Pauline Toulet enchante avec son deuxième roman policier
Fantaisie, grâce et humour se conjuguent dans Les morts manquent de correction, le deuxième roman de Pauline Toulet. Cette œuvre offre un enchantement résolument moderne, mêlant intrigue policière et profondeur narrative.
Un héros ordinaire plongé dans l'extraordinaire
Félix Soupel est un petit homme comme tant d'autres. Âge indéterminé, chauve, il exerce comme correcteur indépendant pour la presse magazine. Il vit dans un petit appartement à Paris, entouré de son frère et de son neveu de 9 ans, Gabriel. Inconnu des services de police, sa vie bascule lorsqu'il découvre, de retour d'un week-end thermal à La Bourboule, le corps de Paul Martin, son locataire, allongé sur son lit. L'homme s'est suicidé, mais sans avoir enlevé ses chaussures, détail qui intrigue déjà.
Félix, qui évite habituellement les complications, trouve la situation peu « sport » de la part du défunt. La police, appelée sur place, se montre suspicieuse. Quelques jours plus tard, il apparaît que Paul Martin – un nom d'emprunt – n'est pas mort de mélancolie, mais a été assassiné par le « coup du parapluie bulgare », une méthode popularisée pendant la guerre froide.
Une enquête périlleuse et rocambolesque
Félix Soupel, qui s'ennuie dans sa vie sans en avoir pleinement conscience, décide de mener sa propre enquête, parallèlement à celle des autorités. Assisté seulement de son neveu Gabriel, élève en CE2, il se transforme en un Hercule Poirot improvisé. Son périple le mène à travers un étrange salon de coiffure, des leçons d'auto-école, une carrière en forêt de Fontainebleau et un inquiétant pépiniériste, parmi d'autres péripéties.
L'enquête de Félix ne se concentre pas uniquement sur les circonstances du meurtre – on saura qui a commis le crime, mais cela importe finalement peu. Elle devient une mise en doute systématique du réel, révélant la modernité de l'approche de Pauline Toulet.
Une jubilation romanesque et stylistique
Le roman est un enchantement de grâce et d'ironie. Comme le soulignent les Éditions Finitude, on y perçoit les échos stylistiques et narratifs du grand Jean Echenoz. Pauline Toulet, dont on sait peu de choses – native de la Côte d'Azur, vivant aujourd'hui en Normandie, et portant un joli nom d'écrivain en hommage à Paul-Jean –, déploie une jubilation romanesque qui captive.
Ces morts ne manquent ni de correction ni de jugeote, et certainement pas d'humour. Il n'est donc pas interdit d'en rire, atrocement. Les morts manquent de correction est une œuvre qui allie légèreté et profondeur, offrant une réflexion subtile sur l'existence.
Les morts manquent de correction, de Pauline Toulet, éditions Finitude, 224 pages, 18,50 €, version numérique 12,99 €.



