Gestion du Printemps des Comédiens épinglée par la chambre régionale des comptes
Printemps des Comédiens : gestion épinglée par la CRC

Le Printemps des Comédiens, festival de théâtre majeur à Montpellier, se serait sans doute passé de cette publicité alors qu'il célèbre sa 40e édition. Dans un rapport rendu public ce lundi 8 juin, la chambre régionale des comptes d'Occitanie (CRC) étrille la gestion de cet événement incontournable, le second du genre après Avignon, sur la période 2019-2024. Le document de la juridiction financière met également en exergue l'absence de contrôle véritable de ses deux principaux bailleurs de fonds, la Métropole de Montpellier et l'État, par le biais de sa direction régionale des affaires culturelles, et ce malgré plusieurs alertes des commissaires aux comptes.

Des aides en hausse, des charges aussi

Dans leur analyse qui démarre en 2019, avant la période du Covid, les magistrats de la CRC observent que le Printemps a bénéficié d'une augmentation de ses recettes liées aux subventions publiques, celles-ci passant de 1,9 million d'euros en 2019 à 2,4 millions en 2024. Mais, parallèlement, les "charges de structure" de l'association ont progressé notablement de 75 %, de 1,7 million à 3,1 millions d'euros en 2023. "Elles pèsent lourdement sur le budget de l'association : alors qu'elles n'en représentaient que 60 % des dépenses de fonctionnement en 2019, elles ont représenté 70 % de ces dépenses entre 2021 et 2023", relève le rapport. La CRC ajoute que le "budget artistique" s'érode sur la même période, passant de 40 % des dépenses à 32 % en 2023 et 38 % en 2024. "L'association fait ainsi du budget artistique, qui est pourtant son cœur d'activité, sa seule variable d'ajustement pour tendre vers l'équilibre de son budget", est-il noté.

Parmi les charges croissantes, la CRC mentionne notamment les dépenses de personnel, quatre salariés permanents en moyenne, dont le directeur, Jean Varela. Elle compare notamment le montant des rémunérations des trois cadres dirigeants du Festival d'Avignon avec celles du Printemps : 233 897 euros pour un budget de 16,7 millions dans le Vaucluse en 2021, contre 275 791 euros pour un budget de 4 millions à Montpellier. Parallèlement, les magistrats observent un net accroissement des prestations externes, y compris en matière de programmation. "Le directeur a ainsi délégué d'une part ses missions d'administration générale et d'autre part ses missions artistiques", indique le rapport qui rappelle le niveau de rémunération de Jean Varela, 200 000 euros bruts annuels en 2024, dont 50 % pris en charge par l'Epic du Domaine d'O.

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Une situation financière fragile

La situation financière de l'association, déjà fragile en 2019, s'était améliorée pendant la période du Covid, mais s'est dégradée dès 2022 et en 2023, rappelle la CRC. Afin d'éviter une situation de cessation de paiements, la direction de l'association s'est appuyée sur un mécanisme d'avance de trésorerie dit "créance Dailly" en anticipant, par le biais d'un prêt bancaire, le versement des subventions de la Drac. Des sommes qui correspondent "à des difficultés financières d'ordre structurel en partie liées à une mauvaise anticipation de la soutenabilité financière de sa nouvelle activité de production déléguée", remarquent les magistrats. Afin de pallier ces difficultés, l'association a également obtenu en octobre 2024 une subvention exceptionnelle de la Métropole de 415 000 euros. Un soutien financier obtenu "malgré des explications non étayées et lacunaires sur les causes de ses difficultés financières et alors même qu'elle cessait son activité", souligne la Chambre, en faisant référence à l'évolution du Printemps des Comédiens et de l'Epic du Domaine d'O dans une même structure, "La cité européenne du Théâtre".

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Une absence réelle de contrôle

Si le directeur Jean Varela n'est pas épargné dans ce rapport, la chambre régionale des comptes n'est pas tendre non plus avec les principaux financeurs de l'association, la Métropole et l'État. "En pratique, le conseil d'administration laisse le directeur exercer de larges pouvoirs avec une large indépendance", relève-t-on. La Métropole est présente dans cette instance depuis 2022, au côté du Département. Une présence incarnée par Michaël Delafosse qui reste cependant "marginale", relève le rapport. S'agissant de l'État, via la Drac, les aides ont été attribuées "sur la base d'aucun document fourni par l'association : budget intermédiaire, plan de trésorerie, projet particulier". En 2023, une subvention supplémentaire de 50 000 euros a ainsi été attribuée pour la réalisation d'un spectacle qui n'a jamais été monté. La Drac a indiqué récemment qu'elle pourrait en demander le remboursement.

Signalement, timing et successeur de Varela

Au cours d'une conférence de presse tenue ce lundi, la présidente de la Chambre régionale des comptes, Valérie Renet, a indiqué que ce contrôle avait été lancé à la suite d'un signalement effectué par le président du Département, Kléber Mesquida. La collectivité finançait indirectement le Printemps en versant une subvention à la Métropole dans le cadre des accords de transfert de compétences. "L'idée n'est pas de porter atteinte au festival. Il s'agit de bien distinguer le festival, sa qualité et l'association", a précisé Valérie Renet alors que la 40e édition est en cours. La clôture de l'instruction est intervenue en novembre 2025. "On ne l'a pas notifié auparavant en raison de la période de réserve électorale. Après sa notification, on doit attendre deux mois." L'Établissement public de coopération culturelle Cité européenne du Théâtre, qui a pris la succession de l'association, devrait annoncer ce mercredi le nom de son prochain directeur.