Une journaliste française refoulée par Israël
Les autorités israéliennes ont annoncé ce jeudi 11 juin avoir refoulé une journaliste française, Alice Froussard, qui couvre depuis plusieurs années le conflit israélo-palestinien pour Radio France et Radio France Internationale (RFI). La journaliste s'est vu refuser l'entrée du territoire israélien à son arrivée mercredi après-midi à l'aéroport international Ben-Gourion, près de Tel-Aviv. Elle a été contrainte d'y passer la nuit avant d'être renvoyée vers Paris dans un avion ayant décollé jeudi matin.
Son refoulement a été annoncé par le ministre de la Diaspora et de la Lutte contre l'antisémitisme, Amichaï Chikli. Dans un communiqué, il accuse la journaliste d'être un soutien du mouvement islamiste palestinien Hamas. « Alice Froussard a tenté d'entrer en Israël et de reprendre son travail ici de manière permanente, mais la recommandation du ministère a été acceptée, et la journaliste a été expulsée et remise dans un avion pour la France », écrit-il.
Un contexte diplomatique tendu
L'incident survient deux jours après l'annonce par Paris d'une interdiction du territoire français visant le ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich. Les autorités françaises lui reprochent notamment de promouvoir l'annexion de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.
La journaliste était arrivée mercredi à l'aéroport de Tel-Aviv et « devait rejoindre la Cisjordanie pour un reportage », rapporte Reporters sans frontières (RSF). Selon l'organisation, « trente minutes » après son arrivée, elle a été interpellée, interrogée puis expulsée par la police israélienne. L'interdiction officielle, consultée par RSF, invoque comme motifs « des considérations de sécurité publique, de sûreté publique ou d'ordre public » et « des considérations liées à la prévention de l'immigration clandestine ».
RFI et Radio France dénoncent une entrave à la liberté de la presse
La journaliste disposait pourtant de toutes les pièces requises, d'un visa et d'un contrat officiel avec RFI, rapporte l'organisme. La lettre d'expulsion précise qu'Alice Froussard devra présenter une demande préalable avant toute future visite en Israël.
RFI, qui fait partie du pôle extérieur de l'audiovisuel public français, a dénoncé une « entrave à la liberté de la presse » et affiché son soutien à la journaliste. « La journaliste de RFI Alice Froussard s'est vu refuser l'entrée sur le territoire israélien alors qu'elle disposait de l'autorisation de voyage requise et d'une demande de visa de presse en bonne et due forme pour travailler en Cisjordanie », a réagi RFI dans un communiqué.
« Les autorités israéliennes n'ont pas transmis à RFI de justification de cette décision », poursuit la radio, ajoutant que « la direction de RFI apporte tout son soutien à Alice Froussard et proteste contre cette expulsion qui constitue une entrave à la liberté de la presse et qui intervient dans un contexte de difficultés croissantes rencontrées par les journalistes pour couvrir l'actualité de la région ».
Dans un communiqué, Radio France s'est jointe à RFI pour exprimer « son indignation et son inquiétude ». Agnès Vahramian, directrice de l'information de Radio France et directrice de Franceinfo, a dénoncé « une entrave » à la liberté de la presse, dans un contexte où l'accès au terrain est « déjà considérablement restreint ». « Informer avec rigueur et indépendance est une condition essentielle du débat démocratique. Les journalistes doivent pouvoir accomplir leur mission d'informer », s'est-elle indignée.
Alice Froussard, elle, n'a pas encore réagi.



