Thomas Corneille, l'autre génie du théâtre au XVIIe siècle
Thomas Corneille, l'autre génie du théâtre au XVIIe

Au dix-septième siècle, le théâtre français comptait deux grands noms : Pierre et Thomas Corneille. Frères, ils avaient dix-neuf ans d'écart, ce qui suggère qu'ils n'étaient peut-être que demi-frères. Toujours est-il qu'ils s'aimaient profondément. Thomas, né en 1625, suivit les traces de Pierre, né en 1606, étudiant le latin, le grec chez les Jésuites, puis se lançant dans le théâtre. À une vingtaine d'années, il écrivit sa première pièce, une comédie intitulée Les Engagements du hasard, rappelant les débuts de son aîné vingt ans plus tôt. Thomas avait le génie des titres modernes : L'Amour à la mode, L'Inconnu, Le Triomphe des dames, et surtout Le Geôlier de soi-même, aux accents de Camus et Montherlant.

Une vie fraternelle et théâtrale

Pour se rapprocher encore de Pierre, Thomas épousa sa belle-sœur. Les deux frères vivaient dans des maisons voisines, pour ne jamais perdre de vue leurs manuscrits. Comme Alexandre Dumas fils admirait son père, Pierre ne perdit jamais l'affection de Thomas, même lorsque ce dernier connut son plus grand succès avec Timocrate, alors que Pierre essuyait un échec retentissant avec Pertharite.

Une édition rare et précieuse

Suis-je le seul lecteur à posséder l'édition du théâtre complet de Thomas Corneille parue en 1881 chez Laplace, Sanchez et Cie ? La notice est d'Édouard Thierry, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal. Depuis l'ouverture du marché aux livres anciens du square Georges-Brassens en 1987, je cherchais cette édition. Ce n'est pas moi qui l'ai trouvée, mais Charles Ficat, qui me l'a offerte avec une joie gourmande aux Cent Kilos, restaurant tamoul de la rue Brancion, faisant de moi son obligé.

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Le Dom Juan en vers de Thomas

En 1677, Thomas mit en vers le Dom Juan de Molière. Pourquoi n'écrit-on plus de pièces en vers ? On donne pourtant des spectacles de cinq ou dix heures. Le dernier auquel j'ai assisté à l'Odéon était celui d'Angélica Liddell, un réquisitoire d'une heure contre un ex, parmi d'autres merveilles. Je suis parti avant la faim, l'heure du dîner approchant. Le Festin de pierre commence par un éloge du tabac par Sganarelle : « Quoiqu'en dise Aristote, et sa docte cabale / Le tabac est divin, il n'est rien qui l'égale. » Y avait-il déjà le cancer du poumon au XVIIe siècle ? Le Commandeur, que Thomas nomme la statue, a les derniers mots : « […] Tu touches au moment / Où le ciel va punir ton endurcissement. » On ne saurait mieux dire en alexandrin.

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