Arrivée à Montpellier par amour, la photographe Denise Bellon a vécu une histoire très intime avec Midi Libre. Pionnière du photoreportage, elle est au cœur d'une grande exposition à Paris jusqu'au 8 mars 2026. Elle rencontre en 1937 à Paris Armand Labin, un journaliste roumain juif, qui devient son compagnon. Elle l'épouse en 1940 à Guétary, où le maire, communiste et proche de son premier époux, accepte d'unir le couple malgré les lois interdisant les mariages avec des étrangers.
Une vie entre Paris et Montpellier
En 1942, Armand et Denise fuient Paris et s'installent à Lyon, où naît leur fils Jérôme. Armand rejoint la Résistance. Jacques Bellon, le premier mari, alors en poste au tribunal de Casablanca, envoie ses papiers d'identité à Armand pour qu'il vive sous son nom, un geste d'une générosité folle selon Eric Le Roy, légataire universelle de l'œuvre de Denise Bellon et commissaire de l'exposition au musée d'art et d'histoire du judaïsme. Armand Labin rejoint les FFI aux côtés de Lucien Roubaud et devient à la Libération, après août 1944, le premier directeur de Midi Libre, toujours sous le pseudonyme de Jacques Bellon. Le vrai Jacques Bellon le rencontrera en 1945 à Montpellier. Armand aura du mal à se défaire de ce nom ; il faudra du temps avant que le nom de Labin apparaisse dans l'ours du journal.
Des souvenirs d'enfance
Pendant douze ans, Denise partage sa vie entre Paris et Montpellier. Ils habitaient rue Maréchal, près de la Comédie, se souvient Francis Bessières, 86 ans, fils du premier directeur des ventes et qui lui succédera à Montpellier. La voiture du journal venait parfois les chercher au lycée Joffre avec Jérôme, et Denise en profitait pour faire ses reportages dans toute la région. Elle développait ses négatifs au laboratoire photo de Midi Libre, rue d'Alger, près de la gare. Avant guerre, elle faisait ses tirages dans la salle de bains familiale, raconte Eric Le Roy. Je ne sais pas si les photos faites après 1944 ont été publiées, dans Midi Libre ou ailleurs. Elle a continué d'exploiter ses images d'avant-guerre : les artistes, les peintres, le surréalisme. Elle allait souvent faire des photos chez les Masson à Aix, chez Joël Bousquet, dont elle était devenue proche, à Carcassonne.
Francis Bessières, qui avait alors une douzaine d'années et était copain de son fils Jérôme, confirme : On ne la voyait pratiquement jamais, elle venait, elle repartait. Avec Armand, ça faisait des étincelles, surtout quand elle est partie avec les Miller en Espagne. Il garde en mémoire son fameux Rolleiflex : même à notre époque, ce n'était pas un appareil du dernier cri. Elle faisait des expos à Paris, elle était connue, mais je crois qu'on ne réalisait pas le personnage que c'était.
Après la mort d'Armand
Après le décès d'Armand Labin en 1956, Denise continue sa vie à Paris jusqu'à sa mort en 1999. Dans la liste de ses négatifs, qu'elle dressait avec précision, figure en 1946 cette mention : Midi Libre, imprimerie, comment on fait un journal. Triste clin d'œil du destin : ces négatifs ont disparu.



