Sofia Andrukhovych : une voix littéraire ukrainienne dans la tourmente
L'écrivaine ukrainienne Sofia Andrukhovych était récemment de passage à Paris pour la sortie de son roman Amadoca, une œuvre d'une ampleur et d'une intensité remarquables. Ce livre, qu'elle a achevé juste avant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en février 2022, est profondément marqué par l'ombre de la guerre, bien qu'il ait été conçu avant le conflit.
Une enfance bercée par les livres
Sofia Andrukhovych a grandi dans l'ouest de l'Ukraine, entourée d'une véritable forêt de livres qui formait comme une barrière protectrice autour d'elle. « Mon père est écrivain, et ma mère était bibliothécaire », confie-t-elle. Cette double influence familiale lui a offert un accès illimité à la littérature dès son plus jeune âge.
Elle a ainsi pu découvrir très tôt les œuvres des modernistes comme Kafka, Thomas Mann et Joseph Conrad. Plus tard, elle s'est aventurée vers des auteurs contemporains tels que Henry Miller, Kazuo Ishiguro et John Updike, forgeant ainsi sa propre sensibilité littéraire.
Un roman aux dimensions épiques
Amadoca est un roman si volumineux que les Éditions Belfond ont choisi de le publier en deux tomes distincts. Le premier est disponible ce printemps, et le second paraîtra à la rentrée prochaine. Bien que Sofia Andrukhovych ne cite pas explicitement Gabriel García Márquez, son style emprunte clairement aux canons du réalisme magique, qu'elle importe avec brio dans le contexte de l'Europe de l'Est.
Ce qui frappe immédiatement à la lecture, c'est cette fusion entre le quotidien et le merveilleux, une caractéristique qui donne à l'œuvre sa puissance narrative unique.
L'épuisement de l'écriture en temps de guerre
L'autrice a partagé l'effort considérable que représente l'écriture dans un contexte de conflit. « J'étais épuisée après une ou deux pages », avoue-t-elle, soulignant la difficulté de créer lorsque la réalité environnante est si lourde de violence et d'incertitude. Malgré cela, elle a persévéré, achevant son roman juste avant que la guerre n'éclate à grande échelle.
Cette œuvre, bien que terminée avant l'invasion, est aujourd'hui lue à travers le prisme du conflit, ajoutant une résonance particulière à ses thèmes d'amour, de résilience et de mémoire.
Un retour à Kyiv malgré les risques
Après sa présentation parisienne, Sofia Andrukhovych s'apprête à retourner à Kyiv, la capitale ukrainienne, malgré les dangers persistants. Ce choix témoigne de son attachement profond à son pays et de sa détermination à continuer d'écrire, coûte que coûte. Son parcours et son œuvre illustrent comment la littérature peut servir de refuge et de témoignage dans les périodes les plus sombres.
À travers Amadoca, elle offre non seulement une fresque romanesque d'une extraordinaire intensité, mais aussi un poignant reflet des réalités ukrainiennes, mêlant histoire personnelle et collective dans un récit qui résonne bien au-delà des frontières.



