Le phénomène Schlesser se poursuit avec un nouveau roman feel-good
Il y a deux ans, le regard énigmatique de La Jeune Fille à la perle de Vermeer surveillait les couloirs du métro parisien. Cette affiche ne célébrait pas une exposition du maître néerlandais, mais annonçait la sortie du deuxième roman d'un auteur alors inconnu, dont elle ornait la couverture. Depuis sa publication en février 2024, Les Yeux de Mona de Thomas Schlesser a connu un succès phénoménal, avec plus d'un million d'exemplaires vendus en France et à l'international.
Un triomphe sans précédent pour la littérature traduite
Fin 2025, Barnes & Noble, la plus grande chaîne de librairies américaine, a décerné à Mona's Eyes son prestigieux prix du Livre de l'Année. Début 2026, l'ouvrage s'est hissé dans le top 5 des meilleures ventes de romans aux États-Unis, devançant même Freida McFadden, l'autrice à succès de la série La Femme de ménage. Cette performance est exceptionnelle pour une œuvre traduite sur un marché traditionnellement dominé par les publications anglo-saxonnes.
Le roman avait pour originalité de vulgariser l'histoire de l'art à travers les pérégrinations d'un grand-père et de sa petite-fille, menacée de cécité, dans les musées parisiens. Avec Le Chat du jardinier, Thomas Schlesser, professeur d'histoire de l'art à l'École polytechnique et directeur de la Fondation Hartung-Bergman, change de domaine artistique mais conserve sa mission pédagogique.
La poésie comme remède aux maux de l'âme
Dans ce nouvel opus, c'est la poésie qui est mise à l'honneur. Thalie, une enseignante à la retraite, voit son jardin provençal dévasté par une violente tempête. Pour le restaurer, elle engage Louis, un jardinier taciturne et hypersensible, plus préoccupé par la santé fragile du chaton qu'il a recueilli que par les attentions de sa voisine.
Lorsque Louis accepte finalement de partager un apéritif avec Thalie, un univers nouveau s'ouvre à lui grâce à cette femme passionnée de poésie. Les mots, qui lui faisaient cruellement défaut, deviennent des outils pour exprimer les émotions qui l'assaillent. À travers la découverte des œuvres d'Arthur Rimbaud, Pablo Neruda ou Louise Ackermann, Louis entame une métamorphose profonde tandis que les lauriers-roses renaissent sous ses doigts experts.
Une formule éprouvée mais efficace
Si le sujet, le cadre géographique et les personnages diffèrent du précédent roman, la structure narrative présente des similitudes frappantes. On retrouve le duo entre un passeur de savoirs érudit et fantasque (Thalie remplaçant le grand-père de Mona) et un personnage en quête d'épanouissement. Le moteur dramatique évolue également, la maladie du chaton se substituant à la menace de cécité qui pesait sur Mona.
Certains pourront regretter que Thomas Schlesser ait cédé à la tentation de la « sérialisation », reproduisant une recette qui a fait ses preuves plutôt que de réinventer complètement son approche. Cette stratégie laisse présager d'autres ouvrages similaires consacrés au cinéma, à la musique ou à d'autres arts.
Le charme intact d'une littérature bienveillante
Malgré ces ressemblances structurelles, le charme de cette seconde leçon d'esthétique opère pleinement. Que le lecteur soit féru de poésie ou parfait novice en matière de rimes et d'élégies, le roman parvient à captiver. Il s'inscrit résolument dans la mouvance d'une littérature « feel good » qui place la transmission du savoir et de la beauté au cœur de son projet.
Le Chat du jardinier confirme le talent de Thomas Schlesser pour rendre les arts accessibles au plus grand nombre tout en tissant des histoires humaines touchantes. L'ouvrage, publié aux éditions Albin Michel (384 pages, 22,90 €), promet de séduire à nouveau un large public avide de réconfort littéraire et de découvertes artistiques.



