Big bang des fréquences FM : le pluralisme radiophonique menacé en France
Big bang FM : le pluralisme radiophonique menacé

Nous entrons dans une année capitale pour la France, avec une élection présidentielle en avril prochain. À l’aune de cette échéance décisive se dessine une reconfiguration majeure du paysage radio telle qu’il n’y en a jamais eu en France, décidée unilatéralement. La radio est consommée par près de 38 millions de Français tous les jours : ils méritent d’en être informés ; les auditeurs sont les premiers concernés par ce big bang injustifié.

Un principe d’équité bafoué

Résumé de l’affaire : 300 fréquences de France Musique sont abandonnées et en partie réattribuées à France Info et à Ici (ex-France Bleu). Présenté comme une simple « optimisation technique et économique », le projet de réallocation de 300 fréquences FM bat totalement en brèche le principe d’équité. Avec cette opération, France Info s’adresserait à 8,6 millions de personnes en plus et couvrirait 93 % de la population française contre 80 % actuellement ; Ici passerait de son côté à 90 %. France Inter couvre 94 % de la population. À titre de comparaison, les radios privées plafonnent à moins de 60 %, donc très loin du compte.

Résultat : un paysage radio coupé en deux avec, d’un côté, trois stations du service public accessibles quasiment à tous les Français et, de l’autre, des radios privées (représentant tout de même 3 auditeurs sur 4 en France) qui le sont largement moins. Un grand écart qui s’accentue, encore, auquel nous ne pouvons nous résoudre ; pour les auditeurs et pour notre avenir. Que ce soit bien clair : l’idée n’est pas ici de stigmatiser ni de critiquer le service public et des radios qui font leur travail ; l’idée est de défendre le pluralisme et le principe d’équité en France, avec le souci d’un écosystème fragile, désormais en péril.

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Distorsion de concurrence

Il s’agit d’une concurrence accrue et injuste pour les radios généralistes privées, compte tenu de la hausse mécanique d’audience à prévoir pour France Info au détriment de ses concurrentes directes. Nous ne nous battions déjà pas à armes égales ; il s’agit aujourd’hui du coup de grâce. Si la même idée que Radio France venait nous effleurer l’esprit, elle serait impossible à réaliser. Jamais un réseau privé ne serait autorisé à basculer des fréquences d’une station à l’autre. Cette asymétrie est révélatrice d’un « deux poids deux mesures » réglementaire, accompagnée de conséquences économiques et sociales importantes pour le secteur privé de la radio, déjà amoindri sur le plan publicitaire, menacé par les plateformes de streaming et qui n’est pas protégé.

Atteinte au pluralisme

En renforçant mécaniquement l’audience de France Info de manière conséquente, on organise un monopole du service public au détriment de la pluralité des points de vue exprimés sur d’autres radios, également représentatives de la population française. Pourquoi France Info serait de loin plus accessible que RTL, radio qui s’apprête à fêter ses 60 ans, radio au cœur de la vie des Français depuis toujours, radio dont l’auditorat est le barycentre parfait de la société française et de son électorat ? À l’heure où notre société se divise toujours plus, où le débat d’idées bat son plein, l’équilibre entre le secteur privé et le secteur public est primatial. Respectons simplement le pluralisme !

Ce n’est pas un petit sujet technocratique mais un grand sujet démocratique. À plus forte raison en pleine année présidentielle. Il faut collectivement s’en saisir au plus vite, agir avec plus d’équité, de transparence et remettre le pluralisme au cœur des prises de décisions. C’est vital pour notre pays.

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