Le sport, une idéologie controversée : de l'extrême droite des années 1930 à la mode contemporaine
Sport et idéologie : des années 1930 à aujourd'hui

Le sport, un terrain miné entre fascination et rejet

Le sport constitue un sujet délicat, à l'instar de la danse, qui suscite des interrogations profondes. Faut-il nécessairement être pour, alors que le simple fait de ne pas être contre semble déjà problématique ? Cette activité physique, source d'inspiration pour certains écrivains d'extrême droite dans les années 1930, révèle des dimensions insoupçonnées.

Les racines littéraires d'une fascination ambiguë

Montherlant, figure littéraire majeure, jouait au ballon tout en s'acclamant lui-même, illustrant cette relation narcissique au sport. Le Français non sportif, quant à lui, se contentait de lever le coude, préférant le vin rouge au ballon de même couleur. Plutôt que de nager à la piscine municipale, ce personnage pitoyable s'attardait au café, utilisant son corps uniquement pour jouir sans effort.

En feuilletant un Drieu La Rochelle de 1941, intitulé Notes pour comprendre le siècle et publié chez Gallimard, on découvre une vision particulièrement révélatrice. Après avoir fustigé le Français gras par manque d'exercice et en maillot de corps par manque d'élégance, l'auteur développe sa conception de « l'homme nouveau ». Cet idéal humain possède des muscles plutôt que des indigestions, et l'on nous presse d'imiter nos voisins allemands, si doués pour la marche qu'ils finiront par marcher sur Paris.

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Page 157 : « Brusquement, vers 1920, apparaît le produit de l'éducation sportive qui se développe en Europe depuis quelques lustres : le fasciste, l'hitlérien. » Drieu La Rochelle offrira sa collaboration aux Allemands dès leur arrivée en France, par admiration sportive. Comme stade d'expression, on lui offrira la NRF, où il s'escrimera contre des adversaires tortueux : les écrivains français célèbres.

La sacralisation contemporaine du sportif

Longtemps démodé, le sport connaît désormais un regain de popularité spectaculaire. Formuler des critiques à son sujet vous range immédiatement dans la catégorie des êtres non humains. Le footballeur est célébré comme un héros, le basketteur possède sa propre légende, le skieur apparaît irremplaçable, et le tennisman incarne la grâce athlétique. Pourtant, celui qui les surpasse tous reste le cycliste amateur.

Son air sombre nous indique qu'il va bientôt passer au feu rouge, affichant la morgue caractéristique des athlètes déterminés à ne pas rater leur entraînement. Ils se suivent à toute vitesse le long d'automobiles immobilisées, créant un spectacle paradoxal de mouvement dans l'immobilité.

Les valeurs sportives à l'épreuve de la critique sociale

Le plus beau spectacle du monde pourrait bien être cette queue-de-cheval qui n'en est pas une, puisqu'il n'y a pas de cheval. Il s'agit en réalité de la coiffure d'une coureuse à pied qui changera de chaussures en arrivant au bureau, symbolisant cette porosité entre vie sportive et vie professionnelle.

Les valeurs du sport rejoignent étrangement celles du travail salarié : discipline, performance, compétition. Dans les années 1970, le combat contre le capitalisme se caractérisait par un mépris affiché des sportifs, sauf dans certaines officines gauchistes où la boxe et le karaté accompagnaient les manifestations. Cette discipline dont on croyait s'être débarrassé revient aujourd'hui nous casser les oreilles avec une force renouvelée.

La peur de l'exclusion chez le rugbyman se manifeste par ses déclarations répétées : il clame qu'il doit tout à son équipe, niant toute individualité au profit du collectif. Dans la religion grecque ancienne, il n'existait qu'un seul péché véritable : le narcissisme, qui s'accompagnait pourtant de nombreux assouplissements philosophiques et comportementaux.

Cette tension entre l'individu et le collectif, entre la performance personnelle et l'appartenance au groupe, constitue le cœur des contradictions du sport moderne. Instrumentalisé par les idéologies les plus diverses, de l'extrême droite des années 1930 aux valeurs contemporaines de performance, le sport continue de diviser autant qu'il rassemble, révélant les fractures profondes de nos sociétés.

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