèrent cette étude comme « la plus exhaustive jamais menée sur le pluralisme de l'audiovisuel public français ». L'Institut Thomas-More affirme ne pas militer pour une privatisation mais souhaite un véritable débat d'idées pour mettre en place un « vrai contrôle du pluralisme et non un pluralisme de façade ».
Cette troisième étude de l'institut apporte des données chiffrées qui alimenteront certainement les controverses alors que la commission d'enquête parlementaire prévoit d'auditionner prochainement ses auteurs. Le débat sur le pluralisme dans les médias publics français semble plus vif que jamais.



