Les parlementaires britanniques saluent la France et Viginum dans leur lutte contre les fake news
Les parlementaires britanniques saluent la France contre les fake news

Un rapport britannique de 100 pages salue l'action française contre les fake news

C'est un document parlementaire d'une centaine de pages qui, malgré la gravité du sujet, pourrait presque faire sourire les Français. Les députés britanniques y saluent en effet l'action de la France pour lutter contre les fake news, citant spécifiquement Viginum comme modèle à suivre.

Viginum, un exemple à copier d'urgence pour le Royaume-Uni

Les parlementaires britanniques estiment que la structure française Viginum, chargée d'observer les mouvements irrationnels et la diffusion de fausses informations ciblant la France sur les réseaux et le web, représente un modèle nécessaire à reproduire au plus vite chez eux. Le rapport illustre d'ailleurs une tentative de manipulation par la Russie en publiant des captures d'écran d'un faux site du Point, utilisant une adresse trompeuse pour diffuser une fausse nouvelle en exploitant la crédibilité du média français, tout comme celle de Die Welt en Allemagne et The Guardian en Grande-Bretagne.

La guerre informationnelle des États et acteurs non-étatiques

Ce document dresse un tableau complet de la guerre informationnelle menée par la Russie, la Chine et d'autres entités comme Daech, dont l'objectif est de « semer la méfiance, saper la cohésion et éroder la confiance dans les institutions et les normes démocratiques ». Cette analyse intervient alors que le Forum économique mondial classe la mésinformation et la désinformation comme le deuxième risque mondial le plus grave à court terme (deux ans) et le quatrième à long terme (dix ans).

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Pour la Grande-Bretagne, le risque le plus élevé provient de la Russie, loin devant la Chine, l'Iran et les acteurs non-étatiques comme Daech ou même privés. Les parlementaires ont notamment retenu les remarques d'un universitaire soulignant que « l'influence d'Elon Musk est potentiellement plus grande au Royaume-Uni que celle de la Russie ».

La stratégie russe : 30 millions d'euros par semaine pour désinformer

Sur le « risque russe », le rapport révèle qu'en 2026, « la Russie prévoit de dépenser 30 millions d'euros par semaine en propagande d'État, pour un total de 1,5 milliard d'euros ». La stratégie du Kremlin repose sur le principe d'« inonder et distraire », privilégiant la génération de volumes massifs de contenu plutôt que l'impact, afin de submerger l'espace informationnel et rendre difficile la distinction entre informations légitimes et propagande.

Pour y parvenir, toutes les structures de l'État sont mobilisées :

  • Les ministères et services de renseignement
  • Les Centres russes pour la culture et la science (Maisons russes)
  • L'Église orthodoxe russe
  • Les médias comme RT et Sputnik

Ces deux chaînes, bien que supprimées depuis l'intervention russe en Ukraine, continuent d'avoir une audience significative sur le web. Le rapport rappelle également que les médias traditionnels doivent rester vigilants, citant l'exemple de l'affaire des punaises de lit en France en 2023, reprise par des médias britanniques dont la BBC, montrant comment même des organisations de confiance peuvent involontairement amplifier la désinformation.

Opérations ciblées et nouvelles agences de propagande

Le document revient sur l'action du réseau Doppelgänger (228 faux domaines et 25 000 faux comptes X) qui a exploité les problèmes de santé de la princesse Kate Middleton pour diffuser des messages décrédibilisant l'Ukraine. Les parlementaires se sont aussi penchés sur deux affaires orchestrées par le Kremlin :

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  1. La ciblage d'Olena Zelenska, épouse du président ukrainien, avec 12 millions de posts sur X affirmant qu'elle avait acheté une Bugatti Tourbillon de 3,8 millions de livres avec des fonds d'aide militaire américaine.
  2. Une prétendue alliance secrète entre le Royaume-Uni et la France pour fournir des armes nucléaires à l'Ukraine, avec environ 2 700 articles répétant cette allégation en 48 heures dans plusieurs langues.

Le rapport souligne également l'émergence de nouvelles agences de presse affiliées à l'État russe, comme Africa Initiative (formée fin 2023 regroupant des centaines de journalistes africains) ou le projet Rybar en Serbie (250 canaux Telegram en 28 langues et écoles de formation aux médias dans les Balkans). Il mentionne aussi l'offensive médiatique des groupes armés comme Wagner en Afrique, réintégrés au sein de l'État depuis l'élimination d'Evgueni Prigojine.

La Chine : une approche différente mais tout aussi préoccupante

L'autre grand acteur étatique ciblé est la Chine, mais avec une logique différente. Il s'agit de diffuser les récits officiels du Parti communiste chinois pour « bien raconter l'histoire de la Chine » selon le mantra de Xi Jinping. Cette approche cherche à :

  • Mettre l'accent sur les succès chinois
  • Diminuer le contenu négatif
  • Pousser un cadrage des questions préoccupantes favorable à Pékin

La priorité de Pékin est aussi d'influencer les 40 à 60 millions de Chinois vivant à l'étranger en neutralisant toute opposition au régime.

Les acteurs non-étatiques et le manque de contre-narratif

Les parlementaires s'intéressent aussi aux acteurs non-étatiques, soulignant « la tendance croissante d'acteurs à louer », y compris des influenceurs des médias sociaux qui acceptent des paiements pour diffuser de la désinformation, ou des acteurs idéologiques comme ceux diffusant l'idéologie de Daech. Un universitaire interrogé souligne le manque de « bon récit alternatif » et que les messages de l'État britannique sont « très faibles pour être attrayants pour le genre de public que Daech cible ».

Recommandations : coopération internationale et renforcement des médias

Pour lutter contre ces offensives, le rapport préconise une plus grande coopération entre les pays partageant les mêmes valeurs, estimant vital que le Royaume-Uni et ses alliés « durcissent leurs écosystèmes informationnels ». Il déplore l'attitude changeante des États-Unis depuis le retour de Donald Trump, où la manipulation de l'information est parfois considérée comme une expression de la « liberté d'opinion ».

Le document préconise de s'appuyer sur la BBC pour diffuser un contre-narratif, mais alerte sur la diminution de ses moyens. Lorsque le BBC World Service a réduit ses services linguistiques, des acteurs étatiques ont comblé le vide, comme au Liban où Sputnik diffuse désormais sur la fréquence autrefois utilisée par BBC Arabic.

Le rapport recommande donc :

  • Un financement supplémentaire accru pour le BBC World Service, tiré en partie du budget de la défense
  • Une communication plus transparente de l'État sur les agressions informationnelles subies
  • Une réduction de la « culture du secret et de la surclassification » qui empêche le public d'appréhender correctement le phénomène

Les parlementaires britanniques concluent que sans augmentation de financement, le BBC World Service continuera de se contracter avec une influence décroissante, ce qui diminuerait considérablement le soft power du Royaume-Uni et minerait sa capacité à contrer la guerre de l'information.